Le lac Poopó en Bolivie a laissé place à une zone aride

Après le lac Titicaca (en photo ci-dessus, source Pixabay), le lac Poopó était le plus grand de Bolivie !

Les eaux salées du célèbre lac Poopó, à 3700m d’altitude en Bolivie, ont disparu engendrant une véritable catastrophe écologique.

En fait, le deuxième lac du pays sud-américain, en ce qui concerne sa superficie, s’est totalement asséché offrant à nos yeux une image de désolation. Autrefois, ce lac et ses environs étaient connus pour abriter une précieuse biodiversité avec de magnifiques flamants roses pour emblèmes. Aujourd’hui, ce lieu est tout simplement devenu un désert aride.

Le lac Poopó, victime des activités humaines et du réchauffement climatique, a tiré sa révérence

Population de flamants roses au Poopó en 2003 (Olivier Hodac, Wikipédia)

Le « Poopó » occupait auparavant une grande partie des hauts plateaux (l’Altiplano) et constituait une source d’eau indispensable pour des dizaines de communautés. Dès lors, une question se pose.

Comment expliquer une situation aussi extrême ?

Un chercheur à l’Universidad Mayor de San Andrés nommé Jorge Molina a confié que cette situation était liée, en grande partie, aux interventions humaines. Ainsi, les eaux du lac ont été détournées pour répondre à des besoins agricoles et miniers accrus au fil des ans. En fait, la situation n’a fait que se détériorer pour en arriver au triste résultat que l’on connait aujourd’hui.

Par ailleurs, la hausse des températures dans la région a également fortement contribué au phénomène d’assèchement progressif. En effet, les célèbres montagnes andines connaissent des températures de plus en plus élevées provoquant une évaporation grandissante. Cette situation cause de nombreux dommages à la faune et à la flore locales. En fait, il s’agit de tout un écosystème endémique qui s’effondre.

Les habitants du lac confrontés à la disparition du lac Poopó autrefois pourvoyeur de vie

Au temps de sa splendeur, le lac offrait des conditions optimales de pêche et de culture pour les populations locales. Autant dire que son processus d’assèchement est un véritable fléau pour les communautés indigènes habituées à vivre grâce aux eaux du Poopó.

Par conséquent, de nombreuses familles rurales ont été contraintes de quitter les lieux, car privées de leurs moyens de subsistance. La pêche a disparu en même temps que les poissons. Et les activités liées à l’élevage de bétail ne sont plus guère possibles.

Les anciens du peuple aymara ne peuvent que constater, impuissants, la disparition de leurs eaux miroitantes. Ils affirment que la Terre-mère, appelée Pachamama, est épuisée et ne peut plus répondre à leurs besoins. Entre le réchauffement de la région et les activités humaines inconsidérées et peu respectueuses de l’environnement, la nature est visiblement à bout de souffle.

Un assèchement progressif du lac Poopó qui s’explique par de multiples facteurs

il y a une décennie, le lac Poopó s’étendait sur 2337 kilomètres carrés. Actuellement, il ne reste plus que trois zones humides, totalisant 1 kilomètre carré. L’eau est visible sur 30 centimètres de profondeur prête à « fondre comme neige au soleil » sous cette altitude.

À différents moments, le lac Poopó a livré des signaux d’alarme en raison de son faible débit, notamment en 2015. Les habitants des lieux, les Aymaras ne croient plus que leur lac soit en capacité de se régénérer comme il avait l’habitude de le faire tous les 50 ans après des périodes de sécheresse.

Aujourd’hui, les spécialistes estiment eux aussi qu‘il a probablement atteint un point de non-retour. Les experts pointent du doigt la diminution du débit d’eau engendrée par la fonte des glaciers andins. De plus, dans un contexte de températures de plus en plus élevées (entre 0.6 et 0.9 degré) et de moins en moins de précipitations salvatrices, l’évaporation des eaux du lac Poopó s’est accentuée.

C’est ainsi, le lac est victime depuis des décennies du détournement intentionnel de ses eaux pour les besoins régionaux principalement vers l’industrie minière et vers l’agriculture.

En outre, on pense qu’un total de 200 espèces d’êtres vivants, dont des poissons, des mammifères, des reptiles, des oiseaux et même des plantes, ont déjà disparu de ces lieux.

Jorge Molina a jouté « Ce n’est plus un lac fonctionnel. Un lac qui s’assèche trop souvent n’est, en effet, plus fonctionnel pour la faune, la flore et la biodiversité ».

Un lac bolivien dont les eaux ont nourri l’industrie minière et l’agriculture

Pendant de nombreuses années, les autorités boliviennes ont imputé cette évaporation au phénomène climatique El Niño et au réchauffement climatique global engendrée par les pays industrialisés. Toutefois, ces deux facteurs, seuls, ne suffisent pas à expliquer le drame du lac.

En effet, le département d’Oruro est tristement connu pour son activité minière importante. Or, celle-ci épuise les ressources en eau. Par ailleurs, l’exploitation du sous-sol constitue un drame écologique de grande ampleur en raison des pollutions que cela engendre. Un ensemble de facteurs peu favorables au rétablissement du lac et de sa biodiversité.

« Avec ce changement climatique et cette pollution, il me semble que l’on ne peut plus rien prédire », affirment les habitants désabusés.

Le manque d’eau chronique, et non plus ponctuel, ne permet plus d’empêcher l’évaporation. De plus, ce processus est renforcé par des températures en hausse. Les habitants du lac ne vont plus avoir d’autres choix que d’abandonner leur lieu de vie, il y va de leur survie. Avec leur exode forcé, c’est un pan culturel qui s’efface également.

Comment évoquer le peuple ancestral du lac, les Urus, quand cette surface bleutée chatoyante reflétant les nuages a disparu ?


Ce triste panorama du lac devenu sec se manifeste en Bolivie alors que le pays a souscrit à la Convention de Ramsar depuis 1990. L’objectif était alors de préserver les zones humides de la planète, 11 sites boliviens sont inscrits sur la Liste des zones humides d’importance internationale parmi lesquels les lacs Poopó, Uru Uru et Titicaca .

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