Colombie, le malaise social s’exprime dans la rue

Colombie, capitale Bogotá
Colombie, vue de Bogotá

En Colombie, la grogne sociale se fait entendre haut et fort depuis plusieurs semaines maintenant. Des milliers de manifestants expriment leur profond mécontentement dans les rues du pays, des manifestations qui témoignent du mal-être qui plombe une large frange de la population.

Hier, mercredi 12 mai, à l’occasion d’une troisième journée de grève nationale (Paro Nacional en Colombia), plusieurs milliers de personnes ont souhaité manifester pacifiquement leur opposition aux décisions gouvernementales en matière de :

  • propositions sociales ;
  • mesures économiques ;
  • politique sécuritaire…

Ainsi, les plus grandes villes du pays ont accueilli des centaines de manifestants parmi lesquelles Bogotá, Cali, Medellín. Syndicats de travailleurs (CUT, CGT, CTC…), étudiants, paysans, salariés ou encore retraités ont réclamé des changements structurels au président en place, Iván Duque.

Des mobilisations dans tout le pays pour réclamer plus de justice sociale

Des tensions et violences ont encore une fois éclaté au sein des cortèges, surtout en fin de journée. Ces vagues de protestations ont pour objectif de réclamer davantage d’aides économiques en cette période de crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, mais aussi plus de moyens dans les secteurs de l’éducation et de la santé.

Parmi les habitants du pays sud-américain, nombreux sont ceux qui revendiquent davantage de justice sociale face à une augmentation marquée des inégalités et de la pauvreté.

En fait, de nombreuses problématiques sont au cœur des manifestations, parmi lesquels :

  • la précarité salariale ;
  • l’accès aux soins et à la santé ;
  • l’accès à l’éducation ;
  • les assassinats de leaders sociaux ;
  • la réintégration des anciens guérilleros des FARC au sein de la société ;
  • le narcotrafic mené par des gangs criminels ;
  • les déplacements internes engendrés par les groupes illégaux….

Le jeunesse, fer de lance de ces manifestations en Colombie

La jeunesse est particulièrement impliquée dans ces manifestations, et réclame de meilleures perspectives d’avenir. Actuellement, le taux de chômage des jeunes est de 24 % en Colombie et ce chiffre dépasse 30 % pour les femmes.

Par ailleurs, dans ce climat de revendications, la police est soupçonnée d’avoir commis de nombreux abus, une répression condamnée par des organisations en charge de défendre les droits de l’Homme. Ce sont 48 individus qui auraient ainsi perdu la vie lors des récentes manifestations.

Afin d’apaiser les mouvements de contestation, le président a annoncé la gratuité des études supérieures pour les plus défavorisés au sein des établissements publics, une mesure qui n’a pas convaincu tous les secteurs de la société.

Les indigènes de la région de Cauca font également entendre leur voix

Dans ce contexte agité, le gouvernement doit également faire face aux revendications des communautés indigènes, très mobilisées, au travers de la Minga. De fait, les natifs de la région de Cauca réclament : “la construction d’une Colombie différente, plus juste, équitable et démocratique”.

La Minga Indígena a fait part, entre autres, de son opposition à la fracturation hydraulique (aussi appelée “fracking”) en terres indigènes et au retour des fumigations aériennes de glyphosate (méthode utilisée pour freiner la culture illégale de coca).

Le chef d’État a fait appel au Conseil Régional indigène du Cauca (CRIC), pour inciter les communautés à retourner sur leurs terres et éviter des “confrontations inutiles”. En effet, des membres des communautés avaient été pris à partie récemment par des habitants de Cali, troisième ville de pays, alors qu’ils assuraient des blocus.

Selon les plaintes du CRIC, le Minga a été attaqué à balles par des personnes habillées en civil : ils ont tiré sur le minga indigène, blessant huit membres de la communauté de Cali”, a assuré le CRIC.

« Face à cette situation, un appel est lancé aux organisations de défense des droits de l’homme pour exiger du gouvernement colombien d’Iván Duque la fin de la militarisation des forces de l’ordre et la criminalisation de la contestation », des propos tenus par la CRIC.

La Colombie habituée à la colère de la rue et aux manifestations sur fond de violence

Ces vents de révolte ne sont pas nouveaux. En effet, le pays est plutôt coutumier des grandes protestations. Ainsi, les années précédentes (2019 et 2020) ont été marquées par d’importantes vagues de protestations en Colombie. Cette fois, l’élément déclencheur a été la hausse des impôts annoncée pour faire face aux répercussions économiques de la pandémie.

Ivan Duque est certes revenu sur sa décision dès le 2 mai, mais la répression policière a suscité l’indignation. Par ailleurs, les sources de mécontentement en Colombie sont nombreuses, et le gouvernement de droite doit faire une nouvelle fois face à la colère populaire.

La crise sanitaire de 2020 a fait chuter le PIB du pays de 6,8 % . Conséquence de ce recul, des millions de Colombiens ont vu leurs revenus fondre comme neige au soleil. En fait, la capitale Bogotá compte à elle seule 1,1 million de pauvres supplémentaires.

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