Le traditionnel et emblématique carnaval d’Oruro a débuté en Bolivie, ce sont 40 000 danseurs, soit 48 fraternités au total, qui depuis aujourd’hui jusqu’au 7 mars, vont faire montre de leur habilité, passion et foi, à l’occasion de cette manifestation festive et religieuse, inscrite depuis 2001 au Patrimoine Oral et Immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Oruro représente la capitale folklorique du pays, connu essentiellement pour son magnifique carnaval qui constitue l’une des plus grandes expressions culturelles d’Amérique latine et plus particulièrement pour les peuples andins.

On ne peut s’empêcher, par ailleurs, de mentionner les caractéristiques naturelles uniques que possède le département d’Oruro, entouré de volcans. On peut citer le fantastique sanctuaire aux oiseaux du lac Poopó ainsi que le parc national Sajama qui offre la forêt la plus haute du monde, ces lieux forment un ensemble écologique de toute beauté qui méritent qu’on s’y attarde.

Dans la capitale folklorique de Bolivie, ce sont 4 000 musiciens et membres de « bandas » (formations musicales) qui se réunissent pour célébrer la Vierge de la Chandeleur ou Vierge des Mines, la « Mamita del Socavón », sainte patronne des mineurs. Cette cérémonie religieuse rend hommage au métal précieux que représente l’argent et qui fit la richesse de la région durant l’époque coloniale, aujourd’hui encore les mineurs prient pour que les richesses minérales ne viennent pas à faire défaut et leur assurent ainsi du travail.

Les groupes musicaux et les danseurs s’élancent depuis la Plaza del Folklore jusqu’à l’Eglise du Socavón, et ravissent ainsi le public venu en nombre, sur un parcours de plus de quatre kilomètres, de leurs danses, musiques, et costumes colorés.

Selon les organisateurs de l’évènement, le carnaval devrait accueillir environ 300 000 touristes étrangers et boliviens dans cette ville d’altitude située à 3 700 mètres, le président de la république en personne, Evo Morales a assisté au lancement des festivités malgré les troubles sociaux qui agitent le pays sous fond de crise économique.

La célébration du carnaval, débute 40 jours avant le début des fêtes de Pâques, ce défilé rend hommage à la vierge de la Chandeleur, en effet, chaque confrérie se rend à l’église du Socavón où se tient la cérémonie de « permission et de promesse », comme le souligne le journal bolivien « Cambio ». Après cette cérémonie, les membres des fraternités promettent de danser durant trois jours consécutifs par sentiment de dévotion et pour manifester leur foi envers leur sainte patronne. Dans chaque région de ce pays sud-américain, le carnaval se célèbre de façon distincte, chaque région possédant ses propres coutumes et traditions qui reflètent la pluriculturalité de la population.

Cette année, de nombreuses associations qui participent à ces festivités ont assuré que les bénéfices engendrées par les festivités seront reversées aux 14 000 familles sinistrées par les pluies torrentielles, et glissements de terrain qui frappent le pays, et qui ont fait 52 victimes mortelles ; des précipitations diluviennes imputées au phénomène météorologique « La Niña ».

Vierge du Socavon

Le carnaval d’Oruro trouve ses origines dans les invocations ancestrales que la population andine effectue à la Pachamama, la Terre Mère, au Tío Supay (figure diabolique), force du mal qui rode dans les entrailles de la terre (et par conséquent dans les environnants miniers) et à la Vierge de la Chandeleur.

De nos jours, la foi de milliers de croyants s’exprime à travers la danse et au rythme des mélodies autochtones comme « la morenada », « les caporales », « les tinkus » et « les tobas », entre autres.

« La morenada » évoque la domination des colons espagnols sur les esclaves noirs, enlevés à leur Afrique natale pour travailler dans les mines puis dans les champs de ce pays sud-américain. Les « caporales » ont une signification similaire à la « morenada », tandis que la « Diablada » exalte la lutte entre le Bien et le Mal.

Eglise du Socavon

La capitale du folklore bolivien réunit 250 000 habitants, le faste du carnaval contraste avec l’extrême pauvreté de cette région andine, cependant même les plus pauvres souhaitent participer à cette cérémonie et n’hésitent pas à économiser des mois, ne serait-ce que pour s’offrir un masque.

Ces célébrations témoignent d’un profond syncrétisme religieux en Bolivie, les origines du Carnaval d’Oruro remontent à l’époque pré-inca, a précisé Juan Aguirre, administrateur du Musée local Museo Arqueólogico y Antropológico de Oruro . Les indigènes Urus, qui habitaient déjà la région 4 500 ans avant J-C. célébraient les divinités « huacas ».

A l’arrivée des Espagnols, et sous la domination coloniale, les autochtones ont adopté la religion catholique mais n’ont pas oublié pour autant leurs croyances ancestrales, c’est ainsi que sont nées ces manifestations syncrétiques, un métissage religieux et culturel d’une richesse incroyable.