Pérou : Máxima Acuña remporte le prix environnemental Goldman pour sa lutte contre les entreprises minières

perou21042016

Le prix Goldman 2016 pour l’environnement a été remis à six défenseurs de l’environnement répartis en six zones géographiques : l’Afrique, l’Asie, l’Europe, les nations insulaires, l’Amérique du Nord, et l’Amérique centrale et du Sud. Ce prix a été créé en 1990 par Richard Goldman, un philanthrope californien, et sa femme Rhoda Goldman, il récompense annuellement des défenseurs de l’environnement à titre individuel avec la distribution d’un montant de 125 000 $ à chacun. Parmi les lauréats de ce lundi 18 avril, on retrouve la Péruvienne Máxima Acuña, qui a refusé de quitter ses terres à Cajamarca en s’opposant à la puissante compagnie minière Yanacocha, aujourd’hui le prix Goldman d’envergure internationale récompense donc son combat en faveur de l’environnement.

« Une agricultrice de subsistance dans les montagnes du nord du Pérou, Máxima Acuña, s’est levée pour défendre son droit à vivre pacifiquement sur sa propriété, une zone convoitée par la société minière Newmont et Buenaventura pour développer la mine d’or et de cuivre Conga », tel est le descriptif donné de cette militante des Andes par l’organisation.

Le prix, la plus haute distinction en matière d’environnement, a été remis à l’Opéra de San Francisco, aux États-Unis, les « militants » écologistes récompensés recevront donc un soutien financier en plus de la reconnaissance et de la médiatisation. « Je veux seulement qu’on me laisse vivre tranquille sur mes terres et que l’on ne pollue pas mon eau », a affirmé cette femme courageuse et déterminée.

Le Goldman honore des gens « ordinaires » qui défendent l’environnement à travers le monde , c’est une façon de soutenir leurs actions à travers le monde.

Máxima Acuña et sa famille ont remporté un procès contre la société minière Yanacocha concernant leur petite maison située dans la Laguna Azul, dans la région de Cajamarca, dans le nord du Pérou, un lieu inclus dans le projet minier aurifère Conga. Ce projet qui prévoyait un investissement de 4800 millions de dollars a fait l’objet d’un vague de protestation de la part des habitants de la région qui craignaient une contamination de ses réserves d’eau et ont rejeté que les quatre lagunes soient drainées, deux d’entre elles pour extraire des métaux, et le reste pour stocker les déchets induits par l’exploitation.

En 2012, une mobilisation régionale contre la mine a déclenché une confrontation entre les natifs, la police et l’armée, un conflit social qui s’est soldé avec la mort de cinq personnes. Après cette tragédie, le 29 novembre de cette même année, Yanacocha a annoncé la suspension des activités liées à ce projet.

« Je suis pauvre et analphabète, mais je sais que notre lagune et les montagnes sont notre trésor, et je lutterai pour que le projet Conga ne les détruise pas », a affirmé la paysanne lors de son discours de remerciement. Après avoir chanté en quechua, langue native des communautés andines, Acuña a ajouté qu’elle continuerait de se battre pour ses camarades morts à Cajamarca : « Je défends la terre et de l’eau, car c’est la vie, je ne crains pas le pouvoir des entreprises, je ne vais pas abandonner » en précisant « ceci est pour tous les agriculteurs, pour tous ceux qui luttent à Cajamarca ».

Máxima Acuña et sa famille ont été expulsés de leur propriété en 2011 après un procès intenté par Newmont. L’agricultrice a été poursuivie pour occupation illégale et condamnée à 3 ans de prison et à une amende de 2000 dollars.

Cependant, en décembre 2014, elle gagne son procès en appel contre les compagnies. L’organisation Goldman affirme qu’en dépit de sa victoire juridique, Acuña continue de souffrir de harcèlement :

« Les sociétés minières ont construit une clôture autour de son terrain limitant sa capacité à se déplacer librement dans la région. Ils ont détruit ses récoltes de pommes de terre, et ils gardent un œil sur ses biens pour l’empêcher de semer plus ».

Les lauréats du Prix Goldman pour l’environnement sont choisis par un jury international qui fait sa sélection à partir de nominations confidentielles réalisées par un réseau mondial d’organisations environnementales et de particuliers.

Les lauréats visiteront durant 10 jours San Francisco et Washington, en participant à des conférences de presse et à des rencontres avec les dirigeants politiques, responsables de l’environnement et de politiques publiques.

Les autres lauréats du prix Goldman 2016 sont Edward Loure (Tanzanie),  Leng Ouch (Cambodge), Zuzana Caputova (Slovaquie), Luis Jorge Rivera Herrera (Puerto Rico) et Destiny Watford pour les Etats Unis.

« Acuña est devenue un symbole au Pérou de la résistance contre le projet minier, mais sa vie quotidienne est faite de tensions et de conflits avec les employés de l’exploitation minière et les forces de l’ordre travaillant pour l’entreprise ».

Rappelons que la lauréate 2015 du Prix Goldman pour l’Amérique latine a été assassinée au mois de mars dernier au Honduras, il s’agissait de l’activiste Berta Caceres, dont l’assassinat a ému la communauté internationale. Cette militante hondurienne menacée en raison de son militantisme écologiste avait affirmé durant son discours de remise de prix :  « La Terre Mère militarisée, clôturée, empoisonnée, où les droits fondamentaux sont systématiquement violés, nous oblige à agir. Nous construisons des sociétés capables de coexister dans une manière digne, juste en faveur de la vie. Mettons-nous ensemble et continuons avec espoir de défendre et de prendre soin du sang de la terre et de ses esprits. Je dédie ce prix à toutes les rébellions, à ma mère, au peuple lenca, et la rivière Blanche et aux martyrs de la défense du patrimoine naturel ».

La militante avait œuvré pendant 22 ans pour obtenir que plus de 400 000 indigènes Lenca puissent se réapproprier leurs traditions, leurs terres et puissent avoir la chance d’améliorer leurs perspectives d’avenir.

2 commentaires

  1. NOUS AVONS VISITE LA REGION DE CAJAMARCA IL Y A 6 semaines et avons vu des peintures murales dans la ville de Celendin par lesquelles la population locale a mené la lutte contre la pollution par les multinationales de leurs rivières et lacs. Une manifestation sur la plaza de las armas de Cajamarca aussi allait dans ce sens pour dénoncer l’exploitaion des mines d’or: oro no se come pero sin agua no podemos vivir!

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