Chili : Gabriel Boric remilitarise le territoire mapuche

Chili,  Palacio de La Moneda (Wikipédia)

Les gouvernements se succèdent au Chili, mais ce qu’on appelle le « conflit Mapuche » perdure. En effet, l’arrivée à la présidence de la République du jeune Gabriel Boric ne marque pas un grand bouleversement dans la gestion des rapports qui opposent les indigènes mapuches à leurs dirigeants.

Ainsi, après seulement deux mois passés au pouvoir, le président de gauche du Chili a abandonné ses bonnes résolutions de campagne. En effet, il a déclaré l’« état d’exception » dans deux régions du sud du pays, à savoir :

  • La Araucanía
  • et Biobío.

Il s’était jusque-là présenté comme un ardent opposant au déploiement de l’armée dans les zones de conflit du sud du Chili. Une zone où les communautés indigènes réclament la restitution, dans le cadre de revendications, de territoires ancestraux spoliés.

Malgré les récriminations adressées à ses prédécesseurs sur ce point, G.Boric a décidé, à son tour, de militariser la zone. Il avait pourtant pointé du doigt la politique de militarisation décrétée par le conservateur Sebastián Piñera entre octobre 2021 et mars 2022.

https://twitter.com/diariohoynet/status/1526827437455294465

L’armée envoyée en territoire mapuche pour assurer la sécurité des biens et des personnes

« Nous avons décidé d’utiliser tous les outils pour garantir la sécurité de nos concitoyens en décrétant l’état d’urgence (une sorte d’état d’exception) », a annoncé le président Boric lors d’une conférence de presse depuis le siège du gouvernement.

Cette mesure a pour but de « protéger les routes, permettre la libre circulation des personnes et l’approvisionnement », a-t-il déclaré après avoir admis une augmentation de violences ces derniers mois.

Les sociétés forestières qui déboisent les terres sont dans la ligne de mire des Mapuches. En fait, un profond climat d’insécurité s’est installé depuis des années sous fond d‘incendies criminels contre les machines et les biens. Des fusillades ont également éclaté faisant de nombreuses victimes et les grèves de la faim des prisonniers autochtones se sont multipliées.

« Il est évident que ces derniers temps, nous avons eu une augmentation des actes de violence sur les routes, nous avons été témoins d’attaques lâches. Nous avons également assisté à des fermetures de routes prolongées, qui mettent en péril la libre circulation et coupent les chaînes d’approvisionnement, augmentant le coût de la vie dans les zones les plus reculées de notre pays ».

a affirmé, le 16 mai, la ministre de l’Intérieur Izkia Siches.

L’ancien président et sénateur Ricardo Lagos (2000-2006) a publié le message suivant sur Twitter affirmant qu’il était favorable « aux décisions prises par Boric afin de fournir plus de sécurité à la communauté et en même temps promouvoir le dialogue avec un fort investissement dans les infrastructures publiques et d’autres domaines ».

La semaine dernière, le coordinateur Arauco-Malleco (CAM), représentant d’une organisation indigène radicale, ayant revendiqué des dizaines d’attaques depuis les années 1990, a lancé un appel à la « résistance armée » face à la possibilité d’une militarisation.

La stratégie du dialogue avec la communauté mapuche se poursuit malgré tout

Boric a déployé depuis son arrivée au pouvoir une approche fondée sur le « dialogue » à travers le déploiement territorial de différentes autorités. Toutefois, cette décision n’a pas été accueillie favorablement par certains groupes radicaux mapuches qui ont poursuivi leurs attaques en sabotant plusieurs visites de représentants de l’exécutif.

L’armée s’était donc retirée le 27 mars avant de faire son retour pour assurer la sécurité de la zone ce 17 mai.

La déclaration de l’état d’urgence a fait réagir l’opposition. En fait, cette dernière a salué la décision du président en place. En revanche, G.Boric a essuyé les critiques des représentants des communautés mapuches et de certains secteurs de la gauche qui rejettent le changement de position de ce dernier. Certains secteurs de la gauche chilienne, l’utilisation de l’armée, ne serait-ce que pour protéger les voies publiques, est perçue comme une politique qui menace la démocratie et le respect des libertés individuelles.

Un « conflit mapuche » historique qu’aucun gouvernement n’est parvenu à régler jusque-là

Il faut préciser que Boric a tenté vainement (faute de majorité) d’obtenir l’approbation du Congrès d’un « état d’urgence intermédiaire », ce qui lui aurait permis de déployer l’armée uniquement dans quelques endroits.

Le conflit historique qui oppose les Mapuches (1,7 million de personnes sur 19 millions de Chiliens) aux différents gouvernements a été marqué par de nombreux actes de violence, et ce de façon quasi quotidienne : incendies criminels contre des engins et matériels, barrages routiers menaçant l’approvisionnement dans les zones reculées, actes de vandalisme sur des biens publics…

Lors d’affrontements, beaucoup ont perdu la vie, que ce soit des indigènes, des représentants des forces de l’ordre ou encore des exploitants forestiers.

Les Mapuches réclament la restitution de leurs terres et l’autonomie, des sources de discorde sans fin au sein de ce pays sud-américain.

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