Venezuela : Entre tutelle américaine et incertitude nationale

Deux mois après l’opération militaire « Absolute Resolve » qui a abouti à la capture de Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines le 3 janvier 2026, le Venezuela traverse une phase de transition inédite. En effet, s le pays semble sortir de l’ère Maduro, il entre dans une zone grise où la souveraineté nationale se heurte au pragmatisme diplomatique et aux enjeux énergétiques mondiaux.

Delcy Rodríguez : L’équilibriste de la transition

Propulsée au sommet de l’État par le Tribunal Suprême de Justice le 5 janvier dernier, Delcy Rodríguez gère désormais une réalité paradoxale.

Avocate de formation, ancienne ministre des Affaires étrangères et vice-présidente depuis 2018, elle incarne la « ligne dure » du chavisme civil. Son parcours est marqué par une fidélité absolue à l’ancien régime, ce qui rend sa position actuelle d’autant plus paradoxale.

Elle a cependant rapidement délaissé sa rhétorique anti-impérialiste pour une « collaboration de nécessité » avec Washington.

Le 5 mars 2026, elle a officiellement reçu au palais de Miraflores le ministre américain de l’Intérieur, Doug Burgum, marquant le rétablissement formel des relations diplomatiques.

Pour justifier son rôle auprès d’une base chaviste déboussolée, elle invoque la préservation de la paix civile :

« Ma mission n’est pas de valider l’agression, mais d’empêcher que le Venezuela ne devienne un champ de ruines. Dialoguer avec ceux qui détiennent le pouvoir de fait est un acte de responsabilité patriotique. »

Delcy Rodríguez

Cette stratégie lui permet de négocier des réformes cruciales en échange d’un déblocage des fonds gelés, tout en tentant de maintenir l’unité d’un appareil d’État encore sous le choc.


Le dossier brûlant de l’Arc Minier au Venezuela, la convoitise américaine

Au cœur des discussions entre Rodríguez et Burgum se trouve l’Arc Minier de l’Orénoque, une zone de 112 000 km² riche en or et coltan. Cette région devient la monnaie d’échange de la transition.

  • Réforme du Code Minier : Rodríguez a annoncé une révision législative pour attirer les géants miniers américains, promettant de « garantir la sécurité » des entreprises, un signal fort de reprise en main militaire des zones aurifères auparavant contrôlées par des groupes armés.
  • Enjeux environnementaux : Les ONG alertent sur l’impact écologique, mais Washington semble privilégier ces ressources stratégiques pour la transition technologique et la concurrence face à l’influence chinoise.

L’opposition venezuélienne : Le défi d’un retour à la démocratie

Depuis l’opération du 3 janvier, l’opposition a repris possession de l’espace public, mais avec une prudence stratégique.

  • Mobilisations symboliques : De grands rassemblements ont lieu à Caracas et dans les grandes villes pour célébrer la fin de l’ère Maduro. María Corina Machado, depuis son exil (bien qu’elle ait annoncé son retour imminent ), utilise les réseaux sociaux pour coordonner une « marche mondiale pour la vérité ».
  • Discours de légitimité : L’opposition ne reconnaît pas Delcy Rodríguez comme une présidente légitime de transition, mais comme une « régente imposée par les circonstances ». Sa déclaration phare est claire :

« La chute du tyran n’est que la première étape. Nous ne sommes pas passés d’une dictature à une démocratie, mais d’une dictature à une incertitude. Le seul chemin légitime est la reconnaissance des résultats de 2024 et l’installation d’Edmundo González Urrutia. »

María Corina Machado : Le retour de l’icône anti-chaviste

Prix Nobel de la paix 2025, Machado a durci le ton début mars. Depuis Madrid, elle a déclaré :

  • Sur le dialogue avec Rodríguez : Elle rejette toute participation à un « dialogue national » proposé par Rodríguez s’il ne fixe pas immédiatement une date pour des élections présidentielles supervisées.
  • Sur la collaboration américaine : Bien qu’elle ait été reçue à la Maison-Blanche mi-janvier, elle commence à exprimer une certaine frustration. Elle craint que Washington ne privilégie la « stabilité pétrolière » avec les restes du chavisme plutôt qu’une transition démocratique radicale. Sa phrase choc du 1er mars :

« Le pétrole vénézuélien ne doit pas servir à acheter le silence de la démocratie. Le monde ne peut pas échanger un dictateur contre un baril. »

La position d’Edmundo González Urrutia

Le candidat de l’opposition de 2024, toujours considéré par beaucoup comme le président élu, maintient une posture plus diplomatique :

  • Appel à l’armée : Il multiplie les déclarations à l’adresse des forces armées (FANB) pour qu’elles cessent d’obéir aux ordres de Delcy Rodríguez et qu’elles garantissent la sécurité d’un gouvernement de transition civil.
  • Gouvernement en attente : Il se dit prêt à assumer ses fonctions « dès que les conditions de sécurité sur le territoire le permettront », créant ainsi un gouvernement de l’ombre qui conteste chaque décision administrative du pouvoir actuel.

Face à cette transition qu’elle juge « frelatée », l’opposition ne reste pas silencieuse.. Elle exige que la transition ne soit pas qu’un simple arrangement économique entre le gouvernement intérimaire et l’administration Trump.

De fait, l’opposition réclame un véritable retour à l’ordre constitutionnel, alors que Washington semble, pour l’heure, privilégier la stabilité des ressources à une ouverture démocratique immédiate.


Un procès historique, Maduro face à la justice à New York (26 mars 2026)

Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, actuellement détenus au Metropolitan Detention Center de Brooklyn, ont plaidé non coupable. L’acte d’accusation dévoilé par le District Sud de New York est accablant.

Les principaux chefs d’accusation :

  1. Narcoterrorisme : Accusé d’avoir dirigé le « Cartel de los Soles » et d’avoir utilisé les institutions de l’État pour acheminer des tonnes de cocaïne vers les États-Unis en collaboration avec des groupes comme les FARC et l’ELN.
  2. Crimes contre l’humanité : Poursuites liées à la répression systématique des opposants depuis 2014.
  3. Armes lourdes : Possession et conspiration pour l’utilisation de mitrailleuses et d’engins destructeurs pour faciliter le trafic de drogue.

Réactions internationales : Un monde fracturé face à la capture de Maduro

La capture de Maduro a créé une onde de choc mondiale :

  • Soutien : Les États-Unis et le Royaume-Uni saluent la fin d’une « menace régionale ».
  • Condamnation : La Russie et la Chine dénoncent une « violation flagrante du droit international » et un « enlèvement ».
  • Inquiétude régionale : Le Brésil et la Colombie, bien qu’opposés à Maduro, s’inquiètent du précédent créé par cette intervention militaire directe sur un chef d’État en exercice.

La France, la Canada et le Chili ont salué la fin du régime de Maduro mais s’inquiètent de la méthode employée.


Économie et sécurité : Le prix de la stabilité

L’inflation, qui a atteint 475% en 2025, ralentit enfin grâce à la reprise des exportations de brut vers les États-Unis. Toutefois, la sécurité reste précaire. L’état d’exception demeure la norme, et si 600 prisonniers politiques ont été libérés, la surveillance des citoyens reste stricte pour éviter tout soulèvement pro-Maduro.

Le verdict de mars 2026 : Le Venezuela est à la croisée des chemins.

Entre une présidente par intérim qui pactise avec l’ancien ennemi et un ancien président en uniforme de détenu à Manhattan, l’avenir du pays dépendra de la capacité des Vénézuéliens à reprendre le contrôle de leur destin au-delà des intérêts des grandes puissances.

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