L’union fera-t-elle la force pour défendre la forêt amazonienne ?

C’est au Brésil, à Belém, que l’actuel président du pays sud-américain, Luiz Inácio Lula da Silva, a lancé mardi 8 août le sommet des pays amazoniens.

Le but de cette rencontre est de défendre et de promouvoir un projet commun de développement qui aura pour objectif d’enrayer la déforestation délétère de la forêt amazonienne.

Les pays sud-américains au chevet d’une forêt amazonienne malmenée au sommet de Belém au Brésil

En fait, il s’agit de la 4e réunion des pays membres de l’Organisation du traité de coopération amazonienne (OTCA) créée en 1995 et, seulement la 1re depuis 2009.

L’OCTA intègre 8 pays du bassin amazonien à savoir :

  • la Bolivie ;
  • le Brésil ;
  • la Colombie ;
  • l’Équateur ;
  • la Guyane ;
  • le Pérou ;
  • le Suriname ;
  • et le Venezuela.

Chaque pays loge une partie de la forêt tropicale d’Amazonie et tous doivent relever un défi commun, à savoir préserver cet habitat naturel d’exception.

Ce sommet a lieu alors que la forêt tropicale vit plus que jamais sous la coupe de multiples trafics qui menacent sa pérennité. Dès lors, c’est la survie même des écosystèmes et de la biodiversité qu’ils abritent que nous voyons dépérir d’année en année.

L’Amérique du Sud cherche une voie politique pour protéger l’Amazonie

La forêt amazonienne, lieu de tous les trafics, est en souffrance

En effet, les profondeurs de la selva ne constituent plus un sanctuaire depuis de trop longues années. A contrario, la forêt est plus que jamais un lieu où le trafic de bois bat son plein, où les plantations illégales de coca pullulent pour répondre à la consommation de drogue à l’international, où l’exploitation agricole des terres pousse les autochtones à fuir leur territoire, où l’orpaillage souille les terres…

Non, la forêt amazonienne n’est définitivement pas un havre de paix pour les natifs et la faune et la flore qui s’épanouissent dans son environnement.

À cela s’ajoute l’impact du changement climatique sur ce territoire déjà fragile et malmené par les activités humaines.

Un sommet pour enrayer la dégradation de la forêt amazonienne, et lui venir au secours

Les ministres des Affaires étrangères et de l’Environnement doivent se rencontrer à huis clos pour finaliser les détails de la déclaration de Belém. Ainsi, elle comportera initialement quelque « 130 points » et comportera un plan de maintien de la forêt, selon des sources brésiliennes.

« Le monde doit voir cette réunion comme un cadre historique pour discuter de la question climatique », a déclaré le successeur de Bolsonaro à la présidence du Brésil quelques jours avant la tenue du sommet à Belém.

Avec un vaste territoire de 6,3 millions de km², on comprend mieux l’ampleur des décisions à coucher sur le papier. Par ailleurs, cette région abrite le plus grand bassin hydrographique du monde et réunit 50 millions de personnes.

Les communautés autochtones souffrent des ravages que la forêt amazonienne subit

En fait, la majorité des habitants est confrontée à la pauvreté. Par conséquent, il y a là toute la difficulté des dirigeants.

Comment préserver l’environnement et permettre le développement socio-économique des populations locales ?

En effet, le but est de s’affairer autour de cet axe de réflexion central pour arriver à un point d’équilibre.

« Tous les présidents comprennent que l’Amazonie ne peut pas atteindre le point de non-retour », a déclaré la ministre brésilienne de l’Environnement, Marina Silva, aux journalistes avant le sommet.

Qu’appelle-t-on le point de non-retour ? Il s’agit d’un niveau de déforestation si avancé que la possibilité pour la forêt de se régénérer ne sera plus possible. Alors, la forêt tropicale humide deviendra une vaste savane !

Pourtant, la préservation des écosystèmes constitue un point clé pour réduire les émissions de carbone générées par l’abattage des arbres. De plus, ils assurent le maintien de la pluviométrie en Amérique du Sud.

Par ailleurs, les gouvernements doivent assurer des conditions de vie décentes aux habitants de l’Amazonie en favorisant la bioéconomie.

Des moyens suffisants pour parvenir à limiter la déforestation ? Rien n’est moins sûr !

Reste à savoir si les présidents des pays concernés seront capables de répondre efficacement à des objectifs concrets pour arrêter la destruction de la forêt. Cette dernière prend trop souvent des airs de no man’s land où chacun s’installe à sa guise et y développe illégalement son activité au détriment de la nature et des autochtones.

La communauté scientifique et des représentants d’organisations non gouvernementales ont livré un carnet de route aux politiques qui se développe en 3 points :

  • établir un délai pour mettre fin à la déforestation ;
  • protéger 80 % du biome grâce à de nouvelles aires protégées et terres indigènes ;
  • déclarer l’Amazonie en situation d’urgence climatique.

D’ores et déjà, le Brésil et la Colombie ont pris un engagement afin de mettre fin à l’abattage illégal d’arbres d’ici 2030. Les autres pays devraient également s’engager sur cette voie.

La mission est lourde, en 2022 la déforestation a bondi de 21% par rapport à l’année précédente sur l’ensemble du territoire amazonien.

Ces chiffres ont été donnés par le projet de surveillance de l’Amazonie andine, avec le Brésil, la Bolivie et le Pérou en tête des pays impactés.

Le gouvernement du président colombien Gustavo Petro cherche également à assoir une nouvelle stratégie pour stopper les projets d’exploitation des énergies fossiles en Amazonie.

En Équateur, un plébiscite aura lieu le 20 août pour arrêter définitivement l’extraction de pétrole située dans le parc naturel de Yasuní.

D’autres pays ont été invités pour assister à cette session des pays amazoniens tels que l’Indonésie, la République du Congo qui possèdent également de vastes zones de forêt tropicale.

La France amazonienne, grande absente du sommet de Belém au Brésil !

La France, pour la Guyane française, l’Allemagne et la Norvège, contributeurs au Fonds Amazonie, qui promeut des projets durables, ont également été sollicitées pour prendre part à cet échange.

Le président Macron a posté un message sur Twitter pour manifester son engagement en faveur de la protection de l’Amazonie.

[…] je remercie le Brésil et le Président Lula pour l’organisation à Belém aujourd’hui d’un important sommet contre la déforestation en Amazonie, regroupant les États de la région et des partenaires particulièrement engagés, dont la France. Nous avons en effet été le moteur de la décision historique de l’Union européenne de ne plus contribuer à la déforestation importée […] »

Mais, le chef d’État a brillé par son absence au sommet. En effet, la non-participation du président français sur place, alors qu’il a été convié par son homologue brésilien, ne constitue pas un signal fort sur l’engagement plein et entier en faveur de la préservation de ce territoire.

Rappelons que la Guyane française est à 90 % recouverte de forêt tropicale.

Mais visiblement, au cœur des vacances du mois d’août, un déplacement du président de la République Marcron n’a pas été jugé opportun ni même celui du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Seule l’ambassadrice au Brésil, Brigitte Collet a été présente au sommet.

Pourtant en 2019, le président Macron n’avait pas manqué de critiquer la gestion calamiteuse des incendies au Brésil sous la gestion du président Bolsonaro. Il avait dénoncé son incapacité à protéger un patrimoine international.

L’Amazonie est-elle condamnée à devenir une savane ?

À la sortie de ce sommet, reste à savoir si des actions évidentes et pertinentes seront mises en place pour défendre la forêt et les communautés natives qui peuplent cette zone.

Beaucoup parlent déjà d’un échec à l’issue de cette rencontre tant il est difficile de faire consensus autour d’un projet commun cohérent et solide qui nécessite obligatoirement des compromis. Le sujet reste ainsi tendu sur l’exploitation des ressources naturelles, en particulier les hydrocarbures.

« Il ne faut pas attendre trop [de ce sommet] », relativise le directeur de recherche au CNRS, François-Michel Le Tourneau. « Ce qu’on peut espérer, c’est une déclaration qui énoncera des objectifs qui seront peut-être ambitieux, mais qui ne seront certainement pas spécifiés de manière très concrète ».

En effet, les objectifs sont souvent ambitieux pour l’Amazonie, mais les actes se font plus rares, car difficilement applicables, faute de moyens humains et financiers.

Harcèlement des natifs, menaces et même assassinats ne sont plus des faits isolés au cœur de l’Amazonie. Ce territoire encore luxuriant de vie sème aussi la mort !

La forêt est une source de convoitise qui suscite les plus bas instincts et le manque de fermeté profite aux orpailleurs, trafiquants, et fermiers illégaux qui coupent, rasent, polluent, dégradent un patrimoine d’une valeur inestimable.

De leur côté, les pays amazoniens naviguent aussi entre deux eaux. D’un côté, ils s’engagent à préserver cet écrin vert sur la scène régionale et même internationale en créant une « Alliance » contre la déforestation. Et de l’autre côté, les intérêts économiques de chaque pays prévalent sur les objectifs communs.

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