La profonde crise politique qui secoue le Venezuela depuis des mois est encore montée d’un cran hier.

Le chef de l’opposition, Juan Guaidó, s’est ainsi proclamé président du Venezuela “provisoire” rejetant ouvertement du pouvoir Nicolás Maduro et son gouvernement, une action aussitôt saluée par Donald Trump qui a très vite encouragé d’autres pays à saluer cette prise de pouvoir temporaire visant à destituer le président controversé, N. Maduro, de la tête du pays sud-américain.

En fait, presque toute l’Amérique latine et le Canada ont déjà annoncé qu’ils reconnaissaient Guaidó comme “président du Venezuela”.

Guaidó, jeune ingénieur de 35 ans, a profité de l’achèvement d’une marche de l’opposition pour assumer les pouvoirs de l’exécutif dans le cadre de ce qu’il nomme la lutte contre l’usurpation” de la présidence par Nicolás Maduro, qu’il juge “illégitime”.

“Aujourd’hui, le 23 janvier 2019, en ma qualité de président de l’Assemblée nationale, invoquant les articles de la Constitution (…) devant Dieu Tout-Puissant, Venezuela (…), je jure d’assumer formellement les pouvoirs de l’Exécutif national”, a-t-il déclaré en demandant aux participants de lever la main droite.

Le président des États-Unis, Donald Trump, n’a pas tardé à reconnaître comme président légitime le président de l’Assemblée nationale, une étape qui vise à accroître la pression exercée contre le gouvernement de Maduro. “Nous n’envisageons rien (en particulier), mais toutes les options sont sur la table”, a répondu le président américain concernant une éventuelle intervention militaire au Venezuela.

“Aujourd’hui, je reconnais officiellement le président par intérim du Venezuela, Juan Guaidó, comme président de l’Assemblée nationale du Venezuela”, avait déjà signé Trump. “En tant que seule branche légitime du gouvernement dûment élu par le peuple vénézuélien, l’Assemblée nationale a invoqué la Constitution du pays pour déclarer Nicolás Maduro illégitime”.

Trump prévient qu’il continuera à faire pression pour que “le pouvoir économique et diplomatique des États-Unis fasse pression pour le rétablissement de la démocratie vénézuélienne”.

“Nous encourageons les autres gouvernements des Amériques à reconnaître le président de l’Assemblée nationale, Guaidó, en tant que président par intérim du Venezuela, et nous travaillerons de manière constructive avec eux pour soutenir leurs efforts en vue de rétablir la légitimité constitutionnelle”, a-t-il déclaré.

Les gouvernements du Brésil, d’Argentine, de Colombie, du Chili, du Costa Rica, du Paraguay, du Pérou, de l’Équateur et du Guatemala ont annoncé leur soutien à Guaidó.

En attendant, le Mexique maintient sa position en reconnaissant Nicolás Maduro comme président légitime du pays, a informé
Jesús Ramírez Cuevas, le porte-parole de la présidence mexicaine, mercredi, à Efe . “Il n’y a pas de changement de position et cela implique que le Mexique continue de reconnaître Nicolás Maduro comme président, et qu’il est le président élu démocratiquement”, a-t-il expliqué dans une brève déclaration.

De même, les présidents bolivien et cubain, orientés politiquement à gauche, ont manifesté leur solidarité avec Maduro. “Notre solidarité avec le peuple vénézuélien et le frère Nicolás Maduro en ces heures décisives au cours desquelles les griffes de l’impérialisme cherchent à nouveau à blesser mortellement la démocratie et l’autodétermination des peuples d’Amérique du Sud”, des propos tenus pas le président bolivien Evo Morales sur Twitter.

En France, Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de La France insoumise, a été le premier homme politique à aborder la crise vénézuélienne en évoquant “une tentative de coup d’État en violation de tous les principes admis jusque là dans le monde après une élection”.

Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), a félicité hier Juan Guaido, le président du Parlement vénézuélien, qui s’est autoproclamé mercredi “président en exercice” du pays.

“Nos félicitations à Juan Guaido, le président en exercice du Venezuela. Il a toute notre reconnaissance pour impulser le retour de la démocratie dans ce pays”.

L’Union européenne a rappelé qu’elle souhaitait l’instauration d’élections libres et justes au Venezuela pour permettre au peuple de choisir son destin : “l’organisation d’élections libres et crédibles, conformément à l’ordre constitutionnel. Le peuple vénézuélien a le droit de manifester pacifiquement, de choisir librement ses dirigeants et de décider de son avenir […] Sa voix ne peut être ignorée”, a affirmé, Federica Mogherini, Haute représentante de l’UE au nom des 28 États membres.

Le président français Emmanuel Macron a été plus direct en dévoilant le message suivant : “Après l’élection illégitime de Nicolás Maduro en mai 2018, l’Europe soutient la restauration de la démocratie. Je salue le courage des centaines de milliers de Vénézuéliens qui marchent pour leur liberté”.

Quelques heures après l’autoproclamation de Guaidó, le président du Venezuela, Nicolás Maduro, a affirmé qu’il était le seul chef de l’État.

“Seul le peuple nous met au pouvoir et nous en enlève”, a-t-il déclaré depuis le palais de Miraflores, où s’est achevée la marche chaviste organisée en réponse à la journée de mobilisation de l’opposition. Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino, est intervenu et a assuré que l’armée du pays n’accepterait pasun président imposé à l’ombre d’intérêts obscurs ou autoproclamés en dehors de la loi”, faisant allusion à Guaidó.

Le désespoir et l’intolérance menacent la paix de la nation”, a ajouté Padrino sur son compte Twitter. Dans le même message, il a ajouté que les forces armées défendraient la Constitution et seraient “les garants de la souveraineté nationale”.

Par l’intermédiaire de son compte Twitter, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a affirmé qu’elle suivrait de près les actes de violence perpétrés au Venezuela dans le contexte des manifestations qui ont eu lieu hier et qui ont entraîné la mort de 16 personnes, et fait des dizaines de blessés et plusieurs arrestations.

Le 10 janvier, N. Maduro a été investi pour un deuxième mandat, remis en question par l’opposition et non reconnu par les États-Unis, l’Union européenne et de nombreux pays d’Amérique latine. La Russie, de son côté, a critiqué la position des pays occidentaux en reconnaissant la légitimité de Maduro à la tête du Venezuela, des propos tenus par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dénonçant “l’usurpation de pouvoir” par les forces de l’opposition.