Le ministre des Affaires Etrangères équatorien a subitement quitté ses fonctions le mardi 13 janvier pour manifester son profond désaccord avec le chef de l’Etat Rafael Correa.

Leurs divergences portent sur la défense du projet Yasuni ITT qui a pour objectif de freiner l’exploitation pétrolière dans cette immense réserve amazonienne.

« C’est un fait accompli. Il a présenté sa démission ce matin », a déclaré mardi 13/01 une source du ministère des Affaires étrangères à l’AFP, qui n’a pas révélé son identité.

Fander Falconi, occupait cette fonction depuis le 15 décembre 2008, il s’opposait au président équatorien en ce qui concerne les modalités de mise en place du projet Yasuni ITT. En sa qualité de docteur en écologie, Fander Falconi était l’un des principaux instigateurs de ce projet de protection environnemental, a affirmé une autre source au sein de son ministère.

Le projet « ITT », qui reprend les initiales des gisements pétrolifères d’Ishpingo, Tiputini et Tambococha, dans la forêt amazonienne, sites qui présentent près de 20% des réserves du pays en or noir,  a pour objectif de convaincre la communauté internationale de financer à hauteur de 3,5 milliards de dollars l’abandon de leur exploitation, soit un manque à gagner que les Equatoriens évaluent à 850 millions de barils de pétrole.

M. Falconi, qui soutient l’initiative Yasuni, avait dirigé les efforts équatoriens pour s’attirer davantage de soutien international sur ce projet. Mais le président équatorien, Rafael Correa, a indiqué samedi 9 janvier que certains pays avaient posé trop de conditions à leurs dons.

Selon des informations, l’application de cette initiative pourrait éviter la production de plus de 400 millions de tonnes de dioxyde de carbone, un  gaz à effet de serre qui contibue au réchauffement climatique.

Les gisements de pétrole ont été repérés dans le Parc naturel de Yasuni, à 300 km de Quito, cette zone couvre une superficie de 950.000 hectares et est classée comme « réserve mondiale de la biosphère » par l’Unesco depuis 1989.

Ses défenseurs précisent qu’ au moins 500 espèces d’oiseaux y ont élu domicile, ainsi que 173 mammifères et plus de 1.500 espèces d’arbres.

A l’automne, Rafael Correa a également effectué une tournée en Europe afin de sensibiliser les différents gouvernements à ce programme de préservation.

Depuis le lancement de cette proposition, en 2007, l’Equateur est parvenu à attirer l’attention de plusieurs pays, obtenant a priori l’appui de l’Allemagne, de l’Espagne , de la Belgique, de la Suisse, de la Suède et de la France.

Mais samedi 9 janvier, le président a accusé ses partenaires de ridiculiser la « dignité » de l’Equateur, il a rejeté les modalités de l’accord selon lesquelles le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avait en charge l’administration du projet, et de fait il a menacé de lancer l’exploitation pétrolière dès juin.

 « J’ai donné l’ordre de ne pas signer ce mandat dans ces conditions honteuses », a-t-il affirmé dans son émission radiotélévisée hebdomadaire.

Rafael Correa a expliqué que les exigences requises par les Etats susceptibles de financer le projet étaient abusives. En effet, les investisseurs souhaitent disposer de la totalité des fonds engagés afin de decider de la politique de protection, or Rafael Correa a assuré que désormais la « souveraineté et la dignité » prévalaient dans son pays.

« Vous pouvez garder votre argent et en juin nous commencerons l’exploitation d’ITT. Nous ne renoncerons pas à notre souveraineté », a-t-il déclaré.

« Le projet n’a pas encore échoué » mais ces « conditions sont inacceptables », a ajouté le président socialiste, qui depuis son arrivée au pouvoir lutte contre la main-mise des multinationales et organismes internationaux qui ont « fait ingérence » selon lui dans son  pays.

Fander Falconi, était considéré comme un « modéré » au sein du gouvernement de Rafael Correa, qui a promis de « radicaliser » la révolution socialiste après qu’il ait été réelu en avril.

M. Falconi avait par exemple réussi à renouer le dialogue avec la Colombie voisine, en novembre, 20 mois après leur rupture suite au bombardement par Bogota d’un camp de la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) en Equateur, le 1er mars 2008.

C’était le troisième chef de la diplomatie de Rafael Correa, qui a fêté samedi ses trois ans au pouvoir. A cette occasion, il est revenu sur ses propos et a assuré qu’il voulait mener à bien le projet Yasuni ITT, en vertu duquel il renoncerait à l’exploitation pétrolière dans une grande réserve de biosphère, mais « sans céder un millimètre de souveraineté nationale ». « Le projet Yasuni-ITT continuera et nous allons redoubler d’efforts pour que ce soit un succès », a affirmé M. Correa dans la ville andine d’Ambato (centre).

Pour le vice-président Lenín Moreno, l’important est de rétablir la confiance entre l’Equateur et les pays qui se sont engagés à financer le projet de préservation du parc Yasuni. Il a déclaré lors d’une émission télvisée diffusée sur Ecuavisa le 20 janvier 2010 que ce projet « est un symbole fort pour lequel l’Equateur s’est engagé et il reflète ce que devrait être une politique de protection environnementale au niveau mondial ».