salvador15042016

La sécheresse est telle au Salvador que le président de ce petit pays enclavé en Amérique centrale, Salvador Sanchez Ceren, a déclaré un état d’urgence nationale hier, jeudi 14 avril, pour faire face à la pénurie d’eau croissante et à l’assèchement des cours d’eau et marécages. Par ailleurs, la zone métropolitaine San Salvador, touchée par le manque d’eau potable, a été placée en alerte orange.

« Nous avons déclaré l’alerte pour la région métropolitaine de San Salvador et le service de protection civile a été activé, ce qui nous permet de mettre en œuvre des mesures d’urgence pour l’approvisionnement en eau et le stockage dans les régions où les communautés connaissent des problèmes graves », a affirmé lors d’une conférence de presse le directeur de la protection civile Jorge Melendez.

Les autorités se réfèrent au changement climatique comme la principale cause à l’actuelle situation d’urgence, cette mesure exceptionnelle qui est prise pour la première fois au Salvador doit permettre de débloquer des budgets pour résoudre le problème en construisant par exemple de nouveaux puits, des pipelines et des réserves d’eau.

Selon le chef de l’État, la pénurie d’eau survient après quatre années de sécheresse, un effet qui s’est encore intensifié en 2015 avec la présence du phénomène climatique El Niño provoquant un réchauffement des eaux de l’océan Pacifique au-dessus de la normale, ce qui induit de fortes pluies, du gel et la grêle dans certaines régions et des sécheresses dans d’autres, comme en Amérique centrale.

« Cette question de la rareté de l’eau est une question qui doit être abordée avec le sérieux requis. Le monde connaît un phénomène de réchauffement global et nous ne pouvons pas l’ignorer « , a affirmé le chef de l’État.

« Le changement climatique est responsable de beaucoup de choses, et ce phénomène a causé moins de précipitations, la recharge des nappes phréatiques a été de moindre et, en saison sèche, leur niveau est très faible », a déclaré Lina Pohl, ministre de l’Environnement.

Plus de trois millions de dollars doivent être débloqués au cours des trois prochains mois pour contrecarrer la crise, le président de l’Administration nationale des Aqueducs (ANDA), Marco Fortin, a expliqué que la production mensuelle d’eau potable est de l’ordre de 159 millions de mètres cubes dans le Grand San Salvador.

Sur ce total, 47 millions sont perdus en raison du mauvais état du réseau de tuyauterie qui remonte à plus de 40 ans, selon l’expert. Il a aussi souligné que le pays récupère seulement 10 % des eaux de pluie, car le sol est « imperméabilisé par les constructions », et 90 % des précipitations ne sont pas récupérées.

Le manque d’eau renforce la crise alimentaire, près de deux millions de personnes du Guatemala, du Honduras, du Salvador souffrent directement des conditions météorologiques qui impactent fortement le secteur agricole, et nécessitent de fait une aide extérieure pour affronter cet épisode de sécheresse prolongé et exacerbé en cette année 2016.

Le Gouvernement du Salvador et le Programme alimentaire mondial continueront « d’ unir leurs forces pour travailler sur les questions de résilience et d’adaptation au changement climatique, afin de briser le cercle vicieux de la sécheresse qui touche les populations vulnérables chaque année. Il vaut mieux prévenir et préparer les gens pour qu’ils puissent faire face aux changements du climat », a déclaré Nils Grede, le représentant du PAM.

Plus de 98 000 personnes touchées par la sécheresse au Salvador reçoivent une aide alimentaire du Gouvernement et du Programme alimentaire mondiale (PAM) des Nations Unies (ONU).

Les personnes touchées qui bénéficient de cette aide depuis le mois de mars sont les départements de Ahuachapán, Santa Ana, San Miguel et Morazan, ils comprennent 104 municipalités. Les bénéficiaires reçoivent une formation en matière de santé et de nutrition et apprennent également à créer des jardins familiaux et communautaires de subsistance.

Selon les statistiques du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles (MARN), la sécheresse provoquée par El Niño en 2015-2016 a fait plus de 77 millions de dollars de pertes dans le secteur agricole.
Le mois dernier, le gouvernement du Chili a également fait un don de 100 000 de dollars pour améliorer la qualité de vie des populations les plus vulnérables touchées par la sécheresse, des fonds gérés par le PAM.

Depuis 2014, le PAM met en œuvre des bons à échanger permettant aux bénéficiaires de choisir et d’acheter leur nourriture avec le soutien des magasins et des supermarchés locaux.