La Colombie est l’un des pays qui a le plus souffert d’un point de vue humain, mais aussi matériel, des pluies diluviennes causées par le phénomène climatique La Niña entre avril 2010 et mai 2011. Ce sont 474 personnes qui ont perdu la vie sur ce territoire qui abrite 45,5 millions d’habitants en raison de ces pluies intenses et prolongées (un record depuis 40 ans) et de leurs conséquences directes (glissements de terrain, inondations, crues des fleuves et rivières…) durant cette période particulièrement éprouvante.Or quelques mois après ces intempéries, la Colombie subit à nouveau de plein fouet des pluies diluviennes, toujours attribuées à La Niña qui ne font qu’accentuer une situation déjà précaire pour de nombreuses populations, mais aussi mettre à mal une économie fragilisée par des destructions multiples.

Au moins 308 municipalités en Colombie (sur les 1102 qui composent le territoire), soit plus d’un tiers du territoire, se trouvent actuellement affectées par de sévères inondations qui ont marqué le début de l’hiver dans ce pays d’Amérique du Sud.

Départements de Colombie

Lundi, les autorités ont décrété l’alerte rouge dans sept départements sur 32 que compte la Colombie comme conséquence des pluies diluviennes qui s’abattent sur des terrains excessivement meubles (dans des régions déjà touchées par la précédente vague hivernale) et qui engendrent d’importantes crues. Le directeur rattaché à la Gestion des risques de la Croix-Rouge colombienne, Carlos Iván Márquez, a rappelé qu’il y a 11 collectivités menacées dont sept qui se trouvent en situation d’urgence : Antioquia et Chocó dans le nord-ouest du pays, Caldas, Tolima et Quindío situé au centre ouest ainsi que Valle et Nariño le sud-ouest, des localités confrontées à d’importants risques de glissements de terrain et de crues de rivières, comme l’a souligné le responsable. Márquez a précisé que dans le département du Chocó, les autorités étaient en alerte maximale en raison de la crue du fleuve Atrato. « Nous travaillons 24 heures sur 24, nous ébauchons des plans et des stratégies particulières, nous cherchons à réduire cette urgence dans laquelle vit une grande partie de la Colombie. Parallèlement, une nouvelle aide doit être apportée aux victimes de l’hiver », a ajouté Márquez. Pour le moment, la Gestión del riesgo a investi 28 000 millions de pesos pour venir en aide aux sinistrés (coût des opérations de sauvetage, mais aussi de la distribution d’une aide alimentaire d’urgence).

Les fortes pluies qui s’abattent depuis trois mois ont fait quelque 325 695 sinistrés selon un dernier rapport émis vendredi par la Croix-Rouge colombienne. Le fleuve Magdalena, principal affluent de Colombie, enregistre des « niveaux inhabituels », à cela s’ajoutent quelques glissements de terrain, des précipitations et des éboulements. Cette saison semble plus terrible que celle de l’année 2010 qui avait pourtant fait plus de 400 victimes mortelles et plus de 3,6 millions d’affectés à travers le pays.

« Entre janvier et octobre de l’année passée, 119 personnes ont perdu la vie tandis qu’entre septembre et novembre 2011, 98 individus sont d’ores et déjà décédés ». Ces conditions météorologiques devraient par ailleurs perdurer jusqu’au moins janvier 2012. César Urueña, directeur des secours de la Croix-Rouge colombienne, a signalé que ses services avaient enregistré 480 interventions urgences pour des glissements de terrain, des inondations, des éboulements et des orages violents, accompagnés d’une forte activité électrique.

L’institut d’Hydrologie, de Météorologie et des Etudes environnementales de Colombie a émis jeudi 17 novembre un bulletin d’alerte concernant les fleuves Magdalena, Cauca et Bogotá en raison des risques de crues engendrés par les fortes précipitations. Concernant le fleuve Magdalena, l’alerte rouge concerne essentiellement la partie finale et intermédiaire entre les populations de Puerto Salgar et celles de Puerto Wilches, à l’ouest de la Colombie. Pour le fleuve Bogotá, la prudence est de mise dans la partie haute, au milieu de l’Amazone, même si l’institut précise qu’il pourrait y avoir également des inondations dans la partie basse. Ces intempéries ont également fait sept disparus, les dégâts matériels sont également considérables avec plus de 56 321 foyers endommagés et 439 maisons totalement détruites. La Colombie a déjà enduré plus de 120 glissements de terrain au cours de ces dernières semaines.

La Colombie, pays montagneux au climat tropical, affronte deux saisons des pluies par an, habituellement une entre le mois d’avril et le mois de juin, et une autre entre octobre et décembre.

Glissement de terrain de Manizales

L’une des plus grandes tragédies a eu lieu le 6 novembre 2011 dans la localité de Manizales ou un glissement de terrain a fait 48 victimes, dont 11 enfants. Le glissement de terrain s’est produit dans un quartier de classe moyenne construit à flanc de montagne, dans cette ville au centre de la région productrice de café du centre-ouest de la Colombie (Caldas), où résident environ 350 000 habitants.

Cet assaut hivernal a frappé des villes comme Carthagène et Barranquilla sur la côte atlantique, Cali, dans le département de Valle frappée par des puissantes averses durant 24 heures. Les départements de Boyacá, Cundinamarca, Quindío (centre), Cauca (sud-est), Chocó (côte Pacifique) et Córdoba (nord), sont jusqu’alors les plus affectés par ces intempéries.

D’un point de vue économique, à titre d’exemple, la production de café a chuté de 19 % au mois d’octobre par rapport au même mois de l’année dernière en raison de l’excès de pluie, des informations révélées par la Fédération nationale des producteurs de café. La production du mois d’octobre a été évaluée à 656 000 sacs de 60 kilos, alors qu’octobre 2010 avait permis la production de 807 000 sacs. De janvier à octobre 2011 la production a été de 6,2 millions de sacs soit 8 % de moins par rapport à la même période de 2010. Selon la Fédération qui représente un peu plus de 500 000 familles cultivatrices de café, les conditions météorologiques continuent d’affecter la récolte caféière en raison « d’un excès de pluies, d’une diminution du taux d’ensoleillement, et des températures plus basses qu’à l’accoutumée ». En raison de ces intempéries, la production de café est en baisse et les exportations en seront par conséquent affectées. Les États-Unis et le Japon sont les principaux importateurs de café colombien.

La Colombie possède 900 000 ha de plantations de café, pour un pays qui compte 114 millions d’hectares. Le pays depuis 2010 subit les impacts liés au phénomène climatique La Niña qui induit des courants frais dans le Pacifique et qui favorise à la formation de pluies.

Par ailleurs, la Banque de Commerce extérieur de Colombie (Bancóldex) a annoncé l’ouverture d’un fonds de crédit d’une valeur de 40 000 millions de pesos pour les entreprises affectées par la saison pluvieuse. Cette somme est à la disposition de petites, de moyennes et de grandes entreprises qui ont besoin de prévenir, de limiter ou même de récupérer des effets liés aux fortes précipitations qui s’abattent sur le pays. Les entreprises pourront obtenir un maximum de 500 millions de pesos à des taux préférentiels avec un délai de deux ans pour rembourser. Le président de Bancóldex, Santiago Rojas Arroyo, a déclaré qu’il ne fallait pas attendre « d’avoir de l’eau jusqu’au cou » pour prendre cette décision.

Pour rappel, le phénomène La Niña se caractérise par des eaux anormalement froides dans le centre et l’est de l’Océan Pacifique tandis que El Niño se distingue par ses températures supérieures à la normale. Ces deux phénomènes perturbent le régime de circulation océanique et atmosphérique à grande échelle et ont des répercussions importantes sur le climat de nombreuses régions de la planète.

(Aline Timbert)