Guano est un canton d’Équateur situé dans la province de Chimborazo (dans la majestueuse cordillère des Andes) qui couvre une superficie de 6 499 km², et son nom est devenu célèbre depuis que la ville de Guano est associée à une momie séculaire (du XVIe siècle) qui intéresse particulièrement les scientifiques au-delà de son ancienneté et de son bon état de conservation, car porteuse d’une maladie qui reste encore un mystère pour les chercheurs quant à ses origines. On parle de la polyarthrite rhumatoïde.

Selon les premières études menées à Quito par le célèbre scientifique français Philippe Charlier, qui a fait le déplacement pour l’examiner, la “Momie de Guano” pourrait être “le chaînon manquant” pour comprendre l’expansion de la polyarthrite rhumatoïde sur le sol européen. Avant d’aller plus avant sur les tenants et les aboutissants de cette analyse d’envergure, précisons ce qu’est la polyarthrite rhumatoïde, il s’agit en fait d’une maladie auto-immune qui se manifeste par une inflammation chronique des articulations, un processus douloureux pouvant conduire à la déformation progressive de ces dernières.

Charlier, spécialisé dans l’analyse de dépouilles humaines et de momies, s’est envolé vers les terres équatoriennes pour étudier la momie retrouvée fortuitement en 1949 après un tremblement de terre ayant nécessité un déblaiement de décombres. Or, lors de sa première approche, le chercheur français a constaté que le corps affichait des déformations des doigts et des orteils typiques de la polyarthrite rhumatoïde.

C’est une maladie très courante aujourd’hui, mais son origine est américaine, avant l’arrivée de Christophe Colomb”, a expliqué Charlier, ajoutant que la momie de Guano “pourrait être le chaînon manquant (…) qui permettrait de comprendre comment cette maladie d’origine américaine est devenue mondiale par hybridation, par la confrontation de deux mondes”.

Cette momie “naturelle” (conservée en raison de conditions extérieures favorables, c’est-à-dire une atmosphère froide et sèche propice à la préservation des tissus) pourrait expliquer “l’histoire naturelle de cette maladie”, arrivée en Europe par l’intermédiaire des conquérants. Des études ont montré qu’au moment de la Conquête espagnole, il y avait “beaucoup” de cas de polyarthrite rhumatoïde en Amérique et, parallèlement, de “très rares” cas en Europe et en Asie.

Pour dater avec exactitude le décès de celui que l’on nomme “la momie de Guano”, un test ADN sera effectué, ce qui permettra de connaître son origine géographique; tandis que des tests au carbone 14 et l’analyse des tissus, qui se dérouleront au musée du quai Branly à Paris, détermineront la date de son décès. Tous ces résultats seront connus dans six mois, a déclaré le directeur de l’INPC (Instituto Nacional de Patrimonio Cultura), Joaquín Moscoso.

Le spécialiste P. Charlier, reconnu dans le monde entier pour avoir enquêté sur les restes d’Hitler, de Jeanne d’Arc et d’autres personnages historiques, a souligné la bonne conservation de cette momie d’Amérique du Sud.

Il a également dit qu’il était frappant d’avoir retrouvé le corps en position verticale sans cercueil et sans offrande. “C’est une tombe atypique. A nos yeux, cette position est totalement atypique “et” en tant que médecin, anthropologue et archéologue, je vais essayer de comprendre, de manière pratique et cartésienne, le passé de la momie”.

“Les morts sont un livre ouvert, ils sont essentiels pour comprendre les vivants … ils sont comme des ambassadeurs”, a déclaré Charlier, à son arrivée à la capitale équatorienne à l’invitation de l’Alliance Française.

Le docteur en sciences a évoqué la cause probable du décès “une infection buccale massive qui s’est propagée à la peau, au sang et au cerveau”. Cette infection aurait pu causer des abcès de 2 à 3 cm accompagnés de fortes douleurs, un processus qui se serait généralisé sous forme de septicémie ou d’encéphalite. Maintenant, l’objectif est de déterminer les causes de cette infection buccale, un  problème dentaire ?

Concernant l’identité de la dépouille, des doutes persistent, après avoir évoqué un probable prêtre franciscain au vu du lieu de la découverte, à savoir le Couvent d’Assomption à Guano, le paléopathologiste a précisé après avoir étudié le défunt “Ce qu’il a sur lui, ce ne sont pas du tout les vêtements d’un moine franciscain, un moine franciscain porte une robe de bure marron foncé, et pas un vêtement de qualité comme on peut le voir chez cet homme”.

Philippe Charlier a pu étudier la momie pendant 48H, pour son déplacement depuis Guano, le personnel technique de l’INPC avait conçu un cercueil en éponge parfaitement adapté à la dépouille. Le corps a été par la suite enlevé sous le regard précautionneux du médecin légiste qui fait parler les défunts pour en savoir davantage sur leur passé et sur notre Histoire à tous par la même occasion.

https://twitter.com/INPCEcuador/status/1091835701002469376
La polyarthrite rhumatoïde reste une maladie bien actuelle qui ne se guérit pas malgré des traitements de plus en plus efficaces visant la rémission, pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site suivant http://www.polyarthrite-andar.com/