Colombie : La communauté indigène nasa s’oppose à l’armée et à la guérilla des Farc à Cauca

Colombie, Politique — Par le 23 juillet 2012 à 13 h 50 min

En Colombie, la communauté indigène Nasa-Paez, a réclamé au gouvernement l’expulsion des forces armées régulières de leur territoire et ont exigé des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) qu’elles abandonnent leurs actions illégales dans la région de Cauca.

Les indigènes ne veulent plus être les victimes collatérales du conflit qui oppose les forces de l’ordre colombiennes aux guérilleros et ils exigent de fait que leurs terres soient définitivement libérées. Le leader de la communauté nasa, Feliciano Valencia, du Conseil régional indigène de Cauca, a déclaré « nous demandons à ce que tous les hommes en armes quittent notre territoire, nous allons en assurer le contrôle, nous le revendiquons, car nous l’avons démontré ». Le porte-parole indigène a déclaré à la presse nationale et étrangère que les membres de sa communauté exigeaient le retrait des FARC et de l’armée de leur territoire sacré « ne pénétrez pas dans les foyers des gens, ne vivez pas sur nos terres et n’installez pas d’infrastructures militaires sur nos territoires », a déclaré le leader.

indigènes nasa contre l’armée

De son côté, le gouvernement a réitéré que les forces de l’ordre continueraient à accomplir leur mission à Cauca refusant une éventuelle médiation proposée par l’ex-magistrat espagnol Baltazar Garzón « Baltazar Garzón ne représente pas le gouvernement, nous le respectons, mais cette médiation n’existe pas », a affirmé le ministre de la Défense, Juan Carlos Pinzón. Mercredi, les représentants des communautés autochtones ont montré leur détermination en occupant le campement militaire de Huasanó, situé entre les municipalités de Toribío et Caloto, et ont délogé les effectifs. Selon des informations communiquées par Caracol Radio, un groupe imposant d’indigènes (plusieurs centaines d’individus) a fait irruption sur le campement militaire et ont délogé violemment les quelque 200 militaires déployés sur les lieux en saccageant le campement. Des renforts ont été dès lors envoyés pour reprendre le contrôle de la base en ayant recours « à des moyens autorisés par la loi », comme l’a souligné le général Jorge Nieto, commandant régional numéro quatre de la Police nationale. Les autorités ont finalement repris le contrôle de la base militaire et des installations de télécommunication.

Depuis deux semaines, les forces de l’ordre et les Forces armées révolutionnaires de Colombie s’affrontent à Cauca après que la guérilla ait lancé l’une de ses pires offensives dans le département. Par conséquent, les indigènes sont intervenus en réclamant la fin des hostilités et l’abandon pur et simple de la part des guérilleros et des militaires de la région. Le ton est monté d’un cran cette semaine alors que des natifs de la municipalité de Toribío, la plus affectée par la violence, ont commencé à démanteler des campements de l’armée et de la police tout en délogeant avec détermination les militaires en mission. Dans ces circonstances tendues, le président colombien, Juan Manuel Santos, a averti qu’il ne démilitariserait pas le moindre mètre carré du territoire de Cauca, ni du reste du pays, s’opposant clairement aux volontés des indigènes.

Le chef de l’État a toutefois fait savoir que s’il n’était pas prêt à négocier sur ce point, il souhaitait néanmoins améliorer le quotidien des indigènes en leur proposant un meilleur accès aux soins, à l’éducation et à l’emploi à travers le plan d’investissement réalisé en faveur de la région de Cauca. De leur côté, les indigènes souhaitent que leur autonomie sur leur territoire soit respectée, telle qu’elle est spécifiée dans la Constitution de 1991.  » Le gouvernement est flou », a assuré Valencia lors d’une interview précisant que les indigènes exigeaient que le président de la République mette fin  » à la campagne de diffamation » qui associe les nasa aux FARC, qu’il ne condamne pas ceux qui ont participé à l’expulsion de la force publique de leur campement et qu’il assume enfin le dialogue. Les tensions n’ont fait qu’accroître avec la mort de Fabián Cuetía, un natif âgé de 22 ans, qui a reçu une balle tirée par les soldats dans la zone de Caldono, une victime que l’armée a bien voulu reconnaître. « C’est une situation que nous ne devrions pas connaître, cela fait quasiment deux ans que nous demandons au gouvernement national de dialoguer sérieusement sur la présence des forces militaires sur nos territoires ». « De la même façon, nous avons demandé à la guérilla qu’elle respecte notre autonomie et qu’elle abandonne la région », a-t-il ajouté. Le gouverneur de Cauca, Temístocles Ortega, a assuré, de son côté, que le dialogue avec l’organisation Acín (Association des calbidos du nord de Cauca) avançait à un bon rythme. Rien qu’à Toribío, le conflit armé a fait quelque 3000 déplacés parmi la population civile.

L’expulsion de plus de cent soldats de la base militaire de Berlín a fait suite à la destruction de barricades et de tranchées mises en place par des policiers de Toribío. Certains habitants de Cauca affirment que les nasa sont infiltrés par les FARC, ce qui a été démenti par le maire de Toribío, le représentant nasa Ezequiel Vitonás. Les nasa compte à peu près 100 000 individus localisés dans le nord de Cauca.

En milieu de semaine, des nasa ont capturé quatre guérilleros présumés, trois adultes et un mineur âgé de 16 ans, et samedi 21 juillet les représentants de la communauté ont fait le choix de châtier les membres présumés des FARC les accusant « de faire courir un risque à la communauté » et de mettre à mal « l’harmonie », une décision légitimée par le leader, Marcos Yule. Concrètement, les adultes ont reçu près de 30 coups de fouet et le plus jeune d’entre eux, 10 coups. La décision a été prise à l’unanimité lors d’une audience réunissant un millier de représentants indigènes de la communauté nasa. Le procès a duré près de 3 heures et se base sur une juridiction indigène en vigueur en Colombie, comme le stipule la constitution de 1991, qui reconnaît également l’autonomie des communautés indigènes.

Après « el remedio » (« le remède »), les quatre terroristes ont été remis à leurs familles respectives afin qu’ils prennent rapidement la décision d’abandonner les Farc, dans le cas contraire, ils leur demandent expressément de quitter le territoire indigène.

Cauca est la région de Colombie la plus touchée par le conflit armé depuis près de 25 ans, il s’agit d’une zone gangrénée par le trafic de drogue, un lieu stratégique qui offre une sortie vers l’Océan Pacifique.

administration du remedio

Les présumés guérilleros ont été capturés alors qu’ils prétendaient agir à l’encontre de la population, tous portaient au moment de leur capture des charges explosives, des fusils et des pistolets. Pour les nasa « los remedios » (« les remèdes ») infligés ne sont pas des châtiments, mais des actions qui permettent de « réharmoniser » de nouveau leurs relations avec la communauté et d’ôter « les mauvaises énergies ».

La rétention des rebelles survient alors que la communauté réclame du gouvernement le retrait des forces armées régulières, et celle des guérilleros marxistes qui occupent leurs terres sacrées.

Bien que les communautés autochtones du Cauca revendiquent leur droit à lutte à défendre leurs territoires contre la guérilla, les autorités nationales ont ,ces dernières semaines, émis des allégations selon lesquelles certains groupes indigènes seraient directement liés au mouvement subversif. Un colonel de la Police de Cauca a déclaré qu’il avait des preuves flagrantes de complicité ajoutant que 95% des personnes arrêtées pour maintenir des liens avec les Farc sont d’origine indigène. « Certains, et non pas tous, ont la mission d’infiltrer les communautés et les organisations pour servir leur dessein », a-t-il indiqué.

Les tensions à Cauca sont toujours vives, et la communauté nasa souhaite s’entretenir directement avec les Chef de l’Etat « Nous exigeons le droit à l’autonomie, les droits ne sont pas négociables, les droits s’exigent et se font respecter, le droit à contrôler nos territoires, le droit à choisir notre mode de vie », affirmé Feliciano Valencia, leader du Consejo Regional Indígena del Cauca.
Survival (organisation qui défend les droits des natifs à travers le monde)a écrit au président Juan Manuel Santos, le priant qu’il résoude avec son gouvernement le conflit dans les plus brefs délais afin de mettre fin aux menaces qui pèsent sur la vie des indigènes dans cette région andine marquée par la violence.

(Aline Timbert)


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