Dans son dernier rapport, la Direction de Gestion des Risques de Colombie (la DGR) fait état de 4 181 000 sinistrés dans ce pays sud-américain en raison des crues, des inondations, et glissements de terrain qui ont ravagé la Colombie pendant plusieurs mois entre la fin d’année 2010 et le premier semestre 2011 (29 départements sur 32 ont été affectés par ces intempéries imputées au phénomène climatique la Niña).

Selon un dernier bilan émis par les autorités colombiennes, le nombre de morts survenus durant la saison hivernale 2010-2011 (la pire saison des pluies que la Colombie ait connu entre avril 2010 et mai 2011) s’élève à 486, tandis que le nombre de blessés est estimé à 595, à ces chiffres s’ajoutent 43 disparus. Après un dernier recensement, le nombre de maisons sévèrement endommagées par des glissements de terrain ou inondations a été revu à la hausse passant d’une estimation de 537 000 à 550 350. Les pluies, qui ont connu une accalmie au mois de juin, se sont réactivées depuis quelques jours en raison de la présence d’un front froid dans la zone caraïbe qui cause des tempêtes accompagnées de fortes rafales dans plusieurs régions du pays.

Face aux destructions engendrées par l’intensité des intempéries survenues jusqu’au printemps, la Colombie a accueilli des experts de 28 pays de la zone caraïbe afin de recevoir de précieux conseils et de prendre les mesures nécessaires pour se protéger au mieux de ces phénomènes pluvieux dévastateurs mais aussi pour venir en aide, de la façon la plus efficace qui soit, aux communautés affectées.

Ricardo Lozano, directeur de l’Ideam

Le directeur de l’Institut d’hydrologie et des études environnementales (Ideam), Ricardo Lozano, a déclaré qu’une nouvelle vague pluvieuse pourrait survenir dès le mois d’octobre accompagnée, encore une fois, de fortes précipitations susceptibles d’être à l’origine d’importantes inondations et de glissements de terrain. « Nous allons connaître des conditions particulièrement difficiles au mois d’octobre qui est un mois généralement très pluvieux, influence de la Niña ou pas. Il est indispensable que les autorités territoriales prennent des mesures préventives car de nouvelles pluies diluviennes et des glissements de terrain sont attendus ». Des précipitations d’autant plus menaçantes que le terrain est particulièrement fragilisé par le précédent épisode pluvieux, et que les terres regorgent d’eau.

À l’heure actuelle, des milliers de personnes sont encore hébergées dans des abris provisoires à travers la Colombie « il est important de poursuivre le travail d’évacuation des eaux stagnantes à travers le territoire ». Les régions caraïbes et andines, qui ont été frappées par des pluies sept fois supérieures à la normale, devraient être encore les plus touchées par ce nouveau front d’intempéries, a précisé le Ideam. La Colombie est un pays montagneux au climat tropical qui a pour habitude d’affronter deux saisons pluvieuses, la première d’avril à juin et la seconde d’octobre à décembre. Entre la fin 2010 et jusqu’au mois de juin 2011, il a quasiment plus sans discontinuer en Colombie.

Le fonctionnaire Ricardo Lozano a averti que les précipitations seraient particulièrement actives dans la région caraïbe, en particulier dans les régions de Antioquia et Santander, ce qui pourrait engendrer de nouvelles crues de fleuves et des glissements de terrain, deux phénomènes particulièrement destructeurs. Le Ideam prévoit également des ondes tropicales dans le centre du pays, ce qui apporterait davantage d’eau aux fleuves Magdalena et Cauca qui ont déjà causé des problèmes majeurs durant le premier semestre de 2011.

« Les inondations sur les côtes caraïbes et Atlantique n’ont pas été causées par les pluies tombées dans cette région mais par les précipitations enregistrées à Antioquia, Santander et Cundinamarca, c’est-à-dire en haute montagne mais le fleuve qui accumule toute l’eau en amont engendre de graves problèmes dans les bassins (en aval) » a précisé Lozano.

« Durant le phénomène météorologique la Niña, le pays a enregistré des pluies six à sept fois supérieures à la normale, et il faudrait un long épisode de sécheresse comme le phénomène « El Niño » pour que le territoire puisse récupérer », a-t-il ajouté.

Certaines voies nationales demeurent encore totalement fermées à la circulation, parmi lesquelles Guaduas – Honda à Cundinamarca, Pueblo Nuevo – Bosconia à Magdalena et Necoclí Arboletes à Urabá. Des fermetures sont également programmées à Antioquia sur la voie Medellín – Bogotá, à Boyacá sur la route Sogamoso – El Crucero – Aguazul, à Risaralda sur le tronçon Santa Cecilia – Pueblo Rico et à Huila sur les voies Candelaria – Laberinto et Suaza – Florencia. Le commandant de la police routière, le général Rodolfo Palomino, on a appelé la plus grande prudence des conducteurs les incitant à ne pas se déplacer de nuit ou lorsqu’il pleut pour plus de sécurité.

Le directeur du Département de Planification Nationale, Hernando José Gómez, a souligné que la vague hivernale a provoqué des dommages estimés à 8,6 billions de dollars, selon un rapport émis par le BID et la Cepal en février « Nous attendons encore les résultats définitifs mais au vu des dégâts occasionnés le coût des réparations est estimé à 10 billions de dollars ».

Ces prévisions plutôt alarmistes interviennent alors que la capitale Bogotá a accueilli le 5 août le II Congrès National sur le climat qui a pour but d’aborder les nouveaux phénomènes climatiques liés au réchauffement climatique mondial.

(Article rédigé par Aline Timbert)