Le président de Bolivie, Evo Morales, et son homologue péruvien, Alan García, ont signé mardi un accord de relance économique qui concède à la Bolivie un accès permanent vers l’océan Pacifique via le port de Ilo au Pérou, l’accord « Bolivia Mar » offre ainsi un point d’ancrage maritime au pays continental.

Port d'Ilo

C’est ainsi que le chef de l’État péruvien a résumé l’objet de sa rencontre avec Evo Morales sur la côte de Ilo, au Pérou. Le président Alan García a précisé, qu’au-delà des fondements théoriques ou des bases idéologiques de chaque président, cette rencontre doit servir à améliorer les relations bilatérales entre le Pérou et la Bolivie, et surtout permettre de rendre effectif cet accord ébauché en 1992 dont le principal objectif est de renforcer la proximité entre les nations voisines et ses populations respectives.

Il a ajouté que lors de cette rencontre, l’union des peuples latino-américains avait été mise en avant de même que la volonté qu’ont les différents gouvernements d’offrir de meilleures conditions de vie à leurs populations.

« Nous nous sommes réunis pour renforcer et relancer notre amitié, notre entente fraternelle, notre proximité féconde, et pour mettre fin à toutes les querelles verbales, car les mots s’envolent mais la fraternité entre les peuples, fondée par une géologie, une géographie et une histoire communes, demeure à jamais » a affirmé García.

En ce sens, il a déclaré « Ce que nous souhaitons dorénavant c’est que nos rapports s’intensifient, que nos liens se resserrent afin que nous soyons prêts à contribuer au développement de la Bolivie et que la Bolivie contribue au développement du Pérou ».

« Dans cette optique, nous souhaitons relancer ce vieux projet qui ne s’est pas concrétisé jusqu’à aujourd’hui mais sous notre volonté cela va changer, les circonstances l’exigent et ce protocole doit être appliqué et répondre aux objectifs », a ajouté le mandataire péruvien.

A ce sujet, il a affirmé, « Nous nous sommes réunis ici en bord de mer, à Ilo, pour la dernière fois le dos tourné à celle-ci, pour dire qu’ici le monde est solidaire et fraternel, et que dans cette fraternité le Pérou et la Bolivie partagent ce même océan. »

Entre-temps, le président péruvien a expliqué qu’il avait souscrit avec son homologue bolivien « à la création actualisée et amplifiée d’une zone économique spéciale, ici à Ilo, où pourront venir les exportateurs, les importateurs, les producteurs boliviens, exonéré de toutes taxes, une zone économique spéciale qui a été définie pour embarquer ou décharger les produits et qui doit donner du travail aux Boliviens et aux Péruviens ».

De plus, Alan García a précisé que les deux Chefs d’États se sont retrouvés pour « ratifier ce nouvel accord qui concède à la Bolivie un point d’ancrage pour ses navires commerciaux et/ou pour son armée nationale ».

« Pour compléter cet accord, nous avons convenu que la Bolivie possédera sur les terres péruviennes une annexe de son école navale afin que les jeunes qui ont juré de défendre la souveraineté de leur pays puissent étudier, vivre et aussi nous enseigner leur passion et leur patriotisme », a ajouté García.« Je ne quitterai pas Ilo sans avoir convenu de l’emplacement qui sera choisi afin de construire l’école navale bolivienne » a affirmé García.

Parmi les autres accords signés avec la Bolivie, on retrouve la volonté de développer la zone touristique intitulée Mar Bolivia.

De plus, l’accord de « Coopération financière du développement du Pérou (Cofide) » proposera une offre de crédit spécifique pour tous ceux qui souhaiteraient travailler dans la zone économique de Ilo et qui voudraient y faire construire leur domicile.

« Ce sont des faits historiques en faveur des peuples, des majorités, de notre fraternité, de notre futur, c’est pourquoi nous saluons cette rencontre avec une joie non dissimulée » a souligné le président péruvien.

Evo Morales et Alan Garcia

Cet accord sera effectif après l’approbation des parlements de chaque pays. Le Pérou donnera ainsi un accès permanent sur l’Océan Pacifique au port d‘Ilo et un point militaire stratégique, ainsi que le développement d’une zone économique (Zofie) pour une durée de 99 ans.

Cet accord vient compléter et amplifier celui de 1992, qui permettait le libre transit des marchandises boliviennes à Ilo, cependant cet accord était resté caduc puisque la Bolivie ne possédait pas d’accès maritime jusqu’à présent.

Cet accord commercial entre la Bolivie et le Pérou a suscité des réactions d’inquiétudes au Chili qui considère ce rapprochement avec le Pérou, pays avec lequel le Chili demeure en conflit au Tribunal de la Haye, « comme un acte de pression dans le but inavoué de résoudre au plus vite le conflit historique sur la souveraineté maritime ».

Pour rappel, la guerre du Pacifique (Guerra del Pacífico, aussi appelée Guerra del Salitre : « guerre du salpêtre » ou « guerre du nitrate ») a été un conflit armé qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie entre 1879 et 1884.

Cette guerre a provoqué la perte de la province de Litoral pour la Bolivie, une zone qui constituait son unique accès à la mer. Le Pérou a dû céder la région de Tarapacá. Ces deux territoires font partie, depuis la fin de cette guerre, du territoire chilien. Lors de cette rencontre, Evo Morales n’a pas fait mention du Chili directement mais l’allusion à la Guerre du Pacifique était présente lorsqu’il a déclaré « Ici, il manque juste la souveraineté maritime, mais ce n’est pas de la faute du Président, ni du gouvernement, ni du peuple péruvien ».