equateur15122016

Le gouvernement équatorien a pris la décision de décréter un état d’urgence pour la province amazonienne de Morona Santiago « pour rétablir la sécurité publique » après les attaques d’un groupe indigène sur une exploitation minière.

« Nous ne permettrons pas que la primauté du droit soit violée (…) un état d’urgence pour la province de Morona Santiago va être décrété afin d’adopter les mesures nécessaires pour rétablir la sécurité citoyenne dans cette province », a déclaré le ministre de la coordination à la sécurité, Cesar Navas, lors d’une conférence de presse dirigée depuis Quito.

Les autorités ont également noté qu’une intervention globale allait être déclenchée dans la région de La Esperanza pour arrêter les gens qui ont mené l’attaque contre la zone minière San Carlos.

Un rapport préliminaire des autorités de la sécurité fait mention qu’hier, mercredi 14 décembre 2016, dans l’après-midi, un groupe de 80 personnes a pris à parti un groupe de policiers qui gardaient le camp entraînant le décès d’un représentant des forces de l’ordre et sept blessés, dont deux soldats . Le rapport indique que les assaillants ont utilisé des explosifs pour faire irruption sur l’exploitation.

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur, Diego Fuentes, a indiqué que la police nationale était déployée afin d’assurer la sécurité des citoyens.

« Cet acte ne restera pas impuni et nous respecterons la règle de droit », a déclaré Fuentes et a exprimé sa solidarité avec les familles des personnes touchées.

Pour sa part, le secrétaire de la politique, Paola Pabon, a déclaré que depuis le mois d’octobre, un dialogue a été engagé avec la communauté Shuar Arutam, et a souligné que cette attaque avait été menée par une minorité « petit groupe ne souhaitant pas l’intérêt collectif ».

Le gouvernement a également déclaré que le dialogue avec les organisations autochtones est constant et qu’il œuvrera pour poursuivre en justice les assaillants.

Le président de la République en personne Rafael Correa a condamné l’attaque en évoquant sur son compte Twitter « Les criminels! » qui ont pris la vie d’un agent de police. La Confédération des nationalités indigènes de l’Amazonie équatorienne (CONFENAIE) sur son compte Twitter a blâmé le gouvernement pour l’attaque attribuée aux membres de la communauté Shuar contre le projet minier de la province de San Carlos Panantza de Morona Santiago.

L’organisation a également rapporté que les villageois Shuar ont signalé une nouvelle occupation du camp minier Nankints affirmant que la militarisation du gouvernement dans le bassin versant a généré une situation complexe qui a conduit à « ces événements malheureux » et en précisant avoir réclamé un espace de dialogue avec le gouvernement ces derniers jours pour « éviter une tragédie », un appel qui serait resté sans réponse.

Les groupes autochtones dans cette région s’opposent aux activités minières et exigent l’expulsion des sociétés minières de leurs territoires, bien que la société chinoise possède légalement une concession pour l’exploitation des minéraux, en particulier le cuivre. Le 21 novembre, sept policiers avaient déjà été blessés après une manifestation menée par les populations autochtones dans la même zone.

Le gouvernement équatorien a ouvert plusieurs projets miniers dans le pays, qui visent à générer, selon les autorités, une « nouvelle richesse » pour «mettre fin à la pauvreté» et stimuler le développement national. Des intérêts économiques justifiés qui sont souvent en parfaite contradiction avec les peuples natifs qui revendiquent leurs droits à évoluer librement sur leurs territoires ancestraux conformément à leurs droits (en accord avec l’OIT et les Nations Unies sur le respect des droits des peuples tribaux) sans risque de contamination environnementale et d’impact sur leur santé en raison de l’utilisation de résidus polluants sur les exploitations qui peuvent parfois être à l’origine de véritables catastrophes écologiques et sanitaires.

« L’économie de l’Amérique latine dépend de redevances provenant des industries extractives, en particulier l’exploitation minière. Voilà pourquoi l’activité continue à se développer en dépit de tous les conflits socio-environnementaux qui se produisent », a expliqué José de Echave, directeur adjoint de l’ONG sur le secteur extractif en Amérique latine Cooperacción en el marco de la sesión pública de la Red Latinoamericana de Industrias Extractivas (RLIE).