Amérique latine : Entre croissance modérée et révolution de l’IA, le pari de la productivité

La trajectoire économique de l’Amérique latine et des Caraïbes se stabilise. Toutefois, le chemin reste étroit. Alors que la Banque mondiale ajuste ses perspectives régionales et prévoit une croissance globale de 2,2 %, la région fait face à son défi historique le plus persistant : le déficit de productivité.

Entre les locomotives sud-américaines qui tirent leur épingle du jeu et la nécessité impérieuse de réussir la transition numérique, l’intégration de l’intelligence artificielle s’impose désormais comme le levier structurel majeur de cette décennie.

Illustration contextuelle crée par l’IA

Une reprise à deux vitesses : Le Pérou et la Colombie en tête de course

Si la moyenne régionale de 2,2 % reflète une reprise prudente mais modérée, les dynamiques internes révèlent de réels contrastes. La façade andine affiche une résilience remarquable, portée par une conjoncture favorable et des politiques d’investissement ciblées.

  • Le Pérou et la Colombie en moteurs régionaux : Ces deux nations s’imposent parmi les économies les plus dynamiques de la zone. Leur accélération repose principalement sur la vigueur des exportations — stimulées par la demande mondiale en matières premières et produits agro-alimentaires — ainsi que sur la relance stratégique des investissements publics dans les infrastructures majeures.
  • Le reste du continent face aux vents contraires : Entre le ralentissement relatif des géants brésilien et mexicain et les incertitudes climatiques liées au phénomène El Niño, une grande partie de la région peine encore à retrouver ses taux de croissance d’avant-crise.

Or, cette croissance modérée montre les limites du modèle extractif et traditionnel. Par conséquent, pour dépasser ce plafond de verre, l’Amérique latine doit transformer son appareil productif.

Le Pérou et la Colombie tirent leur épingle du jeu au niveau régional via différents leviers

1. Pour le Pérou : Un rebond porté par les mines et les mégaprojets

  • Le secteur minier comme moteur central : La reprise économique péruvienne s’appuie largement sur l’extraction du cuivre et du lithium, soutenue par une forte demande internationale liée à la transition énergétique mondiale.
  • L’effet « Mégaport de Chancay » : L’inauguration et la montée en puissance du terminal portuaire de Chancay transforment le Pérou en hub logistique majeur reliant l’Amérique du Sud à l’Asie. Cet investissement d’envergure stimule les exportations et attire d’importants flux de capitaux étrangers.
  • La stabilité de la monnaie (Sol péruvien) : Le Sol péruvien continue de se distinguer par sa solidité institutionnelle et sa faible volatilité par rapport aux autres devises de la région, ce qui maîtrise l’inflation et rassure les investisseurs.

2. Pour la Colombie : Transition énergétique et résilience des services

  • La diversification du panier d’exportation : Bien que le secteur pétrolier et minier reste déterminant, la Colombie enregistre une croissance dynamique de ses exportations non traditionnelles (café de spécialité, fleurs, huile de palme et produits agro-alimentaires transformés).
  • Dynamisme du secteur des services et du tourisme : Le tourisme international connaît une progression record en Colombie, devenant l’une des principales sources d’entrées de devises aux côtés des services financiers et de la Tech.
  • Les investissements dans les infrastructures d’État : Les programmes de grandes infrastructures de transport (projets routiers de 4e et 5e génération, modernisation des aéroports et projets ferroviaires) soutiennent l’emploi et dynamisent l’investissement public.

L’IA et le numérique : La réponse au piège de la faible productivité

Depuis plusieurs décennies, les institutions financières internationales (Banque mondiale, FMI, BID) pointent du doigt le même problème structurel : le retard d’efficacité du travail et de l’organisation des entreprises en Amérique latine.

De fait, l’adoption massive des technologies numériques et de l’intelligence artificielle offre aujourd’hui une opportunité inédite de rattrapage.

Conseil économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC / NU) :

« La numérisation et l'adoption de l'intelligence artificielle ne sont plus un luxe technologique, mais un impératif de développement. Elles représentent le levier le plus direct pour combler le déficit historique de productivité de nos PME et intégrer l'économie informelle. »

1. L’optimisation des secteurs clés

L’intégration de l’intelligence artificielle ne concerne pas uniquement les start-ups technologiques de São Paulo ou de Bogotá. En effet, son impact le plus concret se mesure dans les secteurs traditionnels :

  • L’agriculture de précision : En croisant données satellitaires et modèles d’IA, les producteurs préviennent les risques climatiques, optimisent l’usage de l’eau et augmentent le rendement des cultures.
  • La chaîne logistique et le commerce : La prédiction des flux logistiques permet de désengorger les corridors de transport stratégiques et de réduire drastiquement les coûts opérationnels.

L’Amérique latine ne peut pas se contenter d’une croissance modérée. Pour franchir un cap, la région doit investir massivement dans ses infrastructures logistiques et transformer ses gains d’exportation en réformes structurelles. »

an Goldfajn, Président de la Banque interaméricaine de développement (BID)

2. L’inclusion financière et la formalisation de l’économie

De plus, l’IA favorise également le développement de la Fintech. En évaluant le risque de crédit grâce à des données alternatives, les plateformes financières permettent à des millions de travailleurs informels et de PME d’accéder enfin au crédit bancaire, stimulant ainsi le tissu économique local.

Les défis à relever pour transformer l’essai

Le passage d’une économie de ressources à une économie de la connaissance ne se fera pas sans heurts. En effet, pour que l’IA devienne un véritable moteur de croissance inclusive, la région doit franchir trois obstacles majeurs :

  1. La fracture numérique et les infrastructures : La couverture haut débit et la connectivité 5G restent très inégales entre les grands centres urbains et les zones rurales.
  2. La formation et le capital humain : L’adaptation des systèmes éducatifs et la qualification de la main-d’œuvre locale sont indispensables pour éviter une fuite des cerveaux vers le Nord.
  3. Le cadre réglementaire et éthique : Les gouvernements latino-américains doivent construire des régulations claires pour protéger la donnée tout en encourageant l’innovation privée.

Bien que la trajectoire de 2,2 % montre une résilience face aux chocs mondiaux, le véritable défi réside dans la productivité. Sans innovation et sans investissements ciblés, le potentiel de croissance à long terme restera bridé. »

Carlos Felipe Jaramillo, Vice-président de la Banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes

Bilan : Un virage stratégique à ne pas manquer

Définitivement, l’Amérique latine ne pourra pas compter uniquement sur la remontée des cours des matières premières pour assurer sa prospérité future.

Alors que le Pérou et la Colombie tirent la croissance régionale, plusieurs économies sud-américaines et caribéennes accusent un retard net et freinent la moyenne du continent.

Bien sûr, ce décrochage s’explique par une combinaison de crises politiques (Haiti, Venezuela), d’instabilité macroéconomique (Argentine), de vulnérabilités climatiques et de retard technologique (Amérique centrale).

En effet, si la reprise portée par le Pérou et la Colombie démontre la capacité de rebond de la région, la véritable clé du développement durable réside dans sa capacité à adopter les technologies émergentes.

Ainsi, l’intelligence artificielle n’est plus un gadget technologique, mais le nouvel impératif macroéconomique du continent.

En définitive, le virage de l’intelligence artificielle ne sera pleinement réussi que si la région parvient à former ses talents locaux et à bâtir un cadre réglementaire attractif.

Combinée au potentiel colossal de l’Amérique latine dans la transition énergétique mondiale, la révolution numérique offre au continent l’opportunité d’abandonner son statut de simple fournisseur de matières premières pour devenir un acteur clé de l’économie de la connaissance.

Comme le souligne la CEPALC dans ses dernières analyses, « l'adoption de l'intelligence artificielle est désormais un impératif de développement pour combler le déficit de productivité ».

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