Pérou, Iquitos, ville amazonienne (Wikipédia, Gabymuaa )

Alors que la pandémie de coronavirus mobilise de nombreux pays contraints de prendre des mesures drastiques comme le confinement national pour limiter la propagation de ce virus respiratoire, la maladie préoccupe aussi des communautés natives vivant dans des zones reculées.

Ainsi, des communautés indigènes du Pérou se sont déclarées en état d’alerte face à l’expansion du Covid-19 dans le pays et à l’enregistrement des premiers cas dans les villes amazoniennes.

En effet, un leader indigène est atteint du coronavirus, ce dernier aurait été contaminé lors d’une tournée menée aux Pays-Bas afin de dénoncer les ravages de l’industrie pétrolière en Amazonie. Ce dernier est à ce jour en confinement après avoir testé positif au Covid-19. Son état de santé ne présente pas de signes de gravité pour le moment, mais sa contamination a fait prendre conscience des risques qui pèsent sur ces peuples qui sont, pour la plupart, éloignés des systèmes de santé.

Un manque d’accès aux soins qui se révèle plus que jamais préoccupant

Il y aurait déjà plus de 400 personnes contaminées au Pérou, et sept décès sont d’ores et déjà à déplorer à la date du 25 mars.

Il y a 55 ethnies indigènes répertoriées en Amazonie, elles sont invitées, comme le reste de la population péruvienne, à adopter les gestes barrières comme le lavage des mains fréquent ou encore la distanciation sociale pour limiter la contagion.

Le 19 mars, les membres de la communauté Asháninka ont annoncé leur mise en isolement, et l’interdiction pour quiconque de s’aventurer sur leurs terres sous peine d’être expulsé par les comités d’autodéfense. Les natifs cherchent à se préserver d’éventuelles incursions de touristes européens susceptibles de porter le virus.

D’autres organisations telles que la Fédération autochtone de la rivière Madre de Dios (Fenamad), dans le sud du pays, ont exhorté ses membres à ne pas se rendre dans des villes comme Puerto Maldonado et à rester au sein de leurs communautés sauf en cas de force majeure.

En ce sens, l’Organisation des peuples autochtones de l’Est (ORPIO), basée à Iquitos, la plus grande ville d’Amazonie péruvienne, a demandé le soutien de la communauté internationale pour pouvoir se rendre dans les centres de santé s’ils venaient à être malades.

Des communautés vulnérables, car souvent en proie à de nombreuses maladies chroniques

L’anthropologue péruvienne Beatriz Huertas, spécialiste des peuples autochtones, a émis un cri d’alarme en pointant du doigt la situation sanitaire des peuples indigènes déjà très précaire selon elle :

“La situation sanitaire des peuples autochtones en raison des maladies infectieuses et contagieuses qui ont déjà été propagées est déjà grave, il faut ajouter à cela un très mauvais service de santé. Le coronavirus aggraverait encore cette situation”.

La spécialiste évoque la prévalence de certaines maladies comme le diabète, l’hépatite B, la tuberculose, le paludisme, le VIH ou la dengue au sein des communautés autochtones, et fait part de sa préoccupation : “Comment vont-ils gérer COVID-19 ?”.

Selon Beatriz Huertas, l’anémie est très répandue parmi les natifs, ce qui affaiblit leur immunité, les exposant davantage au Covid-19. L’ONU a également manifesté son inquiétude en affirmant que les peuples autochtones sont beaucoup plus vulnérables que le reste de la population, ce qui les expose davantage à des formes graves de la maladie.

Au Pérou, le ministère de la Culture a pris des dispositions coordonnées avec les directions régionales de la santé de 14 régions abritant des populations autochtones afin de soutenir les stratégies de prévention contre la propagation du coronavirus. Parmi les mesures mises en place, les autorités veillent à ce que les messages de prévention soient traduits dans les langues autochtones afin qu’ils soient parfaitement informés des gestes barrières et des symptômes de la maladie.

La dirigeante autochtone Ruth Buendía, représentante de l’Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (Aidesep), interpelle le gouvernement en soulignant que l’infrastructure sanitaire dans les provinces concernées est déficiente et qu’il n’y a pas de services de base dans les communautés.

Des messages de prévention dans différentes langues pour éviter la contamination

“Beaucoup de gens meurent de la grippe, ce sera bien pire avec ce virus. Souvent, il n’y a aucun moyen d’aller dans un centre de santé“.

Pour se prémunir au mieux, la plupart des communautés optent pour l’isolement. Ainsi, Héctor Requejo, maire de Condorcanqui, une province frontalière entre le Pérou et l’Équateur, a annoncé la fermeture des accès routiers vers le territoire des communautés awajún et wampis, et a interdit l’entrée d’étrangers sur leur territoire.

Dans une déclaration publiée le vendredi 13 mars, le coordinateur des organisations autochtones du bassin amazonien (Coica) a appelé les gouvernements des pays membres à prendre des mesures sanitaires et à préparer des plans d’urgence en fonction des besoins spécifiques des communautés.

Au Pérou, l’Association interethnique AIDESEP a fait une déclaration à toutes les communautés natives du pays et plus particulièrement à celles résidant en Amazonie : «la chaleur amazonienne et les plantes sacrées y feront face, mais elles ne pourront pas arrêter cette tragédie. Nous vous invitons à une grande prise de conscience et à prendre des mesures immédiates ».

«Les peuples en isolement volontaire sont plus vulnérables, car leur système immunitaire n’est pas capable de se défendre contre aucun virus, bactérie ou maladie. Outre leur vulnérabilité immunologique, il y a aussi la vulnérabilité socioculturelle, qui implique le manque et la difficulté d’accès aux services de santé », a déclaré Jackeline Borjas Torres, spécialiste du programme Amazonie de l’organisation DAR (Derecho, Ambiente y Recursos Naturales).