L’incontournable site archéologique péruvien, Machu Picchu, n’a pas fini de révéler ses secrets, des objets préhispaniques viennent en effet d’être mis à jour lors de fouilles encadrées par la DRC Dirección Regional de Cultura de Cusco, a informé le directeur du sanctuaire, Fernando Astete.

Fernando Astete

Parmi les découvertes, des plats cérémoniels, une cruche anthropomorphe ou encore des pendentifs en pierre « le nombre d’objets découverts s’élève à sept, ils ont été excavés et nettoyés », a déclaré depuis « la ville nombril du monde », Cusco (ville des Andes, ancienne capitale inca située à 1165 km au sud-est de Lima), Fernando Astete. Les scientifiques opéraient sur une zone de 2000 m² lorsqu’ils ont révélé ces céramiques, peu de détails ont filtré quant à l’emplacement exact pour éviter tout risque de pillage. Toutes les pièces ont été retrouvées à environ 70 cm-1 m sous terre dans le patio d’une ‘wayrana’ située entre la plaza, le Temple du condor (où l’on y trouve plusieurs grottes qui eurent un usage rituel et une grande pierre taillée dans laquelle beaucoup y voient la représentation de l’emblématique condor), et le secteur astronomique du Machu Picchu. Outre des objets que les archéologues ont attribué à la période inca englobant le règne de l’empereur Pachacútec, entre l’année 1438 et 1470, le scientifique Carlos Delgado a fait part de la présence d’un d’un plat noir appartenant à la civilisation Chimú, qui vécut antérieurement (an 1000- 1200), il semblerait que cet objet soit arrivé depuis la côte jusqu’au Machu Picchu au moment de l’expansion du Tahuantinsuyo (Empire inca), l’empire des quatre côtés en langue quechua.

Temple du condor

Depuis la découverte en 1995 d’un bracelet en métal doré, les archéologues ont entrepris de nouvelles recherches sur le site dans le but de mettre à jour des objets incas (XVe et XVIe siècle). Selon les archéologues, les récipients retrouvés devraient contenir des restes d’aliments ou de chicha, une bière de maïs consommée lors de pratiques rituelles et proposée en offrande.

En 2010, une offrande assez similaire à celle mise à jour ces derniers jours avait été retrouvée sur ce haut lieu touristique. Ces poteries auraient été déposées en offrande aux « Apu », les esprits des montagnes auxquels les incas rendaient hommage et plus précisément au sommet Nevado Salcantay (situé à 6271 m d’altitude dans la Cordillera Vilcabamba). Cette découverte a fait suite à trois mois de recherche archéologique organisés dans le but de percer les mystères du sanctuaire révélé au monde en 1911 par l’explorateur américain Hiram Bingham, un endroit qui véhicule encore aujourd’hui de nombreuses énigmes.

L’anthropologue connu comme le gardien de la cité inca Astete Victoria, a révélé que les fouilles sur le parc archéologique du Machu Picchu avaient été faibles jusqu’alors et qu’à ce titre les scientifiques étaient persuadés « que chaque recoin abrite encore une grande richesse archéologique et anthropologique ». Après les fouilles menées par Hiram Bingham (des milliers d’objets remis à l’université américaine de Yale après l’expédition avant d’être finalement restitués aux autorités péruviennes en 2011 après moult tractations), beaucoup pensaient que le site n’abriterait plus en son sein de vestiges de ce passé précolombien.
Ces pièces de retour sur le sol national seront réunies au Musée du Tahuantinsuyo de Cusco, dont la première pierre de l’édifice a été posée en décembre 2011 par la ministre de la Culture, Susana Baca,  en attendant elles ont été exposées au Musée Concha.

David Ugarte Vega Centeno, directeur régional à la Culture, a affirmé qu’en 2013, 10 % des fonds institutionnels seront destinés aux recherches archéologiques. La citadelle perchée à 2430 m au-dessus du niveau de la mer a, selon les chercheurs, joué un rôle capital dans l’expression de la religiosité du peuple inca qui vouait un culte au dieu Soleil, Inti. Au-delà de la magnificence naturelle du lieu, le Machu Picchu est sans nul doute l’élaboration urbaine la plus complexe de l’Empire inca : murailles, terrasses et rampes gigantesques semblent s’intégrer à la perfection dans les escarpements rocheux. Cette région du bassin supérieur de l’Amazone regorge par ailleurs d’une impressionnante diversité de faune et de flore.

Machu Picchu

Machu Picchu apporte, avec Cusco et les autres sites archéologiques de la vallée sacrée de l’Urubamba (Ollantautaybo, Runcuracay, Sayacmarca, Phuyupamarca, Huiñay Huayna, Intipucu, etc) un témoignage précieux de la plus emblématique des civilisations andines. Cusco et les anciens villages présentent des traces de l’occupation des terres de l’Empire inca. Le site a ainsi été inscrit 1983 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom de « Sanctuaire historique du Machu Picchu », le 7 juillet 2007, Machu Picchu a été désigné comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde par la NewOpenWorld Foundation. Le 7 juillet 2011, les Péruviens ont célébré avec fierté les 100 ans de la « re-découverte », (Año del Centenario de Machu Picchu para el Mundo), comme tenaient à le souligner, à juste titre, les habitants de la région de Cusco, plusieurs experts citent des dates historiques qui rappellent qu’Agustín Lizárraga, un paysan de Cusco, pourrait avoir été le premier citoyen, non indigène, à avoir foulé la cité le 14 juillet 1902. Un écrit sur les murs du « Temple aux trois fenêtres » mettrait en évidence sa présence sur les lieux à cette date, mais cela n’a guère marqué les esprits contrairement à l’explorateur nord-américain…

Si le Machu Picchu est considéré comme une œuvre maîtresse de l’architecture inca et fascine les scientifiques comme les profanes, il est aussi l’un des attraits touristiques majeurs de ce pays sud-américain et par conséquent une manne économique certaine.

Roger Valencia, président de la chambre régionale de commerce a révélé que la région de Cusco a reçu l’année dernière environ 1,2 million de touristes (35 % de touristes en provenance de l’Amérique latine, 30 % d’Amérique du Nord, 25 % de visiteurs en provenance d’Europe, 10 % de touristes asiatiques) et l’on estime cette année que le nombre de visiteurs devrait augmenter de 7 % (700 millions de dollars ayant été récoltés dans la région de Cusco cette année).

(Aline Timbert)