Un homme d’affaires de droite extrêmement fortuné semble partir avec un avantage certain à l’élection présidentielle de dimanche au Chili, où la probable victoire au second tour de Sebastian Pinera irait à contre-courant de la main-mise de la gauche en Amérique du Sud.

Sa victoire mettrait ainsi fin à l’hégémonie de la mouvance centre gauche au Chili, qui peut se targuer d’avoir l’économie la moins fluctuante de la région.

Cependant, l’arrivée au pouvoir de cet homme de 60 ans, diplômé de Harvard, ne devrait pas être à l’origine de bouleversements majeurs dans la politique de ce pays, premier producteur mondial de cuivre et modèle de précaution en matière de gouvernance économique.

Sebastian Pinera, candidat malheureux lors de la dernière présidentielle, devrait arriver en tête sur ses quatre adversaires dimanche soir, probablement devant l’ancien président de centre gauche Eduardo Frei.

Personne ne croit en la probabilité qu’ un candidat puisse dépasser la barre des 50% dès le premier tour, et le second tour, le 17 janvier, sera vraisemblablement serré, même si Sebastian Pinera est donné vainqueur par les sondages.

Le candidat de la droite a promis de créer un million d’emplois et d’obtenir un taux de croissance de six pour cent par an par le biais d’avantages fiscaux et d’une réforme du droit du travail.

Il a également promis d’augmenter l’efficacité du géant minier Codelco, qui appartient à l’Etat, alors que l’économie chilienne sort de sa première récession en une décennie.

« Si nous faisons les mêmes choses que nous faisons ces vingt dernières années, nous aboutirons au même résultat », fait valoir Sebastian Pinera dans les derniers jours de campagne. « Donnez-nous l’occasion d’améliorer les choses ».

Ses opposants l’accusent de vouloir gérer le Chili comme un homme d’affaires motivé par l’argent. Ils anticipent aussi un éventuel conflit d’intérêts pour cet homme à la fortune colossale, qui détient des parts dans des sociétés comme la compagnie aérienne LAN, l’une des plus grandes d’Amérique latine.

Eduardo Frei, qui est âgé de 67 ans, a gouverné le Chili de 1994 à 2000. Il s’est engagé à défendre les programmes sociaux mis en place par la présidente sortante Michelle Bachelet, très populaire mais qui ne peut se représenter pour un nouveau mandat consécutif.

Il a essayé, en vain, de surfer sur le taux popularité de 77% de l’actuel chef de l’Etat en raison des dissensions au sein du mouvement et des désistements qui ont affaibli la coalition de centre gauche au pouvoir formée dans les années 1980 pour lutter contre la dictature (1973-90) du général Augusto Pinochet.

« Je continuerai sur la voie ouverte par Michelle Bachelet », affirme l’ancien chef de l’Etat dont le mandat a été terni par un chômage en flèche. « Nous incarnons la continuité ».

La droite n’a pas gagné d’élections depuis un demi-siècle au Chili, un pays de 16 millions d’habitants qui compte l’un des niveaux de vie les plus élevés d’Amérique latine si l’on tient compte de l’indice de l’Onu du développement humain.

Marco Enriquez-Ominami, qui se présente sans étiquette politique,  arrive en troisième position d’après les sondages et risque de jouer les troubles-fêtes en récupérant des voix de l’électorat de gauche d’Eduardo Frei et en attirant les déçus des partis dits « classiques ».

Cet homme de 36 ans, ancien producteur de cinéma, n’hésite pas à traiter ses concurrents de « dinosaures (…) qui ont opéré un kidnapping sur la démocratie ». Il a rejeté les propositions d’alliance avec la gauche pour battre Sebastian Pinera. Le report des voix de ses électeurs dimanche risque d’être crucial.

Aux législatives, qui  auront aussi  lieu dimanche, la gauche devrait en revanche gardé une legère majorité aux deux chambres du Congrès. Cela signifie que le candidat de la droite devra agir  avec ses adversaires pour faire accepter sa politique en cas de victoire à la présidentielle.