Les multiples défis de Pedro Castillo investi à la tête du Pérou

C’est le 28 juillet 2021 que le dernier président élu du Pérou a été investi dans ses nouvelles fonctions. Pedro Castillo, instituteur rural, s’est engagé, à cette occasion, à réformer la Constitution en place et à lutter ardemment contre la corruption.

La capitale du Pérou, Lima

” C’est la première fois que ce pays va être gouverné par un paysan“, a affirmé, lors de son premier discours comme chef de l’État, le dirigeant de gauche présenté comme un catholique traditionaliste s’opposant ouvertement au mariage homosexuel et à l’avortement.

Pedro Castillo rejette le passé colonial et refuse de gouverner depuis la Maison de Pizarro

Dès son arrivée au pouvoir, le président vêtu d’un costume andin noir et portant son incontournable chapeau blanc a donné le ton. Ainsi, il a affirmé qu’il n’exercerait pas ses fonctions présidentielles depuis le Palais du gouvernement connu également sous le nom de Maison de Pizarro.

Le nouveau président a affirmé “Je ne gouvernerai pas depuis la maison de Pizarro”, en faisant référence au conquérant espagnol Francisco Pizarro qui a soumis l’Empire inca au 16e siècle pour instaurer l’ordre colonial par la force. Il a ajouté :

Nous devons rompre avec les symboles coloniaux. Nous céderons ce palais au ministère des Cultures pour en faire un musée… Les trois siècles au cours desquels ce territoire était la propriété de la couronne espagnole ont permis l’exploitation des métaux qui ont soutenu le développement de l’Europe, en grande partie grâce au travail de nos ancêtres”.

Pedro Castillo

Des propos que le chef d’État a tenus en présence du roi d’Espagne, Felipe VI, invité à la cérémonie d’investiture qui coïncidait également avec la célébration du bicentenaire de l’indépendance du Pérou.

“72 h pour que les délinquants étrangers quittent le Pérou”, l’objectif de Pedro Castillo

Parmi les engagements défendus par Pedro Castillo, il y a la mise en place d’une politique sécuritaire controversée. En effet, il s’est engagé durant sa campagne électorale à mener une politique de fermeté en affirmant vouloir renvoyer “les étrangers qui se rendent coupables de délits”.

Ainsi, il a affirmé “tous les étrangers clandestins qui viennent commettre des délits sur le sol péruvien auront 72 h pour quitter le pays”. Pour de nombreux analystes, cette phrase empreinte de xénophobie vise les nombreux migrants vénézuéliens ayant trouvé refuge au Pérou pour fuir la misère dans leur pays d’origine.

“Je confirme que le 28 juillet, en prenant le mandat, je vais émettre un décret suprême accordant un délai de 72 heures aux personnes venues commettre des crimes dans notre pays. Notre pays a besoin d’ordre”, s’est-il exclamé.

Une crise sanitaire qui a mis à mal un système de santé inégalitaire et précaire

Parmi les défis majeurs que le président doit relever, il y a la crise sanitaire qui frappe de plein fouet le Pérou. D’ailleurs, ce dernier a rappelé que la pandémie de Covid-19 était plus que jamais d’actualité avec l’arrivée du variant delta dont la contagiosité est supérieure à la souche précédente. Ainsi, Pedro Castillo a annoncé qu’il souhaitait que 70% de la population péruvienne soit vaccinée d’ici la fin de l’année. Pour rappel, le Pérou détient un triste record puisqu’il a enregistré le taux de mortalité par habitant le plus élevé au monde.

“Face à une troisième vague d’infections, nous avons à ce jour 16% de la population vaccinée avec deux doses et un premier niveau de soins très faible. Cela témoigne de l’énorme défi qui consiste à vacciner plus de 70% de la population”. Un objectif visé pour atteindre une immunité collective satisfaisante.

En fait, Castillo souhaite durant son mandat instaurer “un service de santé public, universel, gratuit et participatif” pour tous les Péruviens. Dans cette optique, il souhaite mettre en place la décentralisation du système médical afin de proposer des soins de qualité à l’ensemble des citoyens sur le territoire, et non plus uniquement à la capitale Lima qui concentre l’essentiel des infrastructures médicales.

En effet, au Pérou, l’accès aux soins est encore marqué par des disparités sociales et géographiques.

L’impact de la crise liée à la Covid-19 sur fond de restrictions (confinements, fermeture des hauts lieux touristiques…) a par ailleurs induit une perte de PIB de 11,12% en 2020.

La fin des monopoles économiques ? Une politique de gauche qui inquiète les marchés

D’un point de vue économique, le dirigeant gauchiste a souhaité rassurer en affirmant qu’il respecterait le droit à la propriété privée et aux investissements étrangers. Cependant, il a précisé qu’il veillerait à mettre fin aux monopoles économiques. En fait, Castillo a annoncé dans son premier message à la nation la semaine dernière qu’il cherchera à “mettre de l’ordre” dans l’exploitation des ressources naturelles, mais sans apporter plus de précisions.

Par la suite, Castillo et son ministre de l’Énergie et des Mines, récemment nommé, ont évoqué la “responsabilité sociale” des entreprises avec leur environnement comme un mécanisme vital pour le développement de l’exploitation minière au Pérou

“Le concept de rentabilité sociale fait partie intégrante de l’industrie”.

Il y a une autre dimension (…) qui a à voir avec la responsabilité de l’État d’utiliser les ressources générées par l’activité minière pour avancer dans la réduction des écarts sociaux”, a ajouté l’exécutif.

L’exploitation minière est un secteur-clé de l’économie péruvienne. En fait, le pays sud-américain est le deuxième producteur mondial de cuivre. Or, le cours de ce métal a largement grimpé au cours des derniers mois.

Le secteur minier, une gestion qui s’annonce ardue

Le président du conseil d’administration de la société minière Buenaventura, Roque Benavides a fait savoir qu’il craignait les prises de décision du nouveau gouvernement en précisant rester optimiste : “Ce n’est pas simple de traiter avec des gens comme le gouvernement qui a été élu”.

Pour rappel, au Pérou, l’extractivisme représente 60 % des exportations. Des multinationales opèrent sur le territoire comme Newmont Corp, Freeport McMoRan, MMG Ltd, Aluminium Corp, ou encore Barrick Gold.

Par ailleurs, l’exploitation des ressources naturelles a souvent été à l’origine de violents conflits sociaux-environnementaux entre les communautés natives et le gouvernement au cours des dernières années. Selon le dernier rapport du bureau du médiateur, il existe actuellement 193 conflits sociaux à l’échelle nationale, dont 138 sont actifs.

“Ensemble avec le peuple, notre gouvernement renouvelle son engagement à trouver des solutions pacifiques aux conflits sociaux. Unissons-nous pour le Pérou !”, a tweeté Castillo.

Les grands défis du président Castillo dans un Pérou frappé par une grande instabilité politique au cours de ces dernières années ne font que commencer !

Un commentaire

  1. Vous pouvez peut-être mieux comprendre le Pérou et l Amérique latine en me contactant

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