Frontière Etats-Unis-Mexique

L’image a autant choqué qu’ému la communauté internationale. Il s’agit de la photo relayée par la presse, celle de deux cadavres, un jeune père d’origine salvadorienne âgé de 25 ans et sa petite fille de 23 mois, tous deux immortalisés par l’objectif sans vie, face contre terre, alors qu’ils avaient désespérément tenté de traverser le Rio Grande pour entrer aux États-Unis.

La photo d’Óscar Martínez et de sa petite fille Angie Valeria Martínez Ávalos a provoqué une vague d’indignation dans le monde entier et a relancé le débat sur l’immigration clandestine et la politique d’immigration basée sur la fermeté imposée par le président des États-Unis, Donald Trump.

Selon la patrouille déployée à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, au moins 283 migrants sont morts à la frontière en 2018; toutefois, les défenseurs des droits de l’homme ont indiqué que ce nombre serait probablement plus élevé.

Et si la politique conservatrice du président nord-américain est souvent pointée du doigt, le président salvadorien a tenu à assumer sa culpabilité dans ce drame, lors d’une interview accordée à la BBC à Londres, Nayib Bukele, chef d’État du petit pays d’Amérique centrale a affirmé : “Nous pouvons rejeter la faute sur tout autre pays, mais quel est la culpabilité de notre pays ? De quel pays ont-ils fui? Ont-ils fui les États-Unis? Ils ont fui le Salvador, ils ont fui notre pays. C’est notre faute. “

Nayib Bukele reconnait la culpabilité de son pays dans la mort des migrants

Celui qui a été élu président de la République du Salvador avec 53 % des voix le 3 février 2019, a estimé que la migration est un droit, mais qu’elle ne doit pas devenir un passage obligé faute de pouvoir vivre dans de bonnes conditions dans son pays natal : “Je pense que la migration est un droit, mais cela devrait être une option, et pas une obligation, or pour le moment cela constitue une obligation pour beaucoup de gens”.

Bien que le président du Salvador ait condamné le traitement réservé aux migrants aux États-Unis et au Mexique, Bukele a répété qu’il était nécessaire de s’attacher à faire du “Salvador un pays meilleur, un lieu d’où personne n’émigre par obligation” ajoutant pendant son entretien à la presse donné dimanche dernier : “Les gens ne fuient pas leur foyer parce qu’ils le souhaitent. Ils s’enfuient de chez eux parce qu’ils sont obligés de le faire.”

L’Amérique centrale source de pression migratoire aux Etats-Unis

Selon le Migration Policy Institute près de 1,4 million de Salvadoriens vivent aux États-Unis, soit l’équivalent d’un cinquième de la population de ce pays. M. Bukele, fraichement investi à la tête du Salvador, a souligné que l’insécurité et les difficultés économiques sont les deux points qui poussent beaucoup de ses citoyens à entreprendre un dangereux voyage vers le nord à la recherche d’une vie meilleure : “Ils se sentent plus en sécurité lorsqu’ils traversent un désert, trois frontières et tout ce qui peut se passer sur la route des États-Unis, car ils pensent que c’est plus sûr que de vivre ici” affirmant qu’il se devait, avec son gouvernement, d’offrir aux Salvadoriens de meilleures conditions de vie en s’attaquant à deux fléaux, la dangerosité du pays et son manque de perspectives économiques.

“Nous voulons donc que notre pays soit plus sûr.”

Nayib Bukele, président salvadorien

“Nous devons rendre le pays plus prospère et être capable de fournir des emplois décents à tous nos citoyens. Si les gens ont la possibilité de trouver un emploi décent, d’accéder à une éducation décente et à un système de santé décent et à plus de sécurité, je sais que la migration forcée sera réduite à néant”.

Nayib Bukele, président salvadorien

“Les gens ne s’enfuient pas parce qu’ils le souhaitent, mais parce qu’ils n’ont pas de travail, parce qu’ils sont menacés par des gangs, parce qu’ils n’ont pas accès à des choses élémentaires comme l’eau, l’éducation, la santé “, a par ailleurs admis le chef d’État.

De nombreux migrants qui tentent d’entrer aux États-Unis illégalement disent fuir la violence et la pauvreté dans leur pays d’origine en Amérique centrale (Salvador, Honduras et Guatemala).

Au Salvador, la pauvreté et l’insécurité poussent les gens à fuir

Le Salvador, avec ses 21 000 km2, est le plus petit pays d’Amérique centrale, avec 6,4 millions d’habitants, il est l’un des pays d’Amérique latine et des Caraïbes qui enregistrent les plus hauts niveaux d’inégalité économique et sociale. Son territoire et sa population sont par ailleurs extrêmement vulnérables aux impacts liés au changement climatique.

Le Salvador est également confronté à une criminalité très préoccupante, le pays présente un taux d’homicides élevé (supérieur à env. 50/100 000 hab. en 2018).

Les homicides sont avant tout la conséquence directe d’affrontements entre groupes criminels appelés maras ou pandillas, ou encore d’opérations d’extorsion. La délinquance est également omniprésente, le nombre considérable d’armes en circulation rend toute agression potentiellement très grave, les agressions sexuelles sont également importantes.

Le drame d’un père et de sa fille morts par noyade en traversant le Rio Grande

Ce climat anxiogène pousse de nombreux Salvadoriens à quitter leur pays y compris au péril de leur vie, comme le rappelle cette tragédie d’un père et de sa fille morts noyés.

Aujourd’hui, plus que jamais, le gouvernement du Salvador doit relever des défis gigantesques pour apporter des réponses concrètes à ses habitants afin de leur permettre d’envisager l’avenir avec sérénité sur le territoire qui les a vus naître.