Bolivie : Le président revendique l’accès à l’océan Pacifique

Bolivie, Politique — Par le 2 avril 2011 à 20 h 09 min

Le président vénézuélien, Hugo Chávez, a refusé jeudi de commenter la crise diplomatique entre la Bolivie et le Chili devant la revendication du président Evo Morales de présenter une requête devant les tribunaux internationaux dans le but de récupérer l’accès sur l’Océan Pacifique que son pays a perdu lors d’une guerre contre le Chili menée à la fin du XIXe siècle.

Le président du Venezuela se trouvait dans la localité bolivienne de Cochabamba (au centre du pays) dans le cadre d’une visite officielle, il a été interrogé par la presse sur ce thème polémique qui a largement affecté les relations bilatérales entre La Paz et Santiago, mais il s’est refusé à faire tout commentaire invoquant un manque d’éléments qui ne lui permet pas de porter un jugement.
Le président bolivien a averti, il y a quelques jours, qu’il aurait recours, à une date qui n’a pas été encore fixée, aux tribunaux internationaux afin de trouver une solution au conflit historique de l’accès sur l’Océan Pacifique, une annonce qui a surpris son homologue chilien, Sebastián Piñera, qui a aussitôt qualifié ces propos d’inacceptables « les prétentions de la Paz constituent une situation juridiquement inacceptable ».

« Il serait imprudent que je me prononce au vu du peu d’éléments dont je dispose » a déclaré le chef de l’État vénézuélien avant d’ajouter «  je suis convaincu que, ni le président bolivien ni le président chilien, ne souhaite entrer en conflit, c’est une évidence. Ces divergences devront être réglées de façon diplomatique ».

Le président Sebastián Piñera

Le gouvernement bolivien et les autorités chiliennes avaient rompu leurs relations diplomatiques dès 1978 après l’échec des négociations autour de la possession maritime. Toutefois, depuis 2006 les deux nations ont effectué un rapprochement et ont convenu d’un agenda qui comprend 13 points d’intérêt commun parmi lesquels l’accès sur le Pacifique.

La Bolivie a perdu à la suite de la « Guerre du Pacifique », contre le Chili, 400 km de côtes et une surface totale de 120 000 km² au profit de son voisin, ce à la fin du XIXe siècle. D’autre part le président vénézuélien a demandé au ministre bolivien et à son propre gouvernement d’accélérer la mise en place des accords signés après la première Commission d’Intégration conjointe ou I Comisión de Integración Conjunta, créée par les deux gouvernements, dans le but de favoriser la concrétisation de 18 nouveaux accords qui tournent principalement sur la production alimentaire.

« J’ai confiance au fait que tous ces accords soient rendus opérationnels en 2011 et en 2012 au plus tard » a déclaré le mandataire vénézuélien tout en soulignant sa satisfaction pour les accords signés durant sa visite officielle en Bolivie, où il a rencontré durant un long moment le président Morales. Ces nouveaux accords s’intègrent dans le cadre de la Alternativa Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América (ALBA) et du « Tratado de Comercio de los Pueblos », comme l’a souligné le président bolivien.

« Face à la politique de compétitivité, des accords que nous avons signés ce soir sont parfaitement complémentaires », des décisions qui s’inscrivent dans le cadre d’un commerce bilatéral a avancé l’agence officielle d’information ABI. La visite du président Chávez en Bolivie faisait partie d’une tournée que le chef de l’État a débuté lundi dernier en Argentine, et qui l’a également conduit en Uruguay, à la rencontre du président José Mujica. Le périple du leader de la révolution devait s’achever vendredi à Bogotá mais au vu des soucis techniques avec l’avion présidentiel, la rencontre avec le président Santos a été déplacée au 9 avril. Le pays cherche à renforcer ses liens commerciaux mais aussi ses relations diplomatiques avec le gouvernement du président en place, Juan Manuel Santos.

Le président du Chili a émis de sévères critiques à l’encontre de son homologue bolivien pour avoir « retourné sa veste » concernant la revendication de ce dernier sur l’accès maritime, il a prévenu qu’il ne ferait aucune concession à ce sujet.
« Le président Morales change d’avis toutes les deux minutes : il accorde une interview en déclarant une chose et le lendemain il en dit une autre » a assuré le chef de l’État chilien interrogé sur la chaîne TVN sur la décision du président bolivien de mener l’affaire devant les tribunaux internationaux.

« Ils prétendent faire quelque chose d’impossible (…). nous n’abandonnerons jamais un morceau de territoire si important pour le Chili » a déclaré le chef de l’État réaffirmant sa position face au leader indigène.
« Il existe des traités parfaitement valides, que se passerait-il si chaque pays commençait à remettre en question des traités signés ? » a souligné Piñera.

La Commission des Nations et des Peuples des Indigènes Natifs, des paysans, Culturas e Interculturalidad de Bolivia ont approuvé la décision du président Morales de réclamer ce pan de territoire soustrait à la Bolivie en 1879 au terme d’un conflit armé. Selon le titulaire de ce groupe législatif, le député Jorge Medina, considère comme juste la décision du président Morales de revendiquer cette sortie sur l’océan devant des tribunaux internationaux. Le 23 mars, à l’occasion de la commémoration des 132 ans de la perte de l’accès maritime, Morales a annoncé devant son peuple sa décision de s’en remettre à la justice pour obtenir ce qu’il pense être légitime.

« Notre pays a attendu pacifiquement une réponse favorable de notre pays frère, sans effet » a-t-il souligné. Le président bolivien a remercié différents secteurs de la société bolivienne pour leur soutien dans cette lutte contre le Chili. Il a également annoncé la création d’une Direction Nationale de Revendication Maritime,  « Dirección Nacional de Reivindicación Marítima » qui se chargera de défendre la demande bolivienne devant les tribunaux.

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