Amazonie : La main de l’homme précolombien a façonné le poumon vert il y a 8000 ans

Photo libre de droits Pixabay (Brésil, Rio Branco)

(Article publié le 6 mars 2017, mis à jour le 20 novembre 2022)

La forêt amazonienne a été profondément changée par les anciens habitants de la région. Voilà les conclusions d’une longue étude scientifique, publiée dès 2017, dans la revue Science et réunissant plus de 40 experts.

La forêt amazonienne sous l’influence de la main de l’homme depuis des siècles

Les lecteurs apprennent ainsi que l’écologie de la région a été bouleversée par 8000 années d’agriculture autochtone. Vous l’aurez compris, l’empreinte de l’homme sur une nature dense et luxuriante, censée être vierge, est séculaire.

Les peuples indigènes, nous l’avons appris, ont modifié l’écologie des Amériques avant même l’arrivée des conquérants européens, et par la suite, l’instauration d’un système colonial.

Il est aujourd’hui avéré que, l‘une des régions les plus riches en biodiversité, à savoir la forêt amazonienne, a été façonnée par l’homme depuis des temps anciens.

L’homme a cherché à tirer parti de l’Amazonie depuis des milliers d’années pour se nourrir

Depuis plus de 8000 ans, des communautés humaines vivent en Amazonie et font en sorte de rendre les terres plus productives. Ainsi, l’habitant d’Amazonie a favorisé certaines espèces d’arbres par rapport aux autres. Cela leur permettait de cette façon d’obtenir des récoltes que nous appelons maintenant fèves de cacao et noix du Brésil.

Une domestication dont les natifs tiraient avantage pour survivre. Et alors que de nombreuses communautés, qui ont façonné ces plantes, ont disparu sous le joug du génocide amérindien, il y a 500 ans, les effets de leur travail peuvent encore être encore observés dans la forêt amazonienne.

« Les gens sont arrivés en Amazonie, il y a au moins 10 000 ans, et ils ont commencé à utiliser les espèces qui se trouvaient là. Et il y a plus de 8000 ans, ils ont sélectionné des spécimens avec des phénotypes spécifiques s’avérant utiles pour les humains« .

« Ils ont vraiment cultivé et planté ces espèces dans leurs jardins, dans les forêts qu’ils géraient ».

explique Carolina Levis, chercheuse à l‘Université de Wageningen qui a joué un rôle déterminant dans la publication de cette étude.

La domestication végétale a été lancée avant l’arrivée des Espagnols

De fait, cette culture a finalement altéré des régions entières d’Amazonie. En effet, si l’on en croit les conclusions de Carolina Levis et de ses collègues, certaines espèces ont été domestiquées par des indigènes, y compris le caoutchouc, le palmier à maripa (produisant des fruits jaunes comestibles) et le cacaoyer. Des plantations qui dominent encore de vastes étendues de la forêt, en particulier dans la partie sud-ouest du bassin amazonien.

Les anciens agriculteurs et cultivateurs évoluant en Amazonie parlaient probablement des idiomes appartenant aux groupes linguistiques Arawakan et Tupí. Ils auraient vécu dans des communautés isolées par la distance, mais liées par le commerce et la communication le long des rives et rivières qui traversent et irriguent la forêt.

« Des études archéologiques récentes, notamment au cours des deux dernières décennies, montrent que les populations indigènes du passé étaient plus nombreuses, plus complexes et avaient un impact plus important sur la forêt tropicale, la plus importante et la plus riche en biodiversité du monde ».

des déclarations faites par José Iriarte, archéologue à l’Université d’Exeter.

« C’est l’étude la plus vaste et la plus complète qui témoigne de cette influence au jour d’aujourd’hui », a-t-il ajouté.

« Elle est très complète, car elle ne réunit pas seulement les archéologues [qui ont souligné le rôle plus important joué par les humains dans la formation des forêts amazoniennes], mais aussi des botanistes et des scientifiques du sol, entre autres scientifiques purs et durs ».

Le document compile plus de 80 années de recherche sur l’écologie de l’Amazonie et les populations autochtones qui peuplaient la forêt.

Ce rapport s’appuie sur deux sources : L’Amazon Tree Diversity Network, un index des espèces animales et végétales qui peuplent la forêt tropicale et et une base de données des sites archéologiques fouillés autour de l’Amazone.

La forêt amazonienne a subi l’influence des hommes dès l’ère précolombienne : il y a 8000 ans

Ces sites archéologiques incluent tout ce qui suggère une influence humaine :

  • la céramique ;
  • les terrassements ;
  • les peintures rupestres ;
  • et les monticules.

Cela fait également mention des sols anthropogéniques, ou «terre noire de l’Amazonie», un mélange noir de charbon de bois et de matière organique résultant des techniques antiques de l’Amérique.

« Pendant de nombreuses années, les études écologiques ont ignoré l’influence des peuples précolombiens dans les forêts que nous voyons aujourd’hui. Nous avons constaté que le quart des espèces domestiquées de l’Amazone est largement distribué dans le bassin et domine de vastes zones de forêt. La flore amazonienne est en partie un témoignage pérenne de ses anciens habitants ».

« La découverte promet de faire revivre un long débat entre les scientifiques sur la façon dont au cours de milliers d’années d’occupation humaine dans le bassin amazonien, les habitants ont influencé les modèles modernes de la biodiversité Amazonienne ».

Carolina Levis

a déclaré Hans ter Steege, du Naturalis Biodiversity Center et coordonnateur de l’Amazon Tree Diversity Network.

Les scientifiques ont identifié 85 espèces qui ont été brièvement, partiellement ou complètement domestiquées par les peuples précolombiens.

Levis et ses collègues ont analysé 1 700 parcelles boisées et plus de 4000 types de plantes, dont 85 avaient subi un processus de domestication par les natifs.

« La domestication des plantes dans la forêt a commencé il y a plus de 8000 ans. Les premières plantes ont été sélectionnées avec des caractéristiques qui pourraient être utiles à l’homme et dans un second temps, la propagation de ces espèces a eu lieu. Ils ont commencé à les cultiver dans les patios et jardins, grâce à un processus de sélection presque intuitive, similaire à ce qui est arrivé en Égypte ».

Carolina Levis 

« Cela exclut le vieux mythe de ‘l’Amazone dépeuplée », explique le co-auteur Charles Clément, chercheur principal de l’INPA, à Manaus, Brésil.

« Les premiers naturalistes européens ont parlé de populations autochtones dispersées vivant au sein de forêts énormes et apparemment intactes, et cette idée a continué de fasciner les médias, les décideurs politiques, des planificateurs au développement et même certains scientifiques. Cette étude confirme que même dans les zones de l’Amazonie qui semblent vides maintenant, elles sont aujourd’hui remplies de traces anciennes ».

Charles Clément

Carolina Levis conclut : « Comprendre l’histoire humaine de l’Amazonie peut fournir une occasion de réduire la déforestation et [de proposer] une forme alternative de production alimentaire tandis que la forêt demeure une contribution essentielle à l’importance de la sécurité alimentaire. « 

Le défi est maintenant de continuer à documenter la gestion des forêts par les communautés qui ont peuplé le poumon du monde historiquement et comprendre comment les peuples précolombiens ont joué un rôle majeur sur la structure même de la forêt.

Un commentaire

  1. Un des sols les+ fertile est anthropique,terra preta, créé par Les precolombien de en Amazonie. Charbon de bois et apport coquiller à priori

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