mexique21122015

Le flux migratoire à la frontière entre le Mexique et les États-Unis ne s’essouffle pas, bien au contraire, et fait plus inquiétant encore ce sont des mineurs centre-américains qui se lancent dans l’aventure, seuls, sans adultes à leurs côtés.

Ce sont près de 10 000 migrants mineurs qui ont franchi la frontière mexicaine pour parvenir aux États-Unis, des chiffres donnés par le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis.

Entre le 1er octobre et le 30 novembre, les patrouilles ont arrêté le long de la frontière mexicaine 10 588 mineurs non accompagnés, soit une augmentation de 106 % par rapport à l’année dernière sur la même période, un chiffre qui témoigne de la nouvelle vague migratoire qui se manifeste depuis l’été 2014.

Ces chiffres contredisent la tendance selon laquelle les migrants sont plus nombreux à tenter leur chance au printemps, cette année, l’été et l’hiver ont aussi été marqués par un flux important d’individus souhaitant quitter leur pays d’origine.
12 505 familles ont été arrêtées aux États-Unis entre octobre et novembre, « des unités familiales » qui peuvent être intégrées par des parents et leurs enfants, ou encore un seul parent avec un ou plusieurs enfants. La majorité des familles ont été arrêtées dans le secteur de Río Grande de la Patrouille à la frontière, dans la vallée du Texas, où au cours de ces deux derniers mois 6 465 mineurs et 8 537 « unités familiales » ont été interpellés par les forces de police.

La semaine dernière, le HHS a commencé à déplacer plus de mille enfants de la frontière avec le Mexique vers deux centres, un situé dans le nord du Texas et l’autre en Californie.
La Maison-Blanche a déclaré que le pays avait les ressources pour faire face à la flambée des détentions de mineurs centre-américains à la frontière Mexique tout en reconnaissant que le phénomène demeurait une source de préoccupation.

La semaine dernière, l’État du Texas a affirmé « qu’il ne croiserait pas les bras devant ce défi », le gouverneur du Texas, le républicain Greg Abbott a donné l’ordre de renforcer la présence policière à la frontière mexicaine (le déploiement de la Garde nationale), la plupart des jeunes migrants arrivant du Honduras, du Guatemala ou encore du Salvador.
« Le Texas ne restera pas les bras croisés devant ce défi. Nous n’allons pas être les victimes de l’apathie du gouvernement », a déclaré Abbott en critiquant l’action du président Barack Obama.

La majorité des familles et mineurs qui ont traversé la frontière en octobre étaient originaires d’El Salvador, une augmentation de la violence (30 assassinats par jour au mois d’août) dans ce petit pays également gangrené par la pauvreté explique le phénomène.

Le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis a affirmé : « Le Département de sécurité nationale (DHS) et le ministère de la Santé et les Services sociaux (HHS) travaillent ensemble pour accueillir ces enfants, sans perturber la mission de sécurité nationale vitale de la patrouille frontalière et ont lancé un processus pour étendre la capacité temporaire du HHS pour héberger les enfants non accompagnés ».

« Il n’y a pas de nouvelle vague d’immigration à la frontière. Le nombre de Guatémaltèques, Honduriens et Salvadoriens qui fuient leurs pays a été élevé et reste élevé », a affirmé de son côté à Univision Noticias Elizabeth Kennedy, professeur et chercheur à l’Université de l’État de San Diego et de l’Université de Californie, Santa Barbara, Californie.
Elizabeth Kennedy a mené entre 2013 et 2014 une enquête avec d’autres universitaires, et a interrogé ainsi près de 400 familles pour connaitre leurs motivations à quitter le Salvador, le refus de la criminalité, la violence, la peur des gangs sont les principales raisons qui poussent les migrants à atteindre les États-Unis par tous les moyens, parfois au péril de leur vie.

« Nous devons voir cela comme une situation de réfugiés », a affirmé Maureen Meyer, l’un des membres de la Washington Office on Latin America pour le Mexique ajoutant : « Migrer à travers le Mexique et passer la frontière américaine est très dangereux, mais ‘le niveau de désespoir’ est tel dans leur pays d’origine que les familles estiment que ça vaut le coup de prendre le risque ».