Les mexicains sont fiers, avec raison, de leur patrimoine historique, l’héritage des civilisations précolombiennes est considérable et confère au pays un statut unique, celui d’un immense territoire archéologique où l’empreinte du passé côtoie la modernité. Selon des chiffres officiels, il y a près de 200 000 sites archéologiques sur le territoire mexicain, parmi lesquels les ruines et pyramides Maya au sud, les constructions de « adobe » dans la zone de Paquimé, dans l’Etat de Chihuahua au nord, et l’énorme complexe de Teotihuacán, au nord de la capitale, Mexico.

Ces traces du passé préhispanique confèrent bon nombre d’informations sur les us et coutumes de ces civilisations anciennes, de plus, les sites archéologiques sont à l’origine d’un important flux touristique, la venue de touristes étrangers est, sans conteste, un point fort dans l’économie du pays. Cependant, tout au long des siècles, les Mexicains ont compris que ce passé prolifique a un coût. Le gouvernement a admis que seuls 40 000 sites ont été enregistrés par l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (« el Instituto Nacional de Antropología e Historia »), 160 sites sont surveillés et ouverts au public. La cité de Teotihuacán est la zone archéologique la plus importante de Mexico.

La majorité des sites du pays ne bénéficie pas de surveillance, parfois ils se situent sur des territoires privés ou dans des zones reculées, et par conséquent ils sont susceptibles d’être livrés au pillage. De nombreux trafiquants extraient illégalement des artéfacts, comme de petites statuettes, des outils ou ustensiles de cuisine et les vendent pour des milliers de dollars sur le marché international de l’art. Selon le gouvernement, les objets préhispaniques continuent d’être pillés et revendus clandestinement. Or, la bataille contre ce trafic illégal est difficile à remporter, car à ce jour il n’y a pas de chiffres officiels qui permettent d’estimer le nombre de pièces issues de la contrebande.

Le Conseil International des Musées (ICOM), une association de musées et de professionnels, cherche à sauvegarder le patrimoine culturel à travers le monde, et plus particulièrement au Mexique et dans les pays d’Amérique Central qui sont « sévèrement menacés par ce trafic ».

Le trafic d’objets d’art n’est pas un phénomène nouveau sur le territoire mexicain. Les pilleurs « professionnels » sont capables de se livrer à des fouilles avec les mêmes moyens que des archéologues.

L’exemple le plus probant est le vol de « murales » de Teotihuacán, extraits du plus grand site archéologique de Mexico dans les années soixante destiné à un riche collectionneur américain, Harald Wagner. Le total de 70 « murales » a, par la suite, été exposé au musée Young de San Francisco (Californie) et bien que plusieurs murales aient été remis au Mexique dans les années 80, certains demeurent encore aux Etats-Unis.

Ces dernières années, le gouvernement a adopté des lois de plus en plus drastiques pour empêcher le trafic illégal d’objets d’art. Selon un traité international que le Mexique a signé dès 1972, l’extraction et le commerce de pièces archéologiques est strictement interdit par la loi et l’auteur du délit peut être soumis à une peine de 12 ans de prison.

Cependant, plusieurs décennies après l’adoption de cette loi, les experts assurent que la demande de pièces archéologiques ne montre aucun signe de ralentissement, les ventes de ces objets atteignent toujours des milliers de dollars, les Etats-Unis restent le premier marché pour les trafiquants d’art. Selon les autorités, le pillage archéologique commence au niveau local. Dans certains cas, le pillage est exercé par des habitants pauvres habitant dans les zones rurales qui vendent ‘occasionnellement’ des objets dérobés pour obtenir une rentrée d’argent supplémentaire. Ils revendent les pièces à des intermédiaires qui par la suite les proposent à des collectionneurs ou des marchands d’art au niveau international.

« Le problème c’est le pillage professionnel » a assuré  Enrique Vela, éditeur de la revue « Arqueología Mexicana ».

« Ce sont des gens qui ont la capacité d’effectuer des fouilles avec d’énormes moyens, parfois supérieurs à ceux des archéologues » a-t-il ajouté.
Le gouvernement fait son maximum pour démanteler ces groupes de trafiquants, en juillet passé, 180 pièces qui s’apprêtaient à partir à l’étranger ont été saisis par les autorités.

Paquimé

En 2008, le gouvernement a créé une unité interdépartementale pour gérer ces cas et établir une base de données des objets volés.
Les experts par l’intermédiaire du représentant du Conseil International des Musées, Marin Meyer, assurent que le plus difficile c’est de ne pas avoir « de statistiques concernant les vols et les pillages dans la région » ce qui empêche de savoir précisément le nombre de pièces sujettes au trafic international.

« Quand un pillage a lieu, parfois les archéologues eux-mêmes ignorent quels sont les objets volés, cela peut être des objets qui n’avaient pas encore été découverts et dont on ne saura jamais rien quant à leur origines » a-t-il ajouté.

Une « Liste Rouge » des objets identifiés et dérobés est disponible en quatre langues, elle comprend des objets du Mexique, du Belize, du Guatemala, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua, du Costa Rica et du Panamá.

Pour sa part le consultant de l’ICOM et l’ex-agent à la Police Internationale (Interpol), Jean Pierre Jouanny, a recommandé aux pays de la région (Mexique et Amérique Centrale) d’informer Interpol au plus vite dès qu’un vol a eu lieu, de créer des unités spécialisées dans le trafic d’art, et d’élaborer une base de données complète sur les objets d’art.