Le gouvernement du Venezuela a assuré qu’il n’y avait « aucune preuve évidente » du supposé massacre de dizaines d’indigènes de la communauté yanomami, qui aurait eu lieu le 5 juillet au sud-est de l’État Amazonas, au Venezuela, une tuerie incriminée à des mineurs illégaux d’origine brésilienne appelés garimpeiros.

Des membres de la communauté avaient présenté une plainte aux autorités précisant que plusieurs natifs avaient été tués. Luis Shatiwë, secrétaire de l’organisation indigène Horonami, avait assuré à une radio locale que l’attaque s’était produite au début du mois de juillet et qu’elle avait été menée par des garimpeiros brésiliens entrés illégalement sur le territoire vénézuélien. Selon la plainte déposée au bureau de la Defensoría del Pueblo à Puerto Ayacucho, capitale de l’Amazonas, et aussi à la Brigada de Infantería de la Selva, seuls trois individus auraient survécu à cette tuerie qui a affecté 80 personnes. Les trois rescapés ont affirmé avoir été attaqués depuis un hélicoptère précisant qu’on leur avait tiré dessus dans une zone frontière entre le Brésil et le Venezuela, région qui attire de nombreux trafiquants d’or peu scrupuleux.

Le vendredi 31 août, un comité multidisciplinaire, composé de représentants du ministère public, de la police scientifique, et de l’armée a été envoyé sur le territoire amazonien, où vivent les communautés indigènes yanomami dans le but d’enquêter sur le massacre présumé de 8o autochtones, membres de ladite communauté, un crime qui aurait été perpétré par des chercheurs d’or clandestins en provenance du pays voisin.

Les autorités ont tenu à souligner qu’il n’y avait, à l’heure actuelle, aucune preuve formelle de cette attaque et que les enquêteurs dépêchés sur place n’avaient trouvé aucune « situation de violence » parmi les sept communautés interrogées précisant qu’il restait deux groupes plus isolés à contacter. Le chef de l’État Hugo Chávez a annoncé samedi que la responsable du ministère des peuples indigènes, Nicia Maldonado, et autres autorités se trouvaient déjà sur le terrain pour enquêter. Par la suite Maldonado a déclaré dans un communiqué « qu’il n’y avait aucune trace de personnes décédées ni même de maisons ou ‘shabono’ (maison communautaire) incendié parmi les communautés censées avoir été victimes de ce crime ». Le ministre de l’Intérieur Tareck el Aissami a déclaré vendredi qu’il n’y avait aucun signe tangible de violence dans la zone concernée. Si ce massacre mettant mal à l’aise les autorités vénézuéliennes était finalement avéré, il ne constituerait pas une première, puisque la communauté yanomami de l’Amazonas avait déjà été victime en 2008 de l’intrusion illégale sur le territoire de trafiquants, cinq indigènes de l’ethnie Momoi, avaient été alors intoxiqués par du mercure utilisé par les garimpeiros. En 1993, seize représentants avaient été assassinés par des mineurs illégaux au sein de la population de Haximú.

Le Venezuela a pour rappel souscrit au mois de mars un accord devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme selon lequel le pays s’engage à garantir l’intégrité du peuple yanomami, et à rendre justice pour le massacre de Haximú. Jusqu’à présent, aucune enquête sur cette dernière attaque avérée n’a été ouverte ! De plus, il va sans dire que cette médiatisation liée à ce supposé massacre sous-entend l’incapacité du gouvernement à respecter ses engagements, une mauvaise presse dont les responsables politiques se passeraient volontiers. En effet, le gouvernement est souvent incapable d’assurer la protection de ces communautés isolées au coeur de l’Amazonie contre les agressions venues de l’extérieur.

© C Zacquini Survival

Les indigènes yanomami représentent une population d’environ 32 000 individus qui évoluent dans les forêts tropicales et montagneuses du sud du Venezuela et du nord du Brésil. Selon certaines sources, le nombre des orpailleurs illégaux qui se sont installés sur leur territoire ne cesse d’augmenter au fil des ans.

Les trafiquants d’or menacent l’intégrité physique des Yanomami, non seulement en faisant preuve de violence à leur encontre, mais aussi en leur transmettant des maladies ou virus pour lesquels ils n’ont aucune immunité. Le mercure utilisé pour amalgamer l’or souille dangereusement l’eau des rivières que les indigènes consomment et le bruit des dragues et des générateurs fait fuir le gibier dont les Yanomami se nourrissent, une source de subsistance indispensable à leur survie alimentaire.

Les Yanomami ont déjà durement pâti de l’invasion de plus de 40 000 orpailleurs dans les années 1980, une intrusion qui a eu un impact négatif sur l’environnement des indigènes, 20 % de la population aurait d’ores et déjà péri.

La tribu représente à ce jour l’une des plus importantes communautés autochtones de la zone amazone avec près de 30 000 individus évoluant entre le Venezuela et le Brésil, les Yamomani tentent de limiter leur contact avec le monde extérieur depuis 50 ans environ.

Maison communautaire

Luis Shatiwe Yanomami, leader de l’organisation yanomami Horonami, qui se trouvait à Parima, a interrogé les indigènes sur ce qu’ils avaient vu en ce cinq juillet. Il a appris que les rescapés du « présumé massacre étaient en train de chasser au moment où la maison collective de la communauté a été ravagée par les flammes ».
Il a déclaré à l’organisation internationale de défense des peuples indigènes, Survival International : « Nous dénonçons depuis trois ans cette invasion d’orpailleurs qui opèrent illégalement dans la forêt ».

Stephen Corry, directeur de Survival International, a affirmé après avoir eu connaissance de cette attaque : « Il s’agit d’une véritable tragédie pour les Yanomami qui subissent crime après crime. Tous les gouvernements amazoniens doivent immédiatement faire cesser l’exploitation minière et forestière illégale dans les territoires indigènes. Ces activités mènent inévitablement à des drames humains où les victimes sont des hommes, des femmes et des enfants indiens. Les autorités vénézuéliennes doivent, avec la plus grande diligence, poursuivre en justice les auteurs de ce massacre et faire savoir dans toute la région que les Indiens ne peuvent plus être tués en toute impunité. L’exploitation minière et forestière doit cesser ».

Selon Stephen Corry « L’attaque s’est produite en juillet, mais ce n’est que là que l’information a été révélée. Cela s’explique par l’isolement de la communauté qui se trouve à cinq heures d’hélicoptère de Puerto Ayacucho (capitale de Amazonas) et à une quinzaine de jours de marches-, les indigènes qui ont découvert les corps ont mis plusieurs jours à marcher jusqu’au village le plus proche pour rendre compte de la tragédie ».

Comme l’un des chamans de la communauté l’a confié, les Yanomami sont « l’environnement » expliquant « Ils savent que sans terre ou sans nature ils ne peuvent pas vivre et le monde ne peut pas fonctionner. Mais en dehors de la forêt, les priorités sont très différentes et ce sont celles-ci qui alimentent la malédiction des Yanomami: vivre sur une terre couverte d’or ».

(Aline Timbert)