Chili, épidémie de coronavirus

La situation sanitaire au Chili reste très tendue. Confronté à la multiplication des cas de coronavirus, le pays sud-américain fait face à une crise majeure.

Démission du ministre de la Santé, accusé de mentir sur le nombre de morts imputables au coronavirus

Le ministre de la Santé, Jaime Mañalich, a d’ailleurs démissionné, accusé d’avoir mal géré ce début d’épidémie sur le territoire et surtout de dissimuler le nombre réel de personnes décédées de la Covid-19.

En effet, la démission de Jaime Mañalich est intervenue ce week-end, quelques heures après que le Centre chilien d’investigation et d’information journalistique (CIPER) ait révélé un document dans lequel le ministère chilien de la Santé mentionnait à l’OMS que le nombre de morts de la Covid-19 dans le pays dépassait les 5 000. Or, il s’agit d’un chiffre bien au-dessus de celui mentionné dans les rapports officiels divulgués aux Chiliens.

Au cours des derniers jours, c’est en moyenne 6000 nouveaux malades qui ont été recensés quotidiennement. Un pic a même été enregistré le 15 juin avec 6938 nouveaux cas.

Une flambée des cas qui pousse le gouvernement à revoir sa stratégie en matière de lutte contre le virus respiratoire et donc de confinement.

À l’heure actuelle, 88% des respirateurs disponibles en milieu médical sont déjà sollicités pour répondre aux besoins des cas les plus sérieux. Ce taux d’occupation laisse entrevoir une prochaine saturation des hôpitaux qui ne seront plus en mesure d’assurer les soins pour les patients présentant des formes graves de la maladie.

Un confinement étendu et plus de transparence annoncée concernant le bilan humain de la Covid-19

Enrique Paris a donc pris la tête du ministère de la Santé alors que la pandémie frappe durement les 18 millions d’habitants qui peuplent le Chili où l’instauration de quarantaines sélectives de la mi-mars aux dernières mesures de confinement plus radicales à Santiago et dans d’autres villes n’ont eu aucun effet significatif pour freiner l’avancée du virus.

“Je veux dire à Paris qu’il assume ses responsabilités dans un moment très difficile. Cela reflète un courage et un amour profond pour le Chili. Sa première mission sera de mener la lutte contre le coronavirus afin de protéger la vie des Chiliens”, a déclaré samedi le chef d’État, Sébastien Piñera, après la prise de fonction du nouveau responsable.

“Il a également pour mission de mener une profonde réforme de la santé, publique et privée. Personne ne sait avec certitude quelle sera la durée de cette pandémie, mais nous savons tous que la meilleure façon d’y faire face est l’unité, la collaboration et le dialogue”, a-t-il ajouté.

Dans un bref discours et, après avoir remercié Mañalich pour sa tâche, Piñera a souligné : “Nous avons besoin de responsabilité pour protéger nos vies et nous avons besoin de solidarité pour protéger la vie des autres. Je lance un appel fervent à tous, il faut respecter les instructions sanitaires.”

Le nouveau ministre de la Santé a anticipé parmi les changements majeurs liés à son entrée en fonction une modification de la méthodologie de comptabilisation et de déclaration des décès dus au coronavirus (COVID-19).

“Nous appelons au dialogue, à accepter les critiques, à écouter ceux qui veulent exprimer une opinion, et à travailler avec les communautés scientifiques et celles spécialisées dans l’analyse des données. Nous voulons continuer à renforcer la transparence des données”, a déclaré le ministre de la Santé.

Près de 175 000 personnes ont attrapé le virus

Ce dernier a ajouté à l’occasion de sa prise de fonction : “Notre stratégie continuera à détecter, isoler et traiter, en plus de renforcer les résidences sanitaires.”

Selon un dernier rapport, le Chili déplore au total 3 323 décès et ce sont 174 293 personnes qui auraient été infectées par le virus originaire de Chine.

9 millions d’habitants du Chili sont placés en confinement obligatoire depuis le 11 juin pour enrayer la propagation du virus qui a paralysé une grande partie de l’activité économique du pays depuis la mi-mars.

Des fonds débloqués pour répondre à l’urgence économique

“Ce qui semblait si difficile il y a seulement quelques semaines a été possible ce soir grâce à la collaboration de tous les secteurs”, a annoncé dimanche matin le ministre des Finances, Ignacio Briones, après avoir scellé “un accord transversal” visant à débloquer des fonds pour venir en aide aux secteurs impactés et aux personnes vulnérables.

Briones a annoncé qu’“un programme budgétaire supplémentaire pouvant atteindre 12 milliards de dollars sera mis en œuvre au cours des 24 prochains mois, créant un fonds extrabudgétaire à partir duquel le gouvernement exécutera les mesures”.

Le ministre a donné les détails du plan sur son compte Twitter, a précisé que “le financement du Fonds Covid proviendra de transferts du Trésor public, tels que les fonds souverains, et / ou d’une plus grande dette publique”.

À ce titre, le revenu familial d’urgence doit passer à 100 000 pesos (126 $) par personne, sachant que le salaire minimum au Chili est de 455 $ (361 000 pesos chiliens) dans un pays où le coût de la vie est semblable à celui des pays européens.

De nombreux mouvements sociaux témoignant du mécontentement de la population ont éclaté au cours des derniers mois pour réclamer davantage de justice économique et une politique moins élitiste. Vous l’aurez compris, la crise sanitaire ne fait qu’accentuer le malaise social qui secoue violemment le Chili .