Selon les derniers sondages (sondage du dimanche 1er mai) le candidat de gauche nationaliste, vainqueur du premier tour aux élections présidentielles péruviennes, Ollanta Humala arriverait en tête des intentions de vote avec un avantage de 4,2 % sur la candidate de la droite populiste, Keiko Fujimori, un résultat plutôt serré à quatre semaines du second tour qui doit avoir lieu le 5 juin.

Le candidat Humala

Le candidat Ollanta Humala du parti Alianza Gana Perú enregistre 42 % du soutien populaire, tandis que sa rivale Fujimori, de la formation politique Fuerza 2011, obtiendrait 37,7 % des votes d’après un sondage effectué par l’institut Imasen au niveau national, et qui estime à 20,2 % le pourcentage d’indécis ou d’électeurs qui pourraient voter blanc.

D’autres sondages effectués la semaine dernière plaçaient également le candidat de gauche en tête avec une avance minime puisqu’il réunissait 41,5 % des intentions de vote contre 40,3 % pour la candidate Fujimori. L’institut de sondage Ipsos-Apoyo accorde au candidat Humala 42 % des intentions de vote contre 36 % pour la candidate Keiko Fujimori arrivée en seconde position lors du premier tour qui s’est tenu le 10 avril.

Des sondages qui placent certes le candidat de gauche en tête mais toujours avec une très courte avance sachant que la marge d’erreur oscille entre 2 et 2,5 %. Les jeux ne sont donc pas faits pour ce second tour des élections présidentielles alors que les résultats du premier tour avaient affolé les marchés boursiers péruviens.

La tendance qui se dégage est que la candidate Fujimori séduit davantage l’électorat de la capitale, Lima, où se concentre le tiers de l’électorat péruvien. Dans cette ville, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori récolterait 47 % des intentions de vote tandis que son rival n’obtiendrait que 30,4 % des scrutins. Le candidat Humala obtient de meilleurs scores dans les provinces puisqu’il enregistre 56,6 % des intentions de vote dans le sud du pays contre 27,8 % pour la représentante du parti nationaliste de droite, au centre du pays le candidat de gauche obtiendrait 46,4 % des intentions de vote contre 26,1 % pour sa rivale et enfin dans la partie orientale, encore une fois, il arriverait en tête avec 40,7 % des intentions de vote contre 32 % pour la représentante de Fuerza 2011 .

D’une façon générale, outre le clivage géographique qui oppose les candidats, on distingue également une répartition des voix suivant l’appartenance sociale des votants. Fujimori attire les classes moyennes et hautes de la société péruvienne (elle réunit 51,8 % des intentions de vote contre à 25,6 % pour le candidat Humala), tandis que son rival, Ollanta Huamala, séduit davantage l’électorat le plus pauvre du pays y compris la communauté indigène.

En toute logique, la candidate de 35 ans séduit l’électorat féminin tandis que son rival obtient un meilleur soutien parmi l’électorat masculin.

Conscient de l’importance que revêt l’électorat de la capitale, le candidat Humala a accentué sa campagne à Lima, hier, en traversant la zone nord de la ville. L’ancien militaire de 48 ans a pris le temps de s’arrêter sur les marchés (à Huamantanga), dans des centres commerciaux pour aller à la rencontre de son public. Il a ainsi passé près de quatre heures dans les districts de Puente Piedra et Carabayllo.
Il s’est adressé à ses sympathisants en déclarant « nous devons poursuivre la lutte contre la dictature et conforter la démocratie de notre pays. La campagne électorale a commencé il y a peu, et le 5 juin, les électeurs décideront s’ils souhaitent ou pas revenir en arrière ». Une allusion non dissimulée à l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), père de la candidate Keiko, qui purge actuellement une peine de prison pour deux chefs d’accusation : violation des droits de l’homme et détournement des fonds.

Parmi les thèmes de campagne du candidat Humala, on retrouve l’augmentation du salaire minimum à 750 soles (il est actuellement de 600 soles), la création d’un programme de financement universel des retraites pour les plus de 65 ans Pension 65, une augmentation des programmes sociaux, ou encore la diminution du prix du gaz domestique et la lutte contre la corruption. Encore une fois, le candidat a marqué sa différence avec le leader vénézuélien, Hugo Chavez, alors que ses principaux opposants l’accusent de vouloir mettre en place un modèle socio-économique similaire. Il a déclaré « Le modèle vénézuélien n’est aucunement applicable au Pérou » tout en réaffirmant sa volonté de renforcer ses liens avec le Brésil, un pays qu’il juge stratégique en raison, entre autres, de leur frontière commune.

La candidate Keiko Fujimori

La candidate du parti Fuerza 2011 a axé sa campagne contre l’insécurité, la violence et plus particulièrement contre le narcotrafic sur le territoire national et a promis d’aider les agriculteurs dans la culture de produits alternatifs et rentables.

« Je lutterai farouchement contre le trafic de drogue et je réitère mon engagement à éradiquer ce fléau, et ma volonté de mettre en place une politique intégrale à travers laquelle l’État soutiendra directement les agriculteurs en leur proposant de meilleures semences et des routes ». Elle a précisé qu’elle aiderait les cultivateurs à développer des cultures alternatives et accéder à davantage de marchés pour qu’ils puissent commercialiser leurs produits dans les meilleures conditions possibles. Elle a également affirmé qu’elle ne tolérerait aucun dérapage au sein des membres de son parti, et que toute personne soupçonnée d’être liée de près ou de loin aux narcotrafiquants serait exclue.

Le second tour des élections présidentielles aura lieu le 5 juin prochain, et l’on connaîtra enfin le candidat qui succédera à partir du 28 juillet (jour de l’investiture) pour une durée de cinq ans au président actuel, Alan Garcia. Le chef de l’Etat en poste s’est refusé à apporter son soutien à l’un des candidats conservant sa neutralité et laissant au peuple péruvien le choix d’élire son successeur en son âme et conscience. L’écrivain et homme politique Mario Vargas Llosa, prix Nobel de Littérature, a quant à lui, fait son choix, celui qui avait déclaré que les élécteurs devraient choisir entre « le cancer et le sida » faisant référence aux deux candidats en lice pour le second tour, votera finalement pour le candidat Ollanta Humala se refusant à donner son bulletin de vote à la candidate Fujimori. « Je suis personnellement convaincue qu’élire Keiko Fujimori présidente du Pérou serait l’erreur la plus grave que puisse commettre le peuple péruvien » a déclaré Mario Vargas Llosa.