Les crânes du Tzompantli au Templo Mayor, témoignage de la présence aztèque (Mexique)
Tzompantli au Templo Mayor, Mexico. (Wikipédia)
Juan Carlos Fonseca Mata

La structure effraie autant qu’elle fascine et elle n’a pas fini de livrer ses secrets aux archéologues sur le sol mexicain. Appelée Huei Tzompantli (en langue nahuatl), cette tour aztèque se compose de crânes humains empalés sur des poteaux en bois !

En effet, les vestiges des cultures préhispaniques surgissent au gré des fouilles offrant de nouvelles perspectives d’étude et Tenochtitlán nous ouvre au fil des années les portes du passé !

Huei Tzompantli, la pratique de multiples sacrifices humains à Tenochtitlán

Huei Tzompantli a été mis au jour pour la première fois, il y a cinq ans, par des archéologues du Programme d’archéologie urbaine (PAU) de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire du gouvernement du Mexique (INAH).

Au début du mois de décembre 2020, les chercheurs ont révélé avoir découvert 119 crânes humains supplémentaires sur le côté, à l’est de la tour. Il s’agit probablement de l’une des sept collections de crânes trouvées dans la célèbre capitale aztèque, Tenochtitlán (devenue Mexico).

https://twitter.com/Acerap_assoc/status/1337722409764478976

Un total de 484 crânes avait déjà été identifié sur le site. Selon les archéologues, ces multiples ossements humains remontent à une période estimée entre 1486 et 1502.

Le mur, nouvellement découvert, se compose de crânes d’hommes, de femmes, et même d’enfants, ce qui rend la découverte encore plus troublante. Ces jeunes victimes auraient été probablement tuées lors de sacrifices rituels destinés à satisfaire les dieux.

Selon un communiqué officiel, au moins trois crânes d’enfants ont ainsi été mis au jour par les scientifiques. Ils ont pu constater la taille plus petite que celle des crânes adultes et leur croissance dentaire inachevée.

Les experts avaient dévoilé au monde, avant cela, la grande plate-forme à palissade que le peuple aztèque, aussi nommé peuple Mexica, consacra à son dieu titulaire, Huitzilopochtli. On parle d’une divinité majeure consacrée à l’astre solaire.

Des centaines de crânes amoncelés pour satisfaire les dieux

Voici les propos enthousiastes de la Secrétaire à la culture du gouvernement du Mexique, Alejandra Frausto Guerrero, au sujet de cette mise au jour.

À chaque étape, le Templo Mayor continue de nous surprendre; et le Huei Tzompantli est, sans aucun doute, l’une des découvertes archéologiques les plus impressionnantes de ces dernières années dans notre pays, car c’est un témoignage important de la puissance et de la grandeur atteintes par le peuple Mexique-Tenochtitlan”.

Alejandra Frausto Guerrero

Le responsable de la PAU, Raúl Barrera Rodríguez, et la chargée des fouilles, Lorena Vázquez Vallín, soulignent que c’était vers le mois de mars 2020 que cette nouvelle découverte s’est produite plus en profondeur.

https://twitter.com/INAHmx/status/1337457872712634368

Jusqu’à présent, les chercheurs de PAU sont descendus à 3,5 mètres en dessous du niveau actuel de la rue República de Guatemala, parvenant à identifier trois étapes de construction de la plate-forme Mexica, qui remontent, au moins, à l’époque du tlatoani Ahuízotl qui régna sur Tenochtitlan entre 1486 et 1502.

Ainsi, les scientifiques ont pu constater, qu’une fois que la cité de Mexico-Tenochtitlan a été soumise par les conquérants espagnols et leurs alliés indigènes, la destruction de la majeure partie de la dernière étape de construction du Huei Tzompantli a eu lieu. De fait, les crânes de la tour ont été rasés, et des fragments épars ont été récupérés et analysés par l’équipe d’anthropologie physique.

«Bien que ces individus constituent un échantillon important de la population de la période post-classique», note Lorena Vázquez Vallín, chacun de ces crânes forme un élément architectural qui fait partie du bâtiment et de son discours symbolique.

L’optique de vie en ligne de mire pour les Mexicas

En Méso-Amérique, les sacrifices rituels étaient pratiqués dans l’optique de la vie, aussi paradoxale que puisse paraitre cette approche de nos jours. Grâce à cette pratique, qui peut sembler sinistre et barbare, les dieux étaient honorés et comblés, assurant ainsi la persistance de la vie et de l’existence de toute chose.

Cette vision, incompréhensible pour nos sociétés contemporaines, faisait du Huei Tzompantli un bâtiment de vie plutôt que de mort.

Par ailleurs, les spécialistes Barrera et Vázquez, ne mettent pas de côté un autre aspect majeur de ce lieu. En effet, il s’agissait aussi d’affirmer pour les dirigeants en place leur pouvoir et insuffler aux ennemis des Mexicas un sentiment de terreur. Il est probable que de nombreux individus, capturés au combat, aient été sacrifiés en guise de nextlahualtin (paiement de sa dette par le sacrifice ultime de sa propre vie).

«Bien que nous ne puissions pas déterminer combien de ces individus étaient des guerriers, certains étaient peut-être des captifs destinés à des cérémonies sacrificielles. Nous savons qu’ils ont tous accédé au sacré, c’est-à-dire qu’ils ont été transformés en offrandes pour les dieux ou même en personnifications des divinités elles-mêmes. Ils ont été habillés et traités comme tels », explique l’archéologue Barrera Rodríguez.

«Le sacrifice humain en Méso-Amérique était un engagement qui s’instaurait quotidiennement entre les êtres humains et leurs dieux, comme un moyen qui affectait le renouvellement de la Nature et assurait la continuité de la vie elle-même», conclut le chef de la PAU.

2021, une année de commémorations pour le Mexique

En fait, l’année 2021 s’annonce comme une année riche en commémorations pour le Mexique qui a plusieurs évènements historiques à célébrer parmi lesquels :

  • Les 700 ans de la fondation de Mexico-Tenochtitlan, la capitale aztèque (1321);
  • Les 500 ans de la chute de la même ville par le conquérant espagnol; Hernán Cortés (1521);
  • Les 200 ans de l’indépendance du Mexique (1821).

Des faits marquants qui ont façonné l’identité culturelle du pays au cours des siècles.