Un groupe d’indigènes, menés par le gouvernement bolivien, et des grands propriétaires terriens de la zone rurale de Santa Cruz se sont affrontés pour le contrôle des terres causant ainsi la mort de plusieurs individus tandis que d’autres étaient blessés.

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13 avril 2008 : Un groupe d'habitants de Cuevo bloque le bus dans lequel voyagent les indigènes en direction d'Alto Parapetí.

Le vice-ministre de la terre, Alejandro Almaraz  a assuré qu’il y avait eu parmi les Indiens 40 blessés et 8 disparus, en plus de la destruction de trois véhicules.

L’un des disparus, selon Almaraz, se trouve être le journaliste argentin Fernando Cola, membre du Groupe International du Travail, considéré comme un proche des indigènes de la zone, l’autre victime serait un fonctionnaire de l’Institut National de Réforme Agraire (INRA) chargée de la vérification des terres.
Le vice-ministre a dénoncé, ce lundi, les exploitants agricoles qui ont osé attaquer les indigènes à coups de bâtons et de pierres, tout en les intimidant par des coups de feu tirés en l’air.
Les « hacendados » qui s’en sont pris aux indigènes ont bloqué l’accès à la population de Cuevo, à environ 1000 km de la capitale la Paz, afin d’empêcher la vérification des terres de culture.

Les propriétaires terriens, s’opposent à la version émise par le gouvernement et affirment que les indigènes furent les premiers à ouvrir les hostilités et qu’ils étaient armés, selon leurs dires, grâce au financement concédé par le gouvernement aux brigades indigènes.

Les habitants de Cuevo affirment que trois » hacendados » ont été blessés.

Depuis mercredi dernier, les grands propriétaires terriens de la province de Santa Cruz, dans le Chaco Bolivien, ont commencé à bloquer l’accès aux routes afin d’empêcher que les représentants gouvernementaux puissent prospecter les terres de culture et procéder dans certains cas à une nouvelle répartition.

L’assainissement des terres consiste à vérifier la fonction sociale et économique des terrains agricoles, dont le but ultime est la confiscation de parcelles de terre si celles-ci ne sont pas  exploitées efficacement par leurs bénéficiaires.

La confiscation des terres improductives appartenant aux « hacendados constitue » l’un des piliers du gouvernement du président Evo Morales afin d’accélérer l’assainissement des terres agricoles.

Morales prétend redistribuer les terres mal exploitées aux indigènes dans le cadre de la réforme agraire. La répartition des titres de propriété a débuté en 2006 lorsque le président a remis 2,2 millions d’hectares de terres à des paysans et des indigènes de la région d’Oriente, action qui doit se poursuivre jusqu’en 2010 puisque Morales prévoit la redistribution de 20 millions d’hectares cultivables.

Le gouvernement affirme que, dans cette zone de Bolivie qui comporte les départements de Santa Cruz, Tarija, Chuquisaca, il existe des familles qui sont quasi esclaves, situation que les propriétaires démentent avec véhémence.

Alors que les propriétaires et les « peones » bloquent l’accès aux routes, le vice-ministre Almaraz réside dans la ville de Camiri, ville la plus proche des haciendas essayant ainsi d’organiser les brigades destinées à l’assainissement des terres.

Blocus de la ville de Cuevo menée par les "hacendados"
Blocus de la ville de Cuevo menée par les "hacendados"

La nuit de dimanche, Almaraz a lui-même pris la tête d’une caravane de véhicules et de camions remplis d’indigènes dans le but de pénétrer dans la ville de Cuevo.
C’est à ce moment que l’affrontement entre les indigènes et les grands propriétaires terriens a eu lieu, les propriétaires affirment avoir été victimes de la violence des indigènes alors que le gouvernement soutient le contraire.

Cette volonté d’assainissement agricole a contribué à augmenter la tension dans le département de Santa Cruz, où le 4 mai un référendum ( sur l’autonomie du département) sera organisé pour ratifier le statut économique de la région, démarche qui ne reçoit pas l’approbation du gouvernement. Le gouvernement maintient que les indigènes vivant dans cette zone sont exploités par les « hacendados » » et que la vérification des terres cultivables sera effectuée avant le 4 mai.

En effet, le bureau aux droits humains assure que dans cette zone de Bolivie, les indigènes (pour la majorité des guaranis) se trouvent dans un état de quasi servitude. En effet, ils ne perçoivent aucun salaire pour leur travail et sont payés en nature au moyen de denrées alimentaires ou de vêtements ; tandis que  les enfants et les femmes reçoivent une somme dérisoire pour leur travail. De plus, les dettes se transmettent de génération en génération créant ainsi une forme de servitude et d’esclavage moderne.

Article extrait de BBC MUNDO du 15/04/08
Traduit par Aline T