Des représentants d’Équateur, du Chili et de l’Uruguay ont été consultés hier par les autorités russes afin de convenir de l’augmentation des exportations agroalimentaires sud-américaines visant à supplanter celles émanant de l’Union européenne et des États-Unis après la mise en place d’un embargo d’un an.

Vladimir Poutine (président russe)
Vladimir Poutine (président russe)

En effet, comme représailles aux punitions occidentales la sanctionnant pour son rôle dans la crise ukrainienne, Moscou a annoncé un « embargo total » de la majeure partie des produits alimentaires en provenance de l’Union européenne et des États-Unis. Il s’agit donc maintenant pour le gouvernement de Vladimir Poutine de trouver de nouveaux alliés et partenaires commerciaux pour assurer convenablement l’approvisionnement, essentiellement en produits frais, de son pays.

« Nous avons abordé la possibilité d’augmenter et de diversifier les exportations. Nous espérons que la conjoncture actuelle ne soit pas temporaire », a affirmé l’ambassadeur équatorien à Moscou, Patricio Chávez Zabala se réjouissant de l’opportunité à saisir. Le directeur du service russe de l’inspection agricole (SIAG), Serguéi Dankvert, s’est entretenu avec les ambassadeurs équatorien, chilien et uruguayen et prévoit d’en faire autant avec les représentants du Brésil et de l’Argentine. Dankvert a souligné durant la réunion que la conjoncture mondiale actuelle offre de grandes possibilités pour que les pays latino-américains augmentent leurs exportations agroalimentaires sur le marché russe.

L’ambassadeur du Chili, Juan Eduardo Eguiguren, a affirmé que son pays pouvait aisément augmenter les exportations en viande de porc et de poulet, en plus des habituelles exportations de fruits et légumes.

En ce qui concerne l’Uruguay, son ambassadeur Aníbal Cabral Segalerba a rappelé que son pays n’a jamais appuyé les sanctions internationales contre la Russie dans le conflit contre l’Ukraine et a proposé d’augmenter les exportations de viande de qualité supérieure vers ce pays. Les trois diplomates ont convenu avec Dankvert de présenter une liste d’entreprises qui seraient intéressées d’augmenter leurs échanges avec la Russie.

continent07082014-2En réponse aux mesures appliquées par l’Union européenne et les États-Unis contre la Russie dans son rôle dans la crise ukrainienne, le premier ministre Dmitri Medvédev a annoncé « l’interdiction totale des importations de viande de bœuf, de porc, de légumes, de fruits, de volaille , de poisson, de fromage, de lait et produits laitiers en provenance de l’Union européenne, des États-Unis, d’Australie, du Canada et de la Norvège ». L’Union européenne, jusqu’alors partenaire commercial majeur de la Russie, a exporté en 2013 des marchandises à hauteur de 12 milliards d’euros. À titre d’exemple, en 2011, 21,5 % des légumes européens et 28 % des fruits ont été exportés en Russie.

Autant dire que cette mesure inquiète fortement les principaux partenaires commerciaux de la Russie en Europe à savoir la Pologne, les Pays-Bas, l’Allemagne, ou encore la France. Cette punition réjouit les pays sud-américains qui envisagent la possibilité de développer leurs exportations de façon considérable avec la Russie, avec l’impact économique favorable qui en découlerait. L’ambassadeur d’Équateur a d’ores et déjà rappelé que la Russie est la première destination pour l’exportation des bananes et des fleurs et a souligné que la principale difficulté serait de mettre au point une logistique adaptée pour transporter davantage de marchandises.

continent07082014-1« Dankvert a émis la possibilité d’établir des vols charter pour transporter nos produits en provenance d’Équateur », un renfort logistique qui s’ajouterait à l’actuelle route transatlantique entre Guayaquil et Saint-Pétersbourg. Le diplomate équatorien a rappelé que son pays est le troisième plus gros exportateur latino-américain de produits non pétroliers en Russie, avec environ 1 500 millions de dollars de marchandises exportées en 2013, le pays pourrait désormais exporter du café, des brocolis, des fruits tropicaux comme la papaye et des produits lactés comme le lait et le fromage.

Le responsable de la diplomatie argentine, Pablo Anselmo Tettamanti, a d’ores et déjà fait savoir que son pays souhaitait débuter très vite l’approvisionnement de la Russie en produits agroalimentaires : du lait en poudre, du beurre, des fruits, de la viande de porc et du poulet, mais aussi des produits de la mer pourraient débarquer prochainement sur le territoire russe. Il a également souligné que l’Argentine est rompue aux règles de sécurité de la production alimentaire qui régissent l’Union douanière englobant la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan.

La Russie, qui avait limité en 2013 les importations de viande et produits laitiers du Brésil en invoquant des « violations des normes sanitaires », a accepté de revoir sa copie après avoir reçu des « garanties » appropriées des producteurs brésiliens, a annoncé Rosselkhoznadzor (agence sanitaire russe) .

En fermant les exportations européennes, la Russie expose les pays de l’UE à une surproduction, ce qui devrait conduire à une situation de crise et à une baisse des coûts sur le marché interne, « les Espagnols ont exporté en 2012 environ 100 000 t de fruits vers l’Ukraine et la Russie : cette quantité terminera sur le marché communautaire ». L’Italie, Espagne et la France se livrent déjà une guerre de la « pêche-nectarine » avec des prix en chute libre, une concurrence qui devrait maintenant atteindre le marché des « pommes ».

La France a exporté en 2013 pour 1,17 milliard d’euros de marchandises agroalimentaires vers la Russie, dont 450 millions de boissons alcoolisées.

Vladimir Poutine avec la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner
Vladimir Poutine avec la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner

À la mi-juillet, le président russe Vladimir Poutine a effectué une tournée en Amérique latine (il a visité le Nicaragua, Cuba, l’Argentine et le Brésil), une visite qui se justifiait à deux niveaux : premièrement, le besoin d’obtenir un appui extérieur dans un contexte de crise majeure marquée par l’isolement sur la scène internationale, et deuxièmement la nécessité d’ouvrir de nouvelles voies de commerce et d’influence pour la Russie.

« Nous sommes intéressés par une Amérique latine unie, forte, économiquement viable et politiquement indépendante, qui est en train de devenir une partie importante du monde polycentrique émergent », a alors déclaré le président de la Russie, Vladimir Poutine.

La Russie importe à ce jour près de 35 % de sa consommation alimentaire et l’Amérique latine devrait tirer son épingle du jeu d’un point de vue économique en profitant des tensions diplomatiques qui  ne font que s’accentuer.