Santiago du Chili
Chili, vue de sa capitale, Santiago

Le Chili fait face depuis plusieurs jours maintenant à des émeutes violentes qui ont incité le président de la République à instaurer l’état d’urgence et le couvre-feu. Une décision jugée arbitraire qui n’a fait qu’accentuer la grogne sociale.

Le pays sud-américain est marqué depuis le 18 octobre par des manifestations qui éclatent dans tout le pays sous fond d’incendies et de violents pillages, des scènes de chaos aussi dramatiques qu’impressionnantes qui ont déjà fait 18 morts.

Au fil des jours, les manifestations se sont déplacées de la capitale, Santiago, à la quasi-totalité des régions du Chili. Ce contexte de tensions exacerbées a été alimenté par la hausse du prix des tickets de métro dans la capitale chilienne.

Le mécontentement de la population s’est répandu dans les principales villes du pays tandis que les émeutes et les affrontements avec les forces de sécurité s’intensifient chaque jour.

La hausse du prix du ticket du métro comme élément déclencheur

Une situation qui a également entraîné la promulgation de mesures exceptionnelles prises par le gouvernement du chef d’État Sebastián Piñera pour rétablir l’ordre au milieu d’émeutes.

Pratiquement, toutes les régions du pays ont décrété l’état d’urgence, à l’exception de la région septentrionale d’Arica et de Parinacota et de la région méridionale d’Aysen.

La situation est particulièrement compliquée dans le centre du pays, l’armée a d’ailleurs été autorisée à se déployer dans les rues dans les rues de la ville pour tenter de rétablir l’ordre.

Actuellement, toute la région de la capitale est placée en état d’urgence, de même que les régions voisines de Valparaíso et O’Higgins, ainsi que la ville de Talca (région du Maule), Chillán et Chillán Viejo (région de Ñuble) et le Bío. Bio.

Dans certaines régions du Chili, malgré la présence militaire, la situation s’est aggravée et cette mesure n’a pas suffi à mettre fin aux troubles. Le pouvoir exécutif chilien a donc décrété le couvre-feu dans certaines d’entre elles.

Une tentative d’apaisement avec des mesures proposées par S. Piñera

Ces mesures drastiques de l’administration du président, Sebastián Piñera, laissent la sécurité des Chiliens aux mains de l’armée et de la police pendant au moins 15 jours. Souhaitant apaiser le climat social, le président a toutefois annoncé, mardi 22 octobre, une série de mesures parmi lesquelles une hausse des retraites et des salaires les plus bas, l’annulation des dernières hausses de l’électricité ou encore l’augmentation des impôts pour les secteurs les plus riches de la société.

Il a également fait son mea culpa en demandant “pardon” à son peuple et en signalant avoir conscience des difficultés auxquelles sont confrontés bon nombre de Chiliens au quotidien.

L’Institut national des droits de l’homme (INDH), qui travaille quotidiennement dans les rues du Chili pour attester de la situation vécue au cours des manifestations, compte, depuis jeudi dernier, 1 894 détenus. En outre, l’agence a indiqué dans son dernier bilan de mercredi matin que 269 personnes ont été blessées dans le cadre des manifestations, dont 137 personnes, par arme à feu.

Des actes graves relayés par l’Institut national des droits de l’homme

Sur un total de 18 personnes décédées, deux étaient des citoyens colombiens, on compte aussi une victime d’origine équatorienne et un ressortissant péruvien, l’INDH compte cinq décès imputés à l’intervention d’agents de l’État.

La maire de la région métropolitaine, Karla Rubilar, a confirmé dimanche que trois morts avaient été rapportés lors de l’incendie d’ un supermarché au sud de Santiago.

En outre, des récits de torture et de sévices ont également été relevés par l’INDH lors de manifestations au cours des cinq derniers jours.

Le sous-secrétaire à l’Intérieur, Rodrigo Ubilla, a confirmé que l’INDH avait déposé cinq plaintes pour décès liés à des événements liés aux actions des forces armées ou de la police, une situation signalée au ministre de l’Intérieur, Andrés Chadwick.

“Nous vivons dans une situation exceptionnelle, un état d’urgence, avec un couvre-feu, mais nous ne couvrirons en aucun cas des situations de violation des droits de l’homme”, a-t-il ajouté.

Le Pape François, originaire du Cône sud, a fait part de sa préoccupation

Au terme de l’audience générale de ce 23 octobre, le Pape François d’origine argentine, a appelé le Chili à un retour au calme en prônant le dialogue. Depuis la place Saint-Pierre, le Pape François a fait part de son «inquiétude» concernant la situation dans le pays. Il en a appelé à trouver pacifiquement “des solutions à la crise et de faire face aux difficultés qui l’ont engendrée”. Le souverain Pontife en a appelé à “l’intérêt de toute la population”.

Mais pour le moment, l’heure ne semble pas à la conciliation. Hier, lors du second jour de grève générale, les syndicats et des milliers de manifestants sont sortis dans les rues pour réclamer le retrait des forces armées. Le bras de fer entre le gouvernement et une partie de la population se poursuit sous fond de frustrations sociales accumulées visiblement depuis trop longtemps (système de protection sociale inégalitaire, coût du système éducatif jugé exorbitant entre autres points litigieux).