perou15032016

Face au déversement de pétrole qui a eu lieu dans la province de Datem del Marañón dans la région du Loreto, le pouvoir exécutif a déclaré le 11 mars l’état d’urgence dans 6 autres communautés de cette partie du pays impactée par cette pollution aux hydrocarbures. Dans un décret publié dans le journal officiel El Peruano, on peut lire que les communautés concernées par cet état d’urgence sont Copacabana, Antena Cuatro, Santa Rosa del Marañón, San Francisco, Mayuriaga et Nuevo San Martín

La mesure a été prise « à la suite de la catastrophe d’origine humaine causée par le déversement de pétrole brut depuis l’oléoduc péruvien Norperuano », peut-on lire dans le décret N° 016-2016-PCM.

Fin février, 16 communautés du Loreto avaient déjà été placées en état d’urgence sanitaire en raison des milliers de personnes touchées par cette catastrophe écologique qui a engendré une contamination des rivières et des sols naturels adjacents à la zone sinistrée, détruisant les moyens de subsistance des natifs, comme des ressources alimentaires (poissons..), l’eau, les champs cultivés, mais aussi des maisons.

L’anthropologue péruvien Rodrigo Lazo s’est rendu sur la zone sinistrée il y a quelques semaines et a affirmé « cela affecte la santé et les communautés natives proches ».

Il a ajouté, « la plupart des gens affirment, qu’ils ne mangent que des bananes et des yuccas parce que la nourriture en provenance de la rivière ou encore liée aux eaux de la rivière est maintenant toxique, ce qui affecte leur nutrition ».

L’anthropologue a par ailleurs précisé que jusqu’à la date du 18 février, soit cinq jours après que le ministère de la Santé ait annoncé la distribution d’aide humanitaire dans les zones touchées, aucun soutien n’avait été apporté aux locaux.

Le ministère de la Santé (MoH) a admis lundi dans un communiqué que « les zones où il y avait eu le déversement de pétrole étaient difficiles d’accès, ce qui a donc retardé l’envoi de l’aide ». Par ailleurs, outre la polémique liée à cette pollution visiblement due à un manque d’entretien sur les pipelines traversant le cœur de la selva, un autre scandale a éclaté, puisque des enfants auraient participé à des opérations de nettoyage sans la moindre précaution pour leur santé : « Des informations selon lesquelles des enfants ont nettoyé le pétrole les 9 et 10 février ont été corroborées par des dirigeants et des membres de la communauté qui ont montré les vêtements sales des enfants et des ustensiles utilisés pour recueillir les hydrocarbures ».

Un membre du groupe d’anthropologie de l’Université pontificale catholique du Pérou a révélé que des responsables des communautés de Nazareth et Wachepea l’ont informé que près de 230 mineurs ont participé à la collecte de pétrole, ils auraient été payés 6 dollars par seau.

« Des mineurs et des adultes non préparés sont intervenus pour ramasser le pétrole déversé par l’oléoduc Norperuano sur les rivières et près des zones habitées », a annoncé la Direction nationale d’inspection du travail (Sunafil) après avoir interviewé les membres d’une communauté autochtone touchée par la pollution.

« Grâce à différents témoignages fournis aux inspecteurs de la Sunafil, on a appris que les membres de la communauté, les adultes et les enfants ont participé à la collecte de pétrole dans des seaux et que ces tâches diverses ont été rémunérées« , des accusations réfutées par Petroperú, une enquête sur ce point a été diligentée.

La fuite du 3 février a affecté la quebrada de Cashacaño et la rivière Morona, près de 743 personnes issues des communautés indigènes Mayuriaga, Copacabana, Antena Cuatro, Santa Rosa del Marañón, San Francisco et Nuevo San Martin, dans le quartier de Morona, seront prises en charge par le gouvernement central en vertu de la nouvelle déclaration d’urgence qui s’étendra sur 60 jours.

Un rapport de la défense civile, cité dans la résolution, précise que les mesures d’intervention menées par le gouvernement régional de Loreto, les municipalités engagées et la société Petroperu, qui gère le pipeline, sont insuffisantes, c’est pourquoi l’intervention du gouvernement central est nécessaire.

La communauté Mayuriaga a signé cette semaine un accord avec les détenteurs de PetroPeru et de la défense civile pour améliorer leurs conditions de vie, après que les natifs aient pris  l’équipage d’un avion en otage pour protester et réclamer la déclaration de l’état d’urgence. Dimanche après-midi, la communauté autochtone Mayuriaga affectée le 3 février par un déversement a en effet empêché le décollage de l’avion qui est arrivé avec de la nourriture pour les victimes.

PetroPeru a rapporté que l’accord obtenu comprend des mesures telles que la couverture téléphonique et électrique et la construction d’un centre communautaire polyvalent.

La réunion de travail entre le président de Petroperu, Germán Velásquez; le responsable de l’Institut national de la défense civile (INDECI), Alfredo Murgueytio, et les chefs autochtones a eu lieu dans un contexte calme basé sur le dialogue, selon la compagnie.

La compagnie pétrolière d’État a été condamnée à une amende de 12,64 millions de soles (environ 3,59 millions de dollars) imposées par l’Agence de surveillance pour l’investissement dans l’énergie et les mines (Osinergmin) pour ne pas avoir assuré la maintenance du pipeline. Le premier déversement a eu lieu le 25 janvier et le second le 3 février, le gouvernement a décrété dimanche 28 février l’état d’urgence pour 60 jours pour 16 communautés impactées par ce désastre écologique.

Selon le représentant de l’Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (AIDESEP), Segundo Chuquipiondo, les travailleurs de PetroPeru ont seulement recueilli jusqu’à présent 900 barils sur un total de 2000 qui a souillé la région Amazonas et Loreto, un déversement a fait plus de 5 000 sinistrés et près de 250 blessés.