Pérou, Machu Picchu, site archéologique inca

Le Machu Picchu, (vieille montagne, en quechua) se situe au sommet d’une montagne verdoyante, ce haut lieu touristique du Pérou est aussi et surtout un site archéologique unique et fragile. C’est pourquoi les autorités du pays sud-américain ont cru judicieux de prendre le mois dernier des mesures pour préserver les zones les plus vulnérables de ce patrimoine précolombien, témoin de la civilisation inca.

Avec une moyenne d’environ 4000 visiteurs par jour, le Machu Picchu est un site très fréquenté, ce qui nécessite des ajustements en matière de protection, ainsi la Direction décentralisée de la culture (DDC) de Cuzco avait informé, dans un communiqué, que l’accès aux touristes, sur trois des secteurs les plus sensibles de la citadelle, allait être limité sur une durée de quinze jours au mois de mai.

De fait, entre le 15 et le 28 mai, des tests ont été effectués afin de garantir une meilleure conservation de ces lieux emblématiques à savoir le temple du soleil, le temple du Condor et la pyramide de l’Intiwatana.

Après cette période, les autorités évalueront son impact et adopteront des mesures réglementaires permanentes qui entreront en vigueur en ce mois de juin.

Le DDC a indiqué que ce test avait eu lieu “pour des raisons strictes de conservation et d’utilisation durable des principaux ensembles architecturaux” qui constituent le Machu Picchu face à la forte demande touristique.

Récemment, le ministère du Commerce extérieur et du Tourisme a commandé une série d’études sur des solutions de remplacement pour faciliter le transit des touristes à travers Machu Picchu, notamment un téléphérique ou un système de tunnels et d’ascenseurs qui doit être évalué par l’unité de gestion de Machu Picchu. La citadelle inca de Machu Picchu est reconnue depuis 1983 comme patrimoine culturel de l’humanité par l’UNESCO et, depuis 2007, elle considérée comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde.

Le Congrès a émis, fin mai, une loi soulignant le caractère indispensable de mettre en place des plans régionaux d’accès et d’intégration des monuments archéologiques de Choquequirao et de Machu Picchu, dans la région de Cuzco, qualifiant même ces réalisations “d’intérêt national” et de “nécessité publique”.

La loi n ° 30950, publiée au journal officiel El Peruano, prévoit :

“La conception, la construction, l’équipement, le fonctionnement et la maintenance des anneaux de circulation, des chemins piétonniers et des systèmes de transport à câbles ou des téléphériques garantissant la connectivité avec les monuments archéologiques susmentionnés” conformément à la loi n ° 29899 qui déclare la restauration et la valorisation du parc archéologique de Choquequirao et de ses points d’accès à Cuzco et Apurímac “d’intérêt national”.

La loi susmentionnée stipule également que le pouvoir exécutif, le gouvernement régional de Cuzco et le gouvernement régional d’Apurímac seront chargés d’aider et de contribuer “aux actions entreprises par les gouvernements locaux pour la réalisation de routes, de chemins piétonniers et autres travaux d’accès et de connectivité au parc archéologique de Choquequirao “.

La loi n ° 30950 a été approuvée par le président du Congrès, Daniel Salaverry. Et le Machu Picchu est plus que jamais au cœur des préoccupations pour le gouvernement péruvien, conscient du potentiel économique que ce lieu suscite avec des visiteurs venant du monde entier, c’est pourquoi des travaux de construction pour sortir de terres un aéroport international à Machu Picchu, ont débuté.

Selon les informations communiquées par le gouvernement du pays, les nouvelles installations seront situées à Chinchero, à l’embouchure de la Vallée sacrée, entre le Machu Picchu et la ville de Cuzco, célèbre pour être la porte d’entrée de l’actuelle citadelle des Incas.

Le Machu Picchu, source de contradictions : un aéroport à proximité pour attirer plus de touristes, mais des accès limités pour éviter l’affluence et ses dommages !

Paradoxalement, alors que le site semble devoir être protégé de l’assaut touristique pour assurer sa pérennité, la construction de l’aéroport a bel et bien pour but de rendre les ruines préhispaniques plus accessibles que jamais ! Un détail qui, en toute logique, a provoqué le mécontentement de nombreuses personnes qui s’inquiètent de l’impact qui peut en résulter.

Une pétition circule sur le site Change.org, lancée par Natalia Majluf, historienne de l’art au Centre d’études sur l’Amérique latine de l’Université de Cambridge signée par des universitaires péruviens et internationaux. Ils affirment qu’un aéroport, situé autour de la Vallée Sacrée, affectera l’intégrité du paysage inca et causera des dommages irréparables en raison du bruit, du trafic et de l’urbanisation.

Selon les plans, l’installation permettrait d’accueillir davantage de touristes dans le sud du Pérou. Vizcarra a également promis que le projet apporterait des avantages aux différentes communautés locales.

Le désenclavement du Machu Picchu est une préoccupation à l’extrême opposé de celle des bâtisseurs de la cité, en effet elle avait été sciemment édifiée à l’abri, dans un lieu extrêmement difficile d’accès, à 2 700 m d’altitude dans les Andes, pour éviter toute incursion.

D’ailleurs, ce monument de pierres, situé au cœur d’une nature luxuriante, construit sous le règne de l’empereur inca Pachacutec (1438-1471) est longtemps resté dans l’oubli, ce n’est qu’en 1911 qu’elle a été redécouverte par l’explorateur américain Hiram Bingham alors qu’elle était abandonnée dans son écrin luxuriant.

Avec cet aéroport “à touristes”, la préservation du Machu Picchu semble être plus que jamais en péril, quant à l’âme inca régnant dans cette vallée, on se dit qu’elle risque de bel et bien s’étioler.

Mais dans un pays où le tourisme est un moteur économique majeur, on se dit que les enjeux sont forcément antagoniques avec l’Histoire, comme l’a souligné le président face à ses détracteurs “le projet d’aéroport” doit aller de l’avant. “Adelante”…