Pérou : Les indigènes d’Amazonie ont bloqué le fleuve Marañón en signe de protestation

Pérou, Politique — Par le 2 novembre 2010 à 14 h 15 min

La semaine dernière, des milliers d’indigènes péruviens ont bloqué, durant trois jours, un point de passage du fleuve Marañón (plus précisément le port Orlando), un affluent de l’Amazonie, en signe de protestation et de mécontentement. En effet, cette région amazonienne connaît différents problèmes sociaux qui sont à l’origine de conflits multiples. Ces conflits ont cependant un dénominateur commun, les indigènes revendiquent autour de deux thèmes clés, la lutte contre l’exclusion et le droit de consultation préalable en ce qui concerne l’exploitation de leurs territoires ancestraux à des fins économiques, comme l’implantation de multinationales pétrolières ou minières.

5 000 indigènes des communautés shawi, achuar et awajun ont bloqué la navigation à la confluence des fleuves Tigre et Marañón, à l’aide de pirogues et de cordes, il s’agit là d’un point clé pour le passage d’embarcations qui transportent du brut depuis les puits de pétrole et ravitaillent ainsi divers points logistiques.

Fleuve Marañón

Ces milliers de natifs, à bord d’embarcations, ont protesté contre la contamination des eaux du fleuve Marañón survenue en juin dans la zone de Loreto après le déversement de pétrole causé par l’entreprise pétrolière argentine Pluspetrol (l’incident de Saramuro). Une dizaine de bateaux avec des centaines de passagers ont été ainsi bloqués, parmi lesquels des touristes nationaux et étrangers.

L’entreprise s’était engagée à distribuer de l’eau potable, de la nourriture, et des médicaments à la population touchée par cette pollution (environ 10 000 habitants qui évoluent à proximité du fleuve). Mais selon les natifs cette mesure a été suspendue quelques jours seulement après sa mise en place, Pluspetrol rétorquant que les eaux avaient été décontaminées.

Les natifs ont protesté contre la compagnie transnationale Pluspetrol, qui intervient sur leurs terres ancestrales et qui n’a pas respecté ses engagements concernant les services d’éducation et de santé censés être mis en place pour palier aux dommages causés par le déversement des 300 barils de pétrole dans le fleuve Marañón.

« Si aucune solution n’est trouvée, nous allons exiger que l’entreprise cesse une fois pour toutes ses opérations de forage et quitte définitivement notre territoire. Nous souhaitons juste engager un dialogue de bonne foi » a affirmé Dennis Pashanase, porte-parole des natifs.

Le début du conflit a coïncidé avec le malaise des indigènes amazoniens, regroupés au sein de l’Association Inter-ethnique de développement de la Forêt Péruvienne (Asociación Interétnica de la Selva Peruana ou Aidesep), confrontés à une éventuelle gelée de la loi de consultation préalable qui oblige l’État à consulter les communautés natives sur une décision politique, économique, et administrative qui les concerne directement.

La norme a été approuvée par la majorité au Congrès de la République, mais le gouvernement s’est refusé à la mettre en application et s’en est remis à l’organisme législatif avec des observations, qui selon l’Aidesep, l’empêche d’être effective.

La loi de consultation préalable, qui met en application des engagements internationaux acceptés par l’État péruvien, a été l’une des revendications émises par le peuple amazonien lors de la violente protestation de juin 2009, qui a causé la mort de 34 individus parmi lesquels des policiers et des natifs venus manifester.

Parmi les conséquences de ce soulèvement, on retrouve la condamnation du principal leader indigène, Alberto Pisango, ainsi que les jugements de 12 natifs, enfin un prêtre catholique d’origine italienne, Mario Bartolini, qui officiait dans la région de San Martín, devrait être prochainement condamné à 12 ans d’emprisonnement.

Bartolini est accusé d’avoir encouragé la révolte indigène par son élan de solidarité envers la communauté des natifs et d’avoir conduit au dénouement tragique qui a coûté la vie à une trentaine d’individus.

Région de Loreto

L’AFP a informé que, selon l’Association Inter-ethnique de développement de la Forêt Péruvienne (la Asociación Interétnica de Desarrollo de la Selva Peruana ou Aidesep) et selon un rapport émis par l’ONG l’Institut de recherche sur l’Amazonie péruvienne (Instituto de Investigación de la Amazonía Peruana), le fleuve Marañón préseantait encore d’importantes traces de contamination. Une situation confuse alors que la Direction Régionale de santé (la Dirección Regional de Salud ou Diresa) a confirmé qu’il n’y avait plus de traces d’hydrocarbures dans le Marañón et que Pluspetrol avait donc respecté ses engagements en fournissant une aide aux autochtones avant que la salubrité des eaux soit certifiée par ce même organisme.

Pluspetrol soutient qu’elle a distribué durant trois mois, un total de 1 500 tonnes d’eau et 730 tonnes d’aliments aux 84 communautés des districts de Parinari, Urarinas et Nauta, et qu’elle a également organisé des campagnes de santé dans les districts de Urarinas et Parinari.

Suite à ce blocus, entre 3 et 6 personnes ont disparu dans le fleuve, et on compte plusieurs blessés, ces violences ont eu lieu mercredi dernier entre les natifs contestataires et les passagers coincés de force sur les bateaux, selon des sources du gouvernement péruvien de Loreto.


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