Bolivie, vue de La Paz

Après les récents résultats du scrutin présidentiel, la Bolivie est toujours en proie à de profondes tensions internes sous fond de remise en question du processus électoral. En effet, nombreux sont ceux qui sont sortis sans les rues, fous de colère, pour dénoncer des fraudes qui auraient permis au président sortant, Evo Morales, d’être réélu dès le premier tour.

Le pays sud-américain est confronté à de fortes violences depuis plusieurs jours, et au vu de ce climat conflictuel, les Nations Unies ont lancé un “appel urgent et pressant” au gouvernement bolivien et à l’opposition afin que les deux partis s’engagent à “réduire les tensions et à rejeter tous les actes de violence en ces temps difficiles”.

En effet, les principales villes sont devenues de véritables champs de bataille avec des rues bloquées, l’air est saturé par les émissions de gaz lacrymogène, dans ce contexte, les Nations Unies ont demandé aux “autorités compétentes” de garantir l’exercice des droits des citoyens.

La Bolivie connait des heurts depuis que les résultats des élections présidentielles ont été confirmés officiellement par le Tribunal électoral. Evo Morales a récolté, selon les chiffres divulgués, 47,08% des voix et son opposant Carlos Mesa, 36,51%. La Carta Magna en vigueur établit qu’un candidat est vainqueur dès le premier tour s’il obtient 50% des voix ou bien 40% des suffrages avec une différence de 10 points sur son opposant. Le candidat Morales, a obtenu pour le Tribunal électoral, 0,57 point de plus que ce qui est stipulé pour remporter la victoire dès le premier tour.

Des soupçons de fraude pèsent sur le scrutin présidentiel en Bolivie

Lorsque le dépouillement a été suspendu dimanche 20 octobre, Evo Morales et Carlos Mesa étaient au coude à coude et un deuxième tour se profilait le 15 décembre, mais la situation s’est renversée, après la reprise du décompte. Morales a alors repris l’avantage. Cet incident, qui a été justifié par des propos contradictoires, a finalement convaincu les opposants au pouvoir en place que les résultats avaient été truqués. À partir de là, les tensions n’ont fait que croître, et c’est dans la rue que le mécontentement a explosé de façon radicale.

Le bloc européen et les observateurs de l’OEA ont appelé à un second tour pour lever les doutes sur la transparence du processus électoral.

L’OEA a constaté que plusieurs des principes de “certitude, de légalité, de transparence, d’équité, d’indépendance et d’impartialité” , qui devraient régir toute élection, avaient été “violés”.

“La meilleure option serait de faire un second tour pour rétablir la confiance et assurer le respect de l’élection démocratique du peuple bolivien”, a déclaré la porte-parole de la diplomatie européenne Maja Kocijancic dans un communiqué.

https://twitter.com/MajaEUspox/status/1186629998192594945

Les Gouvernements de l’Argentine, du Brésil, de la Colombie et des États-Unis évoquent la tenue légitime d’un second tour si l’Organisation des États américains (OEA) ne parvient pas à établir la transparence des résultats électoraux entre le président Evo Morales et l’opposant Carlos Mesa.

Un second tour jugé nécessaire pour mettre fin à la grogne

Dans l’éventualité où la Mission d’Observation électorale de l’OEA « ne serait pas en conditions pour vérifier les résultats du premier tour, nous appelons le Gouvernement de la Bolivie à rétablir la crédibilité de son système électoral grâce à l’organisation d’un second tour libre, juste et transparent entre les candidats les mieux placés, » ont-ils affirmé.

Un audit électoral mené par l’OEA a été annoncé

Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a confirmé hier, mardi 30 octobre, la visite d’une équipe de l’organisation internationale chargée de vérifier les élections à la demande du président élu, Evo Morales.

https://twitter.com/NoticiasONU/status/1187776188057563136

“Je suis heureux d’annoncer que j’ai mis sur pied l’équipe d’experts en questions électorales qui conduira l’audit d’intégrité électorale, comme convenu entre le gouvernement de la Bolivie et le Secrétariat général de l’OEA”, a déclaré Almagro dans sa lettre.

Un projet de réélection controversée depuis de nombreux mois

La réponse intervient après que le ministre bolivien des Affaires étrangères, Diego Pary, a exhorté l’OEA et les membres des Nations Unies à se rendre dans le pays pour vérifier le bon déroulement des élections au cours desquelles le président Evo Morales a été élu pour un quatrième mandat. Une réélection source de polémique depuis de très longs mois, car contraire à la Constitution qui prévoyait de limiter la fonction présidentielle à deux mandats consécutifs .

Depuis le début des mobilisations qui opposent les rivaux d’Evo Morales à ses partisans, des dizaines de personnes ont été blessées dans les départements de Santa Cruz, Cochabamba et La Paz.