Pièce du musée de l’or de Bogota (photo Wikipédia Léon Petrossian)

A Bogotá , la collection du Musée de l’or (Museo del Oro) est une aventure débutée en 1939 par la Banque de la République.

En fait, cet espace à visée historique et didactique rapproche les visiteurs nationaux et internationaux de la vie sociale et culturelle des peuples qui vécurent sur le territoire colombien 2500 ans avant la Conquête espagnole. Dès lors, de multiples questions viennent  à notre esprit :

Qui étaient ces gens ? Comment vivaient-ils ? Quelles étaient leurs croyances et leurs traditions? Comment appréhendaient-ils l’environnement au sein duquel ils évoluaient ?

En fait, la collection du Musée de l’or de la Banque de la République a été déclarée monument national. Par ailleurs, elle est considérée comme la plus importante de son genre au niveau mondial !

Ainsi, ce musée rassemble près de 34 000 pièces d’or et 20 000 pièces de pierre, des objets en céramique, des textiles et des pierres précieuses appartenant aux cultures Quimbaya, Calima, Tayrona, Sinu, Muisca, Tolima, Tumaco et Malagana, entre autres. Parmi les pièces en or, sont exposés des cuirasses, des masques, des pendentifs, des bracelets, des colliers, et des centaines de figurines d’une qualité remarquable.

Le musée de l’or, une histoire de patrimoine et de mémoire collective

En Colombie, le patrimoine archéologique préhispanique ne se limite pas à la préservation et conservation des objets anciens. En effet, au-delà des vestiges conservés précieusement dans les musées nationaux, il y a aussi les lieux de vie des anciens habitants qui doivent être préservés comme les terrasses agricoles, les routes, les cimetières chargés d’Histoire.

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Dans les années 1930, la Banque de la République a manifesté son engagement à préserver le patrimoine archéologique du pays. Ainsi, en 1936, l’agence d’achat d’or de Honda a acquis une pièce d’orfèvrerie, mais elle a refusé de la fondre. Dans les années suivantes, la Banque a acheté d’autres objets, qui ont été conservés dans un coffre-fort à Bogotá.

Selon un rapport du Comité exécutif de la Banque de la République, c’est en mars 1939 que le ministère de l’Éducation envoie une lettre à ce comité lui demandant “d’essayer d’acheter, de conserver des objets en or ou en argent de fabrication indigène et précolombienne, ceux que le ministère achèterait pour leur valeur matérielle”.

En mai, le directeur de la banque transmet au Conseil la proposition du ministère, qui décide d‘acquérir la pièce connue aujourd’hui comme “Poporo quimbaya”. Cet objet de la culture Quimbaya deviendra la pierre angulaire de la collection de bijoux qui donnera naissance au Musée de l’or.

De nos jours, le musée de l’or de Bogota permet de découvrir les populations autochtones de Colombie et l’importance de la métallurgie au sein de ces sociétés.

La métallurgie, un art ancestral qui fascine

Pour rappel, la métallurgie a été découverte et développée indépendamment dans différentes parties du monde et à des moments différents. Cette connaissance a été développée il y a 2500 ans environ en Colombie, un savoir transmis des Andes péruviennes où il a été découvert il y a quatre millénaires.

En raison de leur dureté, leur luminosité, leur couleur, les métaux ont pris une place importante dans toutes les sociétés qui ont travaillé les métaux. Or, ce point a contribué à forger notre propre société. La métallurgie s’est développée sur l’ensemble du continent américain du deuxième millénaire av .J.C. et le 16e siècle.

Un musée de l’or didactique qui offre plusieurs angles d’approche aux visiteurs

En résumé, ce musée offre différents axes d’études à travers différentes salles :

  • Avec la salle “Travail des métaux” , les visiteurs découvrent comment l’exploitation minière, la fusion et la métallurgie ont été utilisées pour créer des œuvres d’art et des objets de métal. Technique la plus primitive, le martelage nécessitait néanmoins une forme d’expertise.
  • L’exposition permanente “Les gens et l’or” commémore l’usage qui était donné aux métaux dans les sociétés anciennes qui ont dominé la Colombie dans les temps anciens.
  • La salle “Cosmologie et Symbolisme” invite à comprendre la vision du monde des cultures préhispaniques (cosmogonie) en découvrant des objets d’artisanat représentant la flore et de la faune, des scènes de chasse, mais également des objets cérémoniels, des masques ou encore des urnes funéraires.
  • Grâce à l’exposition “Ofrenda”, il s’agit de comprendre le rôle joué par la religion et le chamanisme dans les sociétés préhispaniques. Un spectacle magnifique de son et lumière permet même de découvrir le système des offrandes et les rituels chamaniques qui étaient associés.

Des objets précieux dont la valeur va bien plus loin que le métal dont ils sont constitués

Les objets cosmologiques ne sont pas seulement des dispositifs de mémoire ; ils sont également des instruments souvent sacrés avec le pouvoir de changer le monde. La plupart des objets d’orfèvrerie étaient des symboles cosmologiques de premier ordre parmi les sociétés préhispaniques; par leur luminosité, les couleurs, les odeurs et leur durabilité, les métaux comme l’or, le cuivre, l’argent et le platine ont eu le privilège d’être utilisés dans l’élaboration d’objets chargés de significations liées à la vision du monde à laquelle des pouvoirs surnaturels ont été attribués “

Communiqué du Musée de l’or.

Depuis 1945, le Musée de l’or collabore également avec d’autres musées, en organisant des expositions temporaires dans de nombreux pays. Ainsi, cela permet à des visiteurs du monde entier de découvrir la grande richesse culturelle des civilisations précolombiennes. Il faut savoir que les objets proviennent pour l’essentiel de trois espaces géographiques :

  • la Cordillère des Andes ;
  • la côte caraïbe ;
  • la Sierra Nevada de Santa Marta.

La quête de l’or, du mythe de l’Eldorado au musée de l’or

Avec le musée de Bogotá, qui réunit des pièces d’orfèvrerie plus sublimes les unes que les autres, on comprend mieux le mythe d’Eldorado, apparu dans la région de Bogotá en 1536. Il a rapidement été relayé par les conquistadors espagnols qui y ont cru, sur la base du récit du voyage de Francisco de Orellana, et dans le cadre du mythe plus ancien des cités d’or, qui était aussi largement diffusé à l’époque chez les conquistadores.

Les aventuriers venus s’enrichir n’ont jamais découvert la cité construite en métal précieux. Toutefois, ils ont bel et bien pillé les richesses du Nouveau Monde, allant jusqu’à fondre les objets en or en oubliant les perspectives artistiques, spirituelles et culturelles de l’or dans ces contrées où on ne lui attribuait aucune valeur marchande.