La confédération syndicale CSUTCB, La Confederación Sindical Unica de Trabajadores Campesinos de Bolivia, est intervenue en faveur du gouvernement afin que les communautés indigènes évoluant au sein du Parc National Isiboto-Sécure (TIPNIS ou Territoire Indigène et Parc National d’Isiboro Sécure) acceptent de dialoguer avant d’entreprendre une marche protestataire visant à s’opposer à la construction d’une route passant sur leur territoire. En effet, le gouvernement du président Evo Morales a validé la construction d’une route reliant Villa Tunari (à Cochabamba) à San Ignacio de Moxos (au Beni), qui devrait être achevée en 2014 dans le but de développer le réseau de communication dans la région amazonienne.

Les indigènes du parc naturel TIPNIS

Les peuples du TIPNIS et des organisations indigènes, parmi lesquelles la Confédération des Indigènes de l’Oriente Bolivien (CIDOB) ou encore le Conseil National de Markas del Qollasuyo (CONAMAQ) ont annoncé une manifestation interdépartementale pour la date du 15 août, les protestataires partiront de Villa Tunari, située dans le département de Cochabamba, jusqu’au centre politique et siège du gouvernement, la ville de La Paz.

Roberto Coraite, secrétaire exécutif à la CSUTCB a affirmé « nos frères du TIPNIS sont en droit de revendiquer et de manifester leur désaccord, toutefois nous considérons qu’il n’est pas correct de prendre des mesures radicales durant une période de changements favorable à tous et non pas à une élite, de fait la meilleure façon de régler les problèmes est de s’asseoir autour d’une table et dialoguer » (…) avant d’ajouter « nous devons faire la différence entre les politiques de l’État visant au développement de tous et la défense d’intérêts de certains secteurs qui prétendent faire du profit avec la construction de la route dans la zone de TIPNIS » (..) ».

« Nous pouvons penser qu’il peut y avoir beaucoup d’enjeux derrière ce projet, comme l’intention de porter préjudice à la construction de cette route, pourtant tellement attendue pourtant pour relier la vallée ‘cochabambina’ [de Cochabamba] et l’Amazonie ». Coraite défend sans détours la politique du gouvernement socialiste ce qui atteste de la division latente entre les organismes sociaux mécontents, d’une part, la CSUTCB ou du moins une grande partie de celle-ci qui reste fidèle à la politique défendue par le Mas, et d’autre part, des organismes qui s’opposent clairement au projet défendu par le gouvernement en place parmi lesquels la CIDOB et la CONAMAQ qui avaient pourtant apporté leur soutien au président lors de l’élection de 2005. Les indigènes de l’Altiplano bolivien ont annoncé aujourd’hui deux août qu’ils se joindraient au mouvement de contestation menée par les indigènes amazoniens contre la construction de cette voie financée par le Brésil et qui doit traverser, sur plus d’une centaine de kilomètres, une réserve naturelle.

Le Conseil National des Ayllus et Markas del Qollasuyu soit El Consejo Nacional de Ayllus y Markas del Qollasuyu (Conamaq) qui regroupe les indigènes aymaras, communauté à laquelle appartient le président Morales, a annoncé qu’elle se joindrait à la protestation des 34 peuples amazoniens qui visent à réclamer « le respect des droits des peuples indigènes reconnus dans la Constitution » comme l’a souligné l’un des dirigeants, Rafael Quispe. Ce dernier exige que le gouvernement respecte le droit concédé aux peuples autochtones de « consultation préalable » concernant le projet qui doit être concrétisé sur leur territoire, une loi prévue dans la Constitution en vigueur depuis 2009.

Le président Evo Morales

Le chef de l’État nationaliste, lui-même d’origine indigène, a annoncé qu’il consultera les ethnies mais qu’en aucun cas il ne freinerait la construction de la route qui doit être complètement opérationnelle en 2014. Une déclaration, sans concession, qui a accentué le mécontentement des indigènes et des défenseurs écologistes.

Le président Morales a inauguré, en juin dernier, la construction de la route qui atteindra une longueur de 300 km. Les travaux réalisés par l’entreprise brésilienne OAS ont nécessité l’investissement de près de 415 millions de dollars, dont 332 millions financés par le Brésil, un crédit accordé par la Banque Nationale de Développement Economique et Social (el Banco Nacional de Desarrollo Económico y Social ou BNDES) du pays lusophone.

Cette nouvelle voie de communication s’inscrit dans le cadre d’un futur projet de « couloir bi-océanique » prévu pour relier le port de Santis au Brésil situé sur le versant Atlantique avec celui de Iquique (Chili) sur le versant Pacifique.

Leader indigène Rafael Quispe

Les communautés indigènes qui vivent dans la réserve naturelle de Isiboto-Sécure craignent que le projet provoque la déforestation et la destruction de la biodiversité et qu’il ne favorise l’expansion de cultures illégales de la feuille de coca (une exploitation dont les quotas sont réglementés par l’État et destinés à la consommation légale pour éviter toute forme de dérive), des informations révélées par le président de la Confédération des Peuples Indigènes de l’Oriente Bolivien, Adolfo Chávez. Il a également annoncé que si le gouvernement ne respectait pas le droit de « consultation préalable », il aurait recours au tribunal constitutionnel afin de dénoncer cette violation fondamentale « des droits des peuples indigènes » devant les instances internationales (il n’a pas précisé lesquelles).

Il a ajouté que la seule façon de résoudre le conflit consisterait à dévier les passages de la route afin que celle-ci ne traverse pas le parc. Le parc naturel, créé en 1965, est reconnu comme « un territoire indigène » depuis 1990, il se situe entre les régions de Cochabamba (au centre du pays) et le Beni (au nord-est du pays), il s’étend sur une superficie de 12 000 km², la réserve qui est habitée par environ 7 000 individus, dispersés sur 53 communautés indigènes abrite en son sein 714 espèces animales et plus de 400 espèces de fleurs, l’on estime également que près de 3 000 espèces de plantes n’ont pas encore été répertoriées. Les producteurs de coca du Chapare, une région adjacente à la réserve naturelle qui est le fief syndical et politique du président, ont pris la défense du projet soutenu par le gouvernement, en assurant que cela permettrait le développement économique du pays et, par conséquent, l’amélioration des conditions de vie de ses habitants. Les autorités affirment que la marche des indigènes est injustifiée et qu’elle a été inspirée par des organisations non gouvernementales à « des fins politiques », une accusation que réfutent en bloc les natifs.

Le ministre des Travaux Publics, Walter Delgadillo, a expliqué que la construction de la route se justifiait par une nécessité de communication et d’intégration, et que s’il fallait s’en remettre uniquement aux organisations écologistes de la région et aux indigènes, le pays finirait par se contenter de « contempler la nature ».

« S’ils étaient cohérents, ils devraient s’opposer aux mines, aux puits, aux centrales hydroélectriques, et nous devrions nous contenter de regarder la nature » a affirmé Delgadillo qui remet en question la campagne mise en place au niveau international en soutenant que les États-Unis et les pays européens sont les premiers à contaminer l’environnement. « À présent ils nous disent de regarder la planète, de constater qu’elle a des problèmes, de prendre soin de nos forêts sinon toute l’humanité risque de mourir » avant d’ajouter  » ils nous obligent à être leurs gardes forestiers pour qu’ils puissent vivre bien, alors qu’ils ont détruit le monde et ne nous autorisent pas à construire ce que nous devons construire ». Le ministre a ajouté « ils ne peuvent pas nous obliger à nous contenter d’une relation contemplative avec la nature » tout en soulignant que le président se battait fermement depuis des années pour préserver les droits de la Terre-mère, la Pachamama, et qu’on ne pouvait pas l’accuser à ce titre de ne pas respecter l’environnement.

« La route n’est pas un fléau mais une facilité pour la vie quotidienne. De fait, je suis convaincu que ces secteurs comprendront finalement qu’il faut absolument la construire » a soutenu Delgadillo. Ce dernier a affirmé que la Bolivie se devait d’améliorer les conditions de vie de ses citoyens et de générer de la croissance. Le président bolivien en a appelé aux populations de sa région natale du Chapare afin qu’elles persuadent les populations réfractaires du bien-fondé de cette voie de communication terrestre.

La construction de cette route a débuté au mois de juin, elle se divise en trois tronçons, le premier et le troisième bénéficient d’ores et déjà d’une autorisation environnementale tandis que le second (un tronçon de 177 kilomètres) est en stand-by en raison de l’opposition des Indiens du TIPNIS à donner leur aval à ce projet d’urbanisation qui traverse leurs terres.

(Article rédigé par Aline Timbert)