L’idole de Pachacamac, Wikipédia ( photo :AlisonRuthHughes )

Pachacamac était une divinité majeure du panthéon religieux inca, il était vénéré en qualité de Dieu “animateur de l’Univers”. C’est en 1938 qu’une idole en bois, dédiée à son culte, a été découverte par un groupe d’archéologues sur le centre cérémoniel éponyme situé à 40 km au sud-est de la capitale péruvienne, Lima.

Ce vaste site archéologique, qui rassemble des palais et des temples pyramidaux, est le plus proche de Lima. Lorsque les conquistadors espagnols ont foulé les terres péruviennes, Pachacamac, lieu inca de première importance, était alors une ville majeure. Toutefois, avant même l’expansion de l’Empire inca, il constituait déjà un grand centre de cérémonie sur la côte centrale.

Fondée vers 200, la cité a connu un élan sous la culture Huari (600-1100), il s’agissait, selon toute vraisemblance, d’un lieu de pèlerinage.

Aujourd’hui, une équipe internationale de chercheurs, parmi lesquels des universitaires français, ont analysé l’idole en bois vieille de 1300 ans pour déterminer sa pigmentation originelle.

Les traces rouges sur l’idole en bois Pachacamac : du sang ?

Ainsi, ils ont donné une origine aux traces rouges visibles sur l’idole. Il s’agit en fait d’un pigment identifié comme du sulfure de mercure, également connu sous le nom de cinabre, une espèce minérale qui se trouvait dans les Andes. La présence de cinabre indique qu’un transport d’environ 400 km a été nécessaire pour le faire parvenir sur la côte péruvienne.

Son usage permettait-il de prouver la puissance de l’empire ? En effet, vaincre la distance entre la Sierra et la Costa témoignait, d’une certaine façon, de l’implantation et de l’organisation inca sur le territoire. La légende voulait, jusque-là, que les marques rouges sur l’idole soient des traces de sang appartenant à des sacrifiés lors de pratiques rituelles, il n’en est finalement rien.

Néanmoins, l’utilisation de cinabre témoigne d’une volonté d’avoir recours à un élément précieux difficilement accessible.

Plusieurs couleurs retrouvées sur l’idole

Les analyses au carbone 14, effectuées pour la première fois sur la statue, ont révélé qu’elle avait été confectionnée vers 731, soit environ 700 ans avant l’essor de l’Empire inca, des détails qui apparaissent dans le rapport scientifique.

“Cela confirme que le site de Pachacamac revêtait déjà une importance rituelle avant l’arrivée des Incas”, et constituait “un lieu de pèlerinage important “, au point d’inclure “un oracle pour l’empereur en personne”, indique l’étude publiée dans la revue scientifique Plos One. L’idole présente également des traces de pigments blancs au niveau des dents et jaunes sur les coiffes.

L’idole de Pachacamac est une statue en bois sculpté de plus de deux mètres de haut du complexe archéologique de Pachacamac, le principal sanctuaire inca côtier. Selon les chroniques espagnoles, en 1533, Hernando Pizarro avait ordonné la destruction du temple pour imposer le symbole du christianisme et ériger une croix.

De fait, retrouver cette idole intacte a revêtu une grande valeur patrimoniale, mais aussi symbolique, la Conquête n’ayant pas anéanti tous les vestiges des croyances indigènes.

Marcela Sepúlveda, chercheuse au laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale de l’Université de La Sorbonne (LAMS) et principale auteure du projet, explique que les conquérants ne comprenaient pas qu‘”un morceau de bois sale puisse être vénéré dans une pièce sombre”.

L’idole de Pachacamac, un témoignage de la religiosité inca

La scientifique précise qu’il reste une zone d’ombre autour de la survivance de cette idole précolombienne :

“Ce qui est clair, c’est que cet objet a été préservé et idolâtré pendant 800 ans, ce qui constitue un fait incroyable confirmé aujourd’hui”.