Bolivie : Le président Morales toujours confronté à la grogne des indigènes du TIPNIS s’en prend aux Etats-Unis !

Le président de la République bolivien, Evo Morales, a rejeté hier lors d’une conférence de presse, les points de doléance fondamentaux qui opposent le gouvernement aux manifestants indigènes du TIPNIS (Territoire Indigène du Parc National Isiboro Sécure).

Le chef de l’État socialiste a affirmé qu’il ne négocierait pas sur deux points clés, tout d’abord sur la construction de la route reliant Villa Tunari (à Cochabamba) à San Ignacio de Moxos (au Beni) et qui doit passer par la réserve naturelle TIPNIS, mais aussi sur l’exploitation des hydrocarbures dans la région prolifère de Tarija.

En effet, la Confédération indigène de l’Oriente bolivien(Cidob ou Confederación de Pueblos Indígenas de Bolivia ) demande l’annulation pure et simple de la construction de la route Tunari (Cochabamba) – San Ignacio de Moxos (Beni) et réclame également que soient suspendues toutes les activités liées à l’exploitation des hydrocarbures dans le parc national Aguaragüe situé dans le département de Tarija. Parmi les 16 autres revendications, les protestataires réclament d’être consultés avant la construction du tronçon routier San Borja – Rurrenabaque et celui qui doit relier San Buenaventura – Ixiamas.

Toutes ces réclamations « ne feront pas l’objet de négociations » a affirmé le président d’origine aymara en ajoutant « ce qu’ils nous demandent c’est de paralyser totalement les activités de prospection d’hydrocarbures. Ce qui revient à ne plus exporter de gaz ou extraire de pétrole. Ce n’est pas négociable ».

« Ils nous disent de retirer les machines, le campement et de renvoyer le personnel. Nous ne négocierons pas sur ce point car cela signifie mettre des gens au chômage. Ils nous demandent d’abroger des lois et des décrets qui permettent la construction de routes. Qui va négocier sur ce point ? Accepter une telle chose reviendrait à se mettre à dos tout le peuple bolivien » a déclaré Evo Morales. Il a cependant ajouté que si le carnet des charges contenait des revendications d’ordre social, les ministres de son gouvernement étaient disposés à en débattre. Il a tenu à souligner que parmi les 64 communautés natives évoluant dans le parc du TIPNIS seul 20 communautés s’opposent au projet de construction de la route et ont entrepris une marche protestataire depuis le 15 août entre Villa Tunari, située dans le département de Cochabamba, jusqu’au centre politique et siège du gouvernement, la ville de La Paz. « Cette participation minoritaire à la marche prouve bien que la grande majorité des communautés autochtones soutienne ce projet de route » a tenu à souligner le président en place. Il a ajouté que dans le département de Cochabamba 10 communautés natives étaient favorables à la construction routière. Les manifestants ne souhaitent pas dialoguer avec les ministres mais bel et bien directement avec le président Morales sur ce projet de construction de route financée principalement par le Brésil, à hauteur de 420 millions de dollars et dont le tracé nécessite de traverser une réserve écologique où évoluent plusieurs communautés autochtones. Pour le gouvernement, cette opposition est le fruit d’une manipulation politique contre les décisions prises sous la gestion du président parmi lesquelles l’augmentation ratée du prix des carburants et une inédite élection des juges. Des indigènes, par centaines ont pris la décision de marcher 600 km afin de rejoindre La Paz et exprimer ainsi leur mécontentement.

Approximativement 1500 indigènes ont entrepris une marche contre la construction de la route Villa Tunari – San Ignacio de Moxos qui menace l’écosystème parc naturel TIPNIS

« La marche a pris plus d’ampleur parce qu’un ministre a dit que les portes du Palais du gouvernement étaient ouvertes et a demandé qu’une commission soit accueillie, mais les manifestants ont répondu ‘ si les portes sont grandes ouvertes nous irons tous et pas seulement une commission' » a déclaré le leader indigène Lázaro Tacó depuis le village San Ignacio, située à 90 km de Trinidad, capitale du département oriental du Beni où a débuté la marche. Les indigènes d’Amazonie défendent leur territoire avec ardeur, une réserve de plus d’un million d’hectares situé dans le centre du pays dans lequel doit passer un tronçon routier de 170 km environ. La route qui reliera les départements de Cochabamba au Beni se divise en trois tronçons, le premier et le troisième bénéficient d’ores et déjà d’une autorisation environnementale tandis que le second est en stand-by en raison de l’opposition des Indiens du TIPNIS à donner leur aval à ce projet d’urbanisation qui traverse leurs terres.

Le gouvernement défend le projet corps et âme en affirmant qu’il s’agit d’un mécanisme de développement et d’intégration considérable dans l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine, la Bolivie tirant ses recettes en grande partie de ses exportations de gaz naturel vers le Brésil et l’Argentine qui, lors du premier semestre de 2011, ont atteint 1 651 millions de dollars.

Le président Morales accuse les USA et certaines ONG de ‘manipuler’ les indigènes contre le gouvernement

Par ailleurs, le président de Bolivie a accusé des diplomates nord-américains via l’ambassade des États-Unis à La Paz, et certaines entreprises d’exploitation forestière, d’être de connivence avec les manifestants indigènes dans le processus de protestation engagée depuis plusieurs jours maintenant. Le président a dévoilé à la télévision nationale des documents (des relevés téléphoniques) selon lesquels l’ambassade des Etats-Unis aurait été en contact direct avec des leaders indigènes parmi lesquels Rafael Quispe de la Conamaq (Consejo Nacional de Ayllus y Marcas del Qullasuyu), ou encore le député Pedro Nuni, par téléphone, et ce plusieurs fois par jour accusant le diplomate de fomenter la grogne sociale.

« Le responsable de la confédération des peuples indigènes de Bolivie (CIDOB) a appelé plusieurs fois Eliseo Abelo [chargé des affaires indigènes à l’ambassade] à l’ambassade des États-Unis, » a-t-il déclaré lors d’une allocution télévisée.

Le président a convoqué aujourd’hui même le responsable de l’ambassade des États-Unis à La Paz, John Creamer, Chargé d’Affaires (plus haute autorité des Etats-Unis en Bolivie à l’heure actuelle depuis le départ de l’ambassadeur) afin qu’il rende des comptes sur le présumé soutien donné aux dirigeants indigènes dans l’actuel conflit social. Morales a clairement laissé entendre que certaines O.N.G. étrangères et représentants de la diplomatie américaine faisaient montre d’ingérence en appuyant les indigènes dans ce conflit visant selon lui à déstabiliser le gouvernement.

« C’est une stratégie de l’impérialisme et des États-Unis qui visent à empêcher l’intégration nationale et provoquer par la même occasion un affrontement entre les peuples natifs » a affirmé dimanche le chef de l’État le chef.

Le leader indigène Rafael Quispe

Les indigènes amazoniens, de leur côté, craignent que cette construction ait un impact négatif sur l’environnement dans cette réserve naturelle qui est habitée par environ 7 000 individus, dispersés sur 53 communautés indigènes et qui abrite en son sein 714 espèces animales et plus de 400 espèces de fleurs. Les scientifiques estiment également que près de 3 000 espèces de plantes n’ont pas encore été répertoriées à ce jour. Outre le danger sur l’environnement lié à la déforestation (et l’impact sur la faune et la flore), beaucoup des opposants pensent que la route pourrait favoriser le narcotrafic.

 Les tensions entre le président et les diplomates nord-américains surviennent alors que le gouvernement a annoncé qu’il signera dans les prochains jours un accord avec Washington pour relancer les relations diplomatiques bilatérales rompues en 2008 suites à une ingérence présumée des États-Unis dans la gestion interne du pays.

Le dirigeant de la Confédération des peuples indigènes de l’Oriente (Cidob), Ernesto Sánchez, a déclaré que les dénonciations calomnieuses du président ne cherchaient qu’à déprécier la marche contestataire, en précisant que celle-ci se poursuivrait jusqu’à La Paz, et qu’il restait encore aux protestataires 400 km à effectuer à pied pour atteindre leur objectif. Il a tenu à souligner qu’un jeune garçon indigène résidant dans le parc et qui soutenait la marche était mort dans la ville de Trinidad, après avoir été blessé jeudi dernier en tombant d’un camion qui apportait des vivres aux indigènes. Selon les leaders, l’adolescent de 13 ans, Pedro Moyenosa n’a pu survivre malgré deux opérations chirurgicales subies dans la ville même de Trinidad.

Le président Morales accuse les États-Unis de manipulation politique

Les États-Unis ont nié dès hier, lundi 23 août, toute forme d’implication dans le mouvement protestataire mené par certaines communautés « nous souhaitons souligner que ni l’ambassade des Etats-Unis en Bolivie ni toute autre instance du gouvernement nord-américain a apporté un quelconque soutien à la protestation indigène » a déclaré le secrétariat des États- Unis à La Paz via un communiqué de presse qui stipulait également « L’ambassade des Etats-Unis comme n’importe quelle délégation diplomatique en Bolivie, maintient le dialogue avec les différents secteurs de la société bolivienne. Ce dialogue est le travail quotidien des diplomates, c’est quelque chose de courant et d’approprié« . L’ambassade ne nie donc pas avoir eu des contacts mais réfute toute idée d’une manipulation politique.

Morales est convaincu que les indigènes reçoivent le soutien financier de l’Agence de coopération nord-américaine (Usaid) pour mener à bien leur mouvement.

La construction de la route suscite des dissensions internes, certains cultivateurs de coca (la Federación de de Cocaleros Yungas Chapare), et plusieurs communautés indigènes ont prévu de prouver leur soutien au projet du gouvernement en manifestant le 25 août dans la région de Ichoa (département de Cochabamba).

L’annonce a été faite par le secrétaire général de la Fédération du Tropique, Mario Castillo qui souhaite que les « bienfaits » liés à la construction de cette route soient mis en avant à cette occasion.

(Article rédigé par Aline Timbert)

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