Drapeau bolivien
Drapeau bolivien

C’est depuis le Mexique où il a trouvé refuge après sa démission du 10 novembre que l’ancien président bolivien, Evo Morales, a dénoncé la violence qui secoue le pays sud-américain depuis son départ du pouvoir, laissant plus de 30 personnes décédées.

Lors d’une conférence de presse donnée depuis le Mexique, l’ancien dirigeant socialiste, d’origine indigène, s’est défendu d’avoir eu recours à la répression au moyen d’armes létales pendant ses 14 années de gouvernance.

E. Morales sort du silence et critique la situation actuelle en Bolivie

“Le monde entier voit à quoi ressemble un coup d’État mené par la droite … il tue mes frères et sœurs”, a-t-il déclaré faisant référence aux 27 morts enregistrées lors d’émeutes depuis son exil, dont 9 enregistrés hier parmi ses partisans, réunis au gisement pétrolifère Yacimiento Petrolíferos Fiscales Bolivianos (YPFB), situé à Senkata, dans la ville de El Alto.

En effet, des émeutes dans la région d’El Alto ont éclaté lorsque des officiers de police et des militaires se sont rendus à l’usine d’hydrocarbures pour lever le blocus des manifestants et sécuriser l’approvisionnement en carburant à La Paz.

Lors de l’offensive visant à frayer un chemin par la force aux camions-citernes, des grenades lacrymogènes ont été lancées et, selon de nombreux témoignages de manifestants, des coups de feu ont été tirés.

Des soutiens de Morales ont perdu la vie

Evo Morales a évoqué “la destruction” de la Bolivie après des années de construction. Il en a appelé à la pacification tout en réitérant qu’il était sorti vainqueur des élections présidentielles du 20 octobre, de façon honnête, réfutant ainsi les conclusions de l’OEA chargée d’enquêter sur la probité du processus électoral et qui mettaient en cause la légitimé des résultats électoraux.

Évoquant un ‘coup d’État’ fomenté par la droite bolivienne et ses alliés étrangers, Evo Morales a abordé les convoitises suscitées par les réserves en lithium du pays sud-américain. Il a dénoncé une volonté de main-mise de la part des élites internationales et nationales : “C’est une conspiration interne et externe” a-t-il justifié.

“Je lance un appel à la CIDH et aux Nations unies pour dénoncer et mettre fin à ce massacre de frères indigènes qui réclament la paix, la démocratie et le respect de la vie dans la rue”

Evo Morales

L’ex-chef d’État bolivien a eu de mots très durs employant le mot “génocide” pour évoquer la répression menée contre ses partisans natifs qui poursuivent la mobilisation.

La présidente par intérim de la Bolivie, Jeanine Áñez, a déclaré sur le réseau social Twitter, “autant de violence cela fait mal, la mort fait mal, la Bolivie mérite de vivre en paix”.

Des violences condamnées par les Nations Unies

Áñez et Morales dénoncent le climat qui règne en Bolivie, où policiers et militaires mènent depuis plusieurs jours des opérations conjointes destinées à maintenir l’ordre.

La CIDH a par ailleurs remis en question un décret du gouvernement provisoire qui exempte les forces de l’ordre de responsabilité pénale si elles agissent “pour la défense légitime ou en état de nécessité” et selon les critères de “légalité” et de “nécessité” .

https://twitter.com/CIDH/status/1197185503487025152

D’autre part, les membres du Mouvement pour le socialisme (MAS), parti d’Evo Morales, ont demandé au gouvernement de transition d’ordonner le “retrait” des forces armées des rues du pays et ont convoqué une réunion avec des députés d’autres groupes politiques pour évoquer une sortie de crise.

Dans une déclaration à la presse depuis New York, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé l’importance de permettre les manifestations et de veiller à la sécurité de tous les concitoyens.

Pour le porte-parole, “aucune mort de manifestants civils n’est acceptable” et “dans les cas de violence et de décès, il doit y avoir une responsabilité.”

La présidente par intérim souhaite la convocation de nouvelles élections

La présidente par intérim depuis dix jours maintenant, Jeanine Áñez, a fait parvenir hier au Congrès un projet de loi appelant à la tenue de nouvelles élections générales, et a annoncé qu’un nouveau Tribunal électoral suprême (TSE) devrait être formé après l’arrestation de ses membres.

À Washington, l’Organisation des États américains (OEA), qui avait estimé que le suffrage du mois d’octobre était entaché d’irrégularités, a approuvé mercredi une résolution appelant “de toute urgence” à convoquer de nouvelles élections démocratiques.

Evo Morales, soupçonné de fraude électorale et contraint d’abandonner le pouvoir après avoir été “lâché” par l’armée et la police, a fait savoir qu’il souhaitait rentrer en Bolivie blanchi de tout soupçon afin de reprendre le “combat”.