À l’occasion de la sortie en France (3 juillet 2013) du long-métrage « Les Chansons populaires » réalisé par le Mexicain Nicolás Pereda, Actu Latino vous propose une incursion dans l’univers exigeant de ce film qui mêle rapports filiaux et patrimoine musical, des paroles de chansons qui évoquent sans détour des sentiments alors que les personnages eux sont peu enclins à exprimer leurs émotions…

SYNOPSIS « Les Chansons populaires » (Titre original « Los mejores temas »)
Gabino, vendeur de disques ambulant, vit encore chez sa mère. Sous la douche, dans la cuisine, au lit, il s’entraîne à mémoriser les plus grands succès de la chanson mexicaine pour mieux les vendre. Un jour, après quinze ans d’absence, son père Emilio revient au foyer avant de redisparaître. Gabino part à sa recherche. Il finit par passer du temps avec son père dans son appartement…

ENTRETIEN AVEC NICOLÁS PEREDA (Réalisateur et scénariste)

les-chansons-populaires-3Comment t’est venue l’idée du vendeur de Cds ?

Dans chaque wagon du métro de la ville de Mexico, on trouve depuis 5 ans des vendeurs de CDs piratés qui font la publicité des albums qu’ils vendent à l’aide d’un haut-parleur. Mon personnage est inspiré de ces milliers de jeunes dans cette situation. L’idée de mémoriser les titres et de les réciter, avec ou sans accompagnement musical, est directement inspirée de la réalité de Mexico. Ça peut paraître absurde… Mais ce qui me touche dans cette façon de faire, c’est qu’il s’agit d’une preuve d’amour envers leur travail. Ils veulent rendre leur quotidien digne à leurs propres yeux. Ils savent pertinemment que la finalité n’est pas très importante, alors ils cherchent à bien faire. Bien entendu, ils vendent des contrefaçons. Mais ce ne sont pas de simples copies de disques existants. Ce sont de véritables compilations originales, conçues dans un esprit éditorial : ces vendeurs décident eux-mêmes des artistes qu’ils vont réunir, des titres qu’ils vont mettre ensemble, de l’ordre des morceaux… J’ai donc imaginé comment ces personnes se préparent, s’exercent à mémoriser les morceaux, le temps que ça prend, et l’impact sur ceux qui les entourent…

Le moment le plus émouvant du film c’est quand le fils joue le rôle du père afin de préparer la mère à avoir la force de mettre dehors le vrai père. Dans cette scène, Gabino finit par convaincre sa mère de la possibilité d’une réconciliation. Et ils finissent par se prendre dans les bras.

C’est un moment crucial pour plusieurs raisons. D’abord, c’est le moment de la réconciliation au sein de la famille. La mère accepte en quelque sorte de prendre son fils pour son mari, et lorsqu’elle le prend dans ses bras, c’est le père, la mère et le fils qui sont réunis. C’est donc le climax du drame familial. Ensuite, c’est un moment de mise en scène au sein même de la fiction. Il y est question d’interprétation : le jeu, l’artifice aide les personnages à résoudre des situations très chargées en émotions. Enfin, c’est aussi le moment du film où Gabino est à la fois son personnage (le fils), le personnage qui joue à un autre personnage (le père) mais aussi l’acteur en tant que tel. Les trois niveaux sont présents dans cette scène. Et si elle fonctionne, c’est parce que le spectateur (comme les personnages) ne veut pas que la représentation tombe par terre. Les mécanismes de la fiction sont à nu et pourtant les émotions en jeu sont telles que le dispositif n’est pas gênant. Le spectateur a besoin d’y croire alors qu’on lui dit que c’est faux, comme chez Brecht.

les-chansons-populaires-1Quel est le véritable sujet du film ?

La famille, les rapports entre chaque membre de la famille. C’est pourquoi il y a en quelque sorte deux familles. Le fait de changer l’acteur qui joue le père au milieu du film donne une nouvelle configuration à la famille. La personnalité de l’acteur change l’équilibre du groupe. Les rapports entre le père, la mère et le fils sont modifiés. Quand je travaille sur l’interprétation et la répétition, c’est une façon pour moi de parler de la famille, de mes personnages et de mes acteurs. La question qui me passionne depuis toujours au cinéma c’est : qui est cette personne que je vois sur l’écran ?
Le personnage du père est fondamental. L’absence du père est caractéristique des familles mexicaines. Ce qui m’intéressait c’étaient les conséquences de cette absence sur le reste de la famille, sur la vie professionnelle des enfants, et la façon dont ces modes de vie affectent le quotidien de la famille, sa capacité à affronter des problèmes graves comme les crises économiques, le chômage… La famille est l’institution la plus importante de la société mexicaine, et il me parait incontournable de l’analyser. Le père apparaît pour la première fois dans Les Chansons populaires, mais son fantôme n’a cessé d’accompagner tous mes films. Malgré son absence dans les précédents films, il a toujours été un personnage important de mon cinéma. Les Chansons populaires est emblématique, il révèle beaucoup de choses concernant les motivations de mes personnages. Et je pense que cela est dû au retour du père, ou plutôt au retour de deux pères possibles.

La réconciliation entre le père et le fils était l’horizon du film ?

Je crois que peu de pères se réconcilient avec leurs fils, et les hommes perpétuent cette habitude d’abandonner leur famille. Mais au fond, je pense que les fils comprennent. Dans Les Chansons populaires, on se rend bien compte à la fin du film que la nouvelle vie du père est un désastre, et pourtant le fils l’accepte et veut en faire partie. Tout ce que nous voyons et entendons dans la dernière scène est déprimant, et cependant, Gabino, lui, est heureux.

les-chansons-populaires-2NICOLÁS PEREDA

BIOGRAPHIE

Le réalisateur a vu le jour au Mexique en 1982, il partage son existence entre le Mexique et le Canada. Il a réalisé à ce jour six longs-métrages et un court-métrage qui ont reçu différents prix dans plusieurs festivals de renom tel que Venise, Rotterdam, Édimbourg, ou encore Vienne. Il a également immortalisé des opéras et des pièces de danse. Une première rétrospective concernant son travail a eu lieu aux États-Unis en 2012. D’autres événements similaires ont vu le jour notamment au festival de Jéonju (Corée), à l’Anthology Film Archives de New-York, au festival Paris Cinéma, au Festival international du film de Cartagena, à UCLA, au Festival du film de Valdivia ou encore à l’Harvard Film. Le longs-métrages Les Chansons Populaires a été présenté en Compétition internationale au Festival du film de Locarno de 2012.

Distribution du film

Avec : Teresa Sánchez (Teresa), Gabino Rodriguez (Gabino), José Rodríguez (Emilio), Luis Rodríguez (le père), Luisa Pardo (Luisa), Francisco Barreiro (Paco)
Scénario : Nicolás  Pereda
Images : Alejandro Coronado, Peter Gomez
Montage : Nicolás Pereda
Son : José miguel Enriquez
Production : Interior13 Cine
Coproduction : FOPROCINE, IMCINE
Producteurs : Sandra Gómez, Maximiliano Cruz
Vente internationale : Interior13 Cine

Filmographie 

VERANO DE GOLIAT
2010, 76 minutes, Fiction
Mostra de Venise (Italie) – Prix Orizzonti du
Meilleur film / BAFICI (Argentine) – Meilleur
film, Future Competition / FIF Valdivia
(Chili) – Meilleur film et Prix de la Critique
/ FICCMEXICO (Mexique) – Meilleure
actrice

TODO, EN FIN, EL SILENCIO LO
OCUPABA
2010, 61 minutes, Documentaire
Images Festival Toronto (Canada) – Prix
Images

PERPETUUM MOBILE
2009, 86 minutes, Fiction
FF Guadalajara (Mexique) – Meilleur film
mexicain / Cannes – Sélection ACID /
EntreVues Belfort – Meilleur acteur

JUNTOS
2009, 73 minutes, Fiction
World Cinema Amsterdam (Pays-Bas) –
Meilleur film

ENTREVISTA CON LA TIERRE
2009, 18 minutes, Fiction/Documentaire
FIF Guanajuato (Mexique) – Meilleur
documentaire mexicain

¿DÓNDE ESTÁN SUS HISTORIAS ?
2007, 73 minutes, Fiction
FIF Morelia (Mexique) – Meilleur film
FF Latino-américain de Toulouse – Prix
découverte de la Critique