Le président du Chili, Sebastián Piñera, a effectué en fin de semaine dernière une visite officielle de trois jours (du 7 au 10 juillet) au Mexique où il a pu rencontrer son homologue mexicain, Felipe Calderón, mais aussi s’entretenir avec des chefs d’entreprise. Le président Piñera, qui est confronté dans son pays à une vague de protestations étudiantes et à une chute vertigineuse de sa cote popularité, a été reçu dès jeudi par une cérémonie protocolaire dirigée par l’ambassadeur du Chili au Mexique, Germán Guerrero à son arrivée à l’aéroport international « Benito Juárez ». Cette visite a eu pour but un de renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays dans le cadre du Traité de Libre Commerce ou TLC signé en 1998 et d’accentuer les liens dans les domaines culturels mais aussi dans la lutte anti-drogue. Le Mexique et le Chili ont échangé en 2010 pour 3 899 millions de dollars, soit une croissance de 47,4 % par rapport à l’année 2009 avec un déficit de 172 millions de dollars pour le Chili. Des informations communiquées par ProChile indiquent que les exportations chiliennes au Mexique atteignent 1 863 millions de dollars, une croissance annuelle de 27,1 % tandis que les importations de produits mexicains se situent à environ 2 036 millions pour l’année 2010, ce qui équivaut à une croissance de 72,7 %.

Avant de voyager au Mexique, le chef de l’État chilien avait invité, quelques jours auparavant, depuis Santiago, le pays d’Amérique du Nord  « à regarder vers le sud » tout en soutenant son homologue de droite pour son combat contre le crime organisé. Pour ce déplacement officiel, Piñera était accompagné du ministre des Affaires Étrangères Alfredo Moreno, du ministre de l’Économie Juan Andrés Fontaine, mais aussi des parlementaires Pablo Longueira (UDI), Enrique Accorsi (PPD), Andrea Molina (UDI) ou encore Carlos Cantero (IND).

« Les narcotrafiquants sont des ennemis cruels qui ne respectent pas la vie, ni la jeunesse ni la santé des peuples et qui bénéficient de beaucoup de moyens » Sebastián Piñera

Le président chilien a exprimé dès le premier jour de son arrivée, jeudi, sa solidarité avec le peuple mexicain pour la douleur engendrée par le crime organisé et par la lutte contre le trafic de drogue. Il a déclaré que le narcotrafic était un « ennemi formidable en commun » qu’il fallait combattre avec toute la détermination de l’État et toute la force de la loi. «  Il faut le combattre avec toute la force du monde, avec toute la rigueur de la loi et ceci demande du courage et de la détermination » a déclaré Piñera.

Il a ajouté « ce n’est pas une bataille facile, on ne la gagnera pas en quelques jours mais renoncer à lutter contre le crime organisé et contre le trafic de drogue marquerait le début de la fin » tout en précisant « c’est pourquoi je souhaite exprimer ma pleine solidarité et mon soutien sans failles au peuple mexicain, dirigé par le président Felipe Calderón, dans ce combat, je l’ai d’ailleurs invité dans de précédentes déclarations à renforcer ses liens avec l’Amérique latine en termes de traités internationaux ». Le mandataire chilien s’est également opposé à la légalisation de certaines drogues afin de désamorcer le banditisme « il ne faut pas avoir honte de vouloir affaiblir le trafic de drogue car il représente seulement la mort, la douleur et la destruction » avant d’ajouter « ce n’est pas sans simple mais c’est une lutte qui vaut la peine ». Il a souligné qu’il n’était pas aisé non plus pour son pays de faire face sachant qu’il partage des frontières avec la Bolivie et le Pérou, deux pays qui à eux seuls produisent 50 % de la cocaïne au niveau mondial. Les deux nations ont souscrit en privé à la résidence de Los Pinos avec leurs équipes respectives à un ensemble de dispositions visant à renforcer leur coopération en matière de lutte anti-drogue.

Le chef de l’État arrivé jeudi en a également profité pour visiter le musée d’Anthropologie et d’Histoire où il y a remis l’ordre de Bernardo O’Higgins (la principale distinction que puisse remettre les autorités chiliennes à des étrangers) à Consuelo Sáizar, la présidente du Conseil National pour la Culture et les Arts, ainsi qu’à José Narro, recteur de l’Université Nationale Autonome du Mexique, et enfin à Joaquín Díez-Canedo, directeur général du Fond de Culture Économique (FCE). Dans son discours, il a rappelé que les recettes per capita dans son pays avoisinaient les 15 000 dollars annuels et a assuré que cette génération avait pour engagement d’en finir avec la pauvreté avant la fin de la décennie « il faut fournir un gros effort afin que nos pays, lorsqu’ils cherchent le développement, n’oublient pas que ce développement doit être intégral, il ne peut s’agir d’une croissance sélective ou d’une simple croissance matérielle car lorsque l’on ignore la partie spirituelle nous sommes sans aucun doute en train d’ignorer une part essentielle du véritable développement d’êtres humains libres » a-t-il déclaré devant les intellectuels du Mexique et du Chili.

« Le Mexique et le Chili sont deux démocraties solides qui possèdent des économies stables » Felipe Calderón

Le président chilien avait invité son homologue mexicain avant même son arrivée sur le territoire à développer davantage ses liens avec l’Amérique latine  « il faut regarder davantage vers la grande famille latino-américaine que représentent les pays au sud du río Grande (río Bravo), jusqu’à l’Antarctique » avait-il déclaré lors d’une interview exclusive accordée à l’agence Notimex.

« Dans l’unité des pays d’Amérique latine réside notre force et le Mexique est une partie essentielle de ce que représente la communauté latino-américaine » a-t-il ajouté regrettant que le Mexique s’intéresse davantage aux États-Unis. Le Chili a conscience de l’importance que les États-Unis représentent pour le Mexique alors qu’il partage 3000 km de frontière, toutefois cette proximité avec le géant nord-américain n’implique pas, selon le mandataire, qu’il faille négliger les relations avec l’Amérique latine. Plus de 80 % du commerce mexicain est réalisé avec les États-Unis, selon des chiffres officiels, bien que les autorités mexicaines recherchent davantage de partenaires en la matière.

En janvier 2006, le Mexique et le Chili ont signé un Accord d’Association Stratégique (Acuerdo de Asociación Estratégica) afin de promouvoir la coopération commerciale, un accord qui devrait recevoir une nouvelle impulsion après la rencontre entre les deux chefs de l’État. Le président chilien et le chef de l’État mexicain se sont engagés à renforcer leurs relations commerciales dans les domaines agro-pécuaires, forestiers et miniers, mais aussi dans le secteur des énergies renouvelables, ainsi qu’à développer les liens culturels entre leurs deux nations et favoriser de cette façon la prospérité du peuple chilien et mexicain.

« Le Mexique et le Chili n’avanceront pas seuls mais ensemble, plus rapidement et plus efficacement, non seulement pour le bien de leur pays respectif mais aussi pour toute la région de l’Amérique latine » a déclaré le président mexicain Calderón.

« Le Mexique et le Chili sont les pays les plus ouverts d’Amérique latine avec plus de 40 accords commerciaux pour chacun d’eux » a souligné Piñera, cependant cela n’a pas permis aux deux pays d’enrayer la pauvreté et le sous-développement. Après moult réunions et discussions, les deux chefs de l’État se sont accordés un petit moment de détente en visitant samedi les pyramides de Teotihuacan, où le président mexicain au milieu des vestiges pré-hispaniques a déclaré « dans le domaine du commerce, dans les échanges culturels, en politique, et face à la responsabilité qui nous incombe devant notre chère région latino-américaine, nous sommes absolument sur la même longueur d’onde. Nous sommes des pays alliés, nous sommes des pays amis ». Les chefs de l’État ont visité les ruines archéologiques après avoir assisté à l’inauguration du Mundo Fútbol et au Salón de la Fama Internacional de Fútbol, au sein de l’école sportive du club de Pachuca, une ville située au centre du pays. Ils ont ainsi foulé la pyramide de la Lune et ont marché par la Calzada de los Dioses, accompagnés par le directeur de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH), Alfonso de María y Campos.

En accueillant son homologue Sebastián Piñera, le président Felipe Calderón a assuré que le Chili était un exemple de démocratie et un modèle d’économie dynamique et qu’il existait entre les deux nations une véritable alliance et amitié.

(Article rédigé par Aline Timbert)