Cerritos de indios (département de la Rocha), Wikipédia

Cícero Moraes, spécialiste brésilien en reconstruction faciale médico-légale a présenté le mois dernier à Montevideo le visage d’une femme autochtone qui a vécu en Uruguay il y a 1 600 ans, un crâne retrouvé dans un Cerritos de Indios*, dans le département de Rocha.

Grâce à la technique de la photogrammétrie, les traits du visage et les cheveux de cette native sud-américaine ont été reconstitués numériquement, cette prouesse technologique, selon C. Moraes, se fonde sur la collecte de photographies du crâne numérisé en 3D. Il s’agit du crâne d’une femme âgée entre 35 et 45 ans selon les estimations, la plus ancienne dépouille humaine de ce pays sud-américain.

“Une fois que nous avons le crâne, nous pouvons commencer le travail en plaçant les marqueurs de tissus mous, des éléments qui nous indiquent la couche épidermique de l’individu. Nous faisons également des projections à travers le nez, la bouche, les oreilles et nous commençons le processus de la sculpture numérique”, a confié le scientifique.

Pour Cicéron Moraes, la partie “la plus compliquée” du processus est la reconstruction nasale, car il est nécessaire de disposer de tous les os pour y parvenir le plus fidèlement possible, ce qui est le cas pour ce crâne précis.

Les yeux sombres et une peau légèrement cuivrée, des pommettes saillantes et une expression frôlant le sourire, voilà l’aspect physique recréé par les techniques médico-légales numériques de celle qui est surnommée dorénavant la “grand-mère des Uruguayens”.

L’image de cet ancêtre est projetée sur un mur du Musée d’art précolombien et autochtone (MAPI) à Montevideo, pour les Uruguayens, ce sera l’occasion de rencontrer le plus vieil habitant jamais retrouvé sur leurs terres.

Néanmoins, le spécialiste a noté que la reconstruction faciale médico-légale ne déterminait pas de couleur de peau “car c’est extrêmement difficile“; “le nom de la technique pour ceux qui étudient et travaillent pour la police est l’approximation (…) Nous estimons, comme nous faisons l’estimation d’un visage, nous avons aussi une approximation de la couleur de la peau et de l’implantation des cheveux”.

“Cette possibilité de donner un visage à ce qui n’a pas de visage en Uruguay, précisément à cause de la disparition de groupes autochtones (…), marque un tournant dans l’histoire de l’anthropologie et de la muséologie”, a expliqué Facundo Almeida, directeur du MAPI.

“D’une manière ou d’une autre, on peut dire qu’elle est la ‘grand-mère des Uruguayens’, du moins au nom des Uruguayens, si l’on tient compte du fait que certaines études montrent qu’il existe une présence d’ADN indigène dans la population (uruguayenne), bien au-delà de ce que peut imaginer le citoyen commun de l’Uruguay”, a-t-il ajouté.

L’expert Brésilien a mis une semaine à reconstruire ce visage. En outre, il a déclaré qu’il était en train de reconstruire le visage à partir du crâne de Luzia, l’un des plus anciens crânes d’Amérique, âgé d’environ 11 500 ans, celui-ci avait été touché par le terrible incendie du Musée national du Brésil en septembre dernier.

Pour rappel, les Cerritos de Indios* précédemment mentionnés comme le lieu de dépouille de la native uruguayenne sont des élévations de terre construites par les communautés indigènes qui ont peuplé la région il y a 4500 ans jusqu’à l’arrivée des colonisateurs européens.

Des milliers d’entre eux sont répartis sur un vaste territoire uruguayen comprenant les départements de Rocha, Treinta y Tres, Cerro Largo, Tacuarembó et Rivera, mais on en retrouve aussi dans le sud du Brésil.

Les Cerritos de Indios sont étroitement liés aux écosystèmes, témoignages de la biodiversité, tels que les marais, les rivières et les lagunes, bien qu’il soit également possible de les localiser dans les montagnes voisines.

Au cours des quatre millénaires de leur existence, les Cerritos ont été utilisés comme des lieux de vie, servant d’espaces de réunion et de célébration, de lieux de culture, mais aussi de cimetières, ils ont aussi servi de repères géographiques selon les spécialistes.

Les fouilles archéologiques ont permis de récupérer des dépouilles humaines et animales, des instruments en pierre et en os, des vases en céramique, des ornements corporels, des vestiges matériels ayant servi à la construction de maisons, des restes de nourriture et d’autres débris de la vie quotidienne.