Épidémie de dengue en Amérique latine

Alors que la pandémie de coronavirus suscite l’inquiétude et place les autorités sanitaires en état d’alerte, un rapport de l’Organisation panaméricaine de la santé alerte sur le nombre croissant de cas dengue en Amérique latine. La région a déjà battu un triste record en 2019, avec 3 139 335 personnes atteintes (soit 30 % de plus qu’en 2015) et 1538 morts.

Et les premiers mois de 2020 s’annoncent inquiétants, des patients sévèrement atteints par cette maladie transmise par des moustiques nécessitent une hospitalisation, une situation préoccupante alors que le coronavirus sollicite également les services de santé. Certains craignent une saturation des hôpitaux et centres médicaux.

Depuis le début de l’année, l’organisation a répertorié 661 767 cas confirmés de la maladie en Amérique latine dont 1 820 cas graves, 156 personnes sont mortes, la plupart des victimes ont été enregistrées entre le cône sud (104) et la sous-région andine (37).

Les pays où l’incidence de la maladie est la plus élevée sont le Brésil (337 243 cas, 58 décès), l’Argentine (648 cas), la Bolivie (45 787 cas, 12 décès), la Colombie (31 010 cas, 10 décès), l’Équateur (2 330 cas), le Paraguay ( 184 434 cas, 46 décès) et le Pérou (8 221 cas, 11 décès).

Le virus de la dengue se transmet en zone tropicale et subtropicale par la piqûre du moustique femelle de l’espèce Aedes Aegypti et, dans une moindre mesure, par A. albopictus. Les symptômes de la maladie sont une forte fièvre, des douleurs osseuses et musculaires, des vomissements. Comme le souligne l’Organisation mondiale de la santé, “il n’y a pas de traitement spécifique pour la dengue ou la dengue sévère, mais une détection rapide et l’accès à des soins médicaux adéquats abaissent les taux de mortalité en dessous de 1%”.

La dengue : Des symptômes grippaux, mais pas de difficultés respiratoires à la différence du coronavirus

La forme la plus grave de dengue se manifeste par des symptômes « hémorragiques » et, comme son nom l’indique, elle provoque la mort par saignement interne.

L’incidence de la dengue dans le monde a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. L’Organisation mondiale de la santé précise que, selon une estimation récente, environ 390 millions de cas de dengue sont enregistrés chaque année.

Avant les années 70, seuls neuf pays étaient confrontés à de graves épidémies de dengue, alors que la maladie est actuellement “endémique” dans plus de 100 pays répartis sur différents continents, les régions les plus durement touchées par le virus étant les Amériques, l’Asie du Sud-Est et Pacifique occidental.

Le réchauffement climatique favorise la propagation du moustique vecteur de la dengue

Les experts soulignent que la principale façon de lutter contre la dengue est de réduire la présence du moustique Aedes aegypti, car en l’absence d’un vaccin permettant de se protéger, il est essentiel de prévenir la prolifération de l’insecte vecteur de cette infection virale, et de limiter le réchauffement climatique qui lui permet aujourd’hui de survivre dans différents environnements autrefois protégés.

La meilleure des préventions consiste à éliminer les foyers propices à la reproduction des larves de moustiques en évitant de laisser de l’eau stagnante et en fuyant les atmosphères humides au maximum. L’utilisation de répulsifs sur la peau et les vêtements est vivement conseillée de même que l’épandage d’insecticides (fumigations) dans des zones à forte concentration du moustique. La fumigation est un procédé complémentaire permettant d’attaquer le moustique adulte, mais cela ne tue pas les œufs ni même les larves.

Une étude récemment publiée dans la revue PLOS Neglected Tropical Diseases prévient que le réchauffement climatique va, au cours des six prochaines décennies, exposer la quasi-totalité de la planète à Aedes aegypti pendant au moins quelques semaines par an, car le moustique a besoin de chaleur pour survivre.

“2019 a été une année où le phénomène El Niño a été marqué, ce qui peut amplifier des conditions météorologiques extrêmes, très humides ou très sèches, dans différentes parties du monde. Nous observons l’augmentation du nombre de cas de dengue au cours d’une année qui a connu ces événements extrêmes“, explique Sadie Ryan, professeure à la School of Geography de l’Université de Floride et l’un des auteurs de l’article. elle ajoute :

“Il est donc difficile de dire que le changement climatique est à l’origine de cette épidémie-là en particulier, c’est plutôt une association de facteurs”.

La dengue est une maladie qui affecte principalement les populations urbaines vivant dans les zones tropicales. La dengue est l‘une des principales causes d’hospitalisation des enfants et des adultes avec une incidence élevée dans les régions chaudes et humides.

Mobilisation de l’organisation panaméricaine de la santé

Alors que le COVID-19 continue de se propager en Amérique latine, les autorités craignent d’ores et déjà une “surcharge des systèmes de santé” ne permettant pas une prise en charge adéquate des malades les plus sévèrement atteints.

Les autorités sanitaires rappellent que les symptômes de la dengue sont une forte fièvre, des courbatures, et des signes digestifs, mais qu’il n’y a pas d’inconfort respiratoire comme le Covid-19.

L’OPS souligne également que l’Amérique latine est particulièrement impactée par les maladies transmissibles et en appelle à une organisation stricte du système de santé afin de pouvoir prendre en charge les différentes pathologies.