Le président sortant du Venezuela, Hugo Chávez, a été réélu à la tête de l’État sud-américain pour un mandat de six ans, après sa victoire incontestée, dimanche 7 octobre 2012, dans les urnes, contre son rival Henrique Capriles. Le leader de la révolution bolivarienne a remporté 7 444 082 des suffrages (54,42 % des votes) tandis que le candidat de l’opposition a réuni 6 151 544 votants (44,97 % des voix).

Le chef de l’état reconduit dans ses fonctions depuis 1999 grâce au soutien des plus pauvres, a qualifié sa victoire de « parfaite » et a félicité l’opposition pour son fairplay puisqu’aucune contestation n’a été émise, il en a également appelé à Dieu afin qu’il lui prête vie et le maintienne en bonne santé, lui qui ces derniers mois a fait face à un cancer. Diagnostiqué en juin 2011, Hugo Chávez a subi plusieurs interventions chirurgicales pour ôter une tumeur cancéreuse dans la région pelvienne et a subi quatre cycles de chimiothérapie et six de radiothérapie pour vaincre la maladie, convalescent il s’est montré beaucoup moins présent et fougueux durant la campagne électorale. Cependant, son charisme et son sens persuasif ont su faire oublier un état de santé chancelant qui n’a pas toujours été évoqué avec honnêteté et transparence ces derniers mois. 

« Je m’engage à être chaque jour un meilleur président de ce que j’ai pu être tout au long de ces années », a affirmé le chef de l’État devant ses partisans galvanisés par cette nouvelle victoire.

« Cela a été une journée mémorable, c’est pourquoi du plus profond de mon coeur je vous remercie et demande à Dieu qu’il me prête vie », a déclaré Chávez devant une foule en liesse réunie devant le « balcon du peuple » au palais de Miraflores à Caracas. Le président du Venezuela, âgé de 58 ans, a accédé au pouvoir en 1999, il a félicité l’opposition pour avoir reconnu les résultats et a invité ses adversaires politiques au dialogue « je félicite l’opposition, car elle a reconnu la vérité, elle a reconnu la victoire du peuple », a-t-il affirmé.
il a salué une « bataille (électorale) parfaite sur toute la ligne, une bataille démocratique ». Il a tenu à préciser que cette victoire était celle de l’Amérique latine en déclarant « aujourd’hui c’est l’Amérique latine, les Caraïbes, les peuples de notre Amérique qui ont gagné avec la victoire du peuple vénézuélien ».

« Je m’engage devant vous à un être meilleur président que je ne l’ai été ces dernières années », a promis Chávez

Partisans de Chavez

Le mandataire soutenu corps et âme par les classes les plus populaires du pays a souligné que de nombreuses choses positives s’étaient déroulées au Venezuela et, a de nouveau assumé le poids de l’héritage du héros de l’indépendance Simon Bolivar en affirmant que cette victoire permettait de conserver le bien le plus précieux que constitue l’autonomie et a promis que jamais plus le Venezuela ne subirait le néolibéralisme. Hugo Chávez peut se targuer d’une véritable mainmise électorale puisqu’il a remporté 20 états sur 23 que compte le pays « C’est un triomphe sur toute la ligne de bataille ». Le combat était certes inégal entre un leader socialiste omniprésent dans les médias et un candidat de l’opposition tentant de se faire entendre !

« Nous avons démontré que notre démocratie est l’une des meilleures démocraties au monde », a proclamé le président de la République avant d’en appeler « à ceux qui promeuvent la haine et le venin social » de « reprendre la voie du dialogue et du débat ». Le nouveau mandat débutera le 10 janvier 2013, et le président n’a pas manqué de remercier avec entrain le peuple pour ce renouvellement de confiance aux plus hautes fonctions, il a posté le message suivant sur son compte Twitter en apprenant sa réélection « Merci à mon peuple bien-aimé !!!! Vive le Venezuela!!!! Vive Bolivar!!!! ».

« Les 7 millions de Vénézuéliens qui n’ont pas voté pour moi peuvent aussi compter sur moi », a déclaré Capriles

Henrique Capriles

De son côté Henrique Capriles, quadragénaire pimpant, a reconnu sans ambiguïté sa défaite rappelant que « pour savoir gagner, il faut savoir perdre. La voix du peuple est sacrée.» Cependant il est à noter que jamais l’opposition, qui prône par ailleurs un projet de libre entreprise, n’avait été aussi forte et elle constitue aujourd’hui une puissance qu’il faudra indéniablement prendre en compte, un programme certes éloigné du modèle défendu par le mandataire, mais qui a su réunir un peu plus de 6 millions d’électeurs. En 2006, Chávez avait remporté l’élection avec 62 % des votes tandis que l’opposition concentrait 36 % des suffrages. « J’espère que le mouvement politique au pouvoir depuis quatorze ans réalise que près de la moitié du pays n’est pas d’accord avec lui », a a fait remarquer le candidat forcément déçu, mais néanmoins lucide de la Mesa de Unidad Democrática (MUD), Henrique Capriles. Une opposition qui a taclé les problèmes liés à l’insécurité et à la violence (un pays qui détient le taux de meurtre le plus important du monde), une inflation à 18%, la multiplication des coupures de courant et qui a aussi dénoncé la corruption dans les services publics.

Parmi les réussites du chavisme, il y a bien sûr les avancées sociales comme les améliorations en matière de protection sociale, d’accès à la santé et à l’éducation ainsi que la réduction de la pauvreté, qui a permet de réduire l’écart entre les plus démunies et les classes les plus hautes.

« C’est la plus forte contestation à laquelle il ait eu à faire face depuis les débuts de sa carrière politique », a souligné David Smilde, spécialiste du Venezuela à l’Université de la Géorgie et auteur d’un livre sur Hugo Chávez.

Jose Miguel Insulza de l’OEA

L’influence de la forte tête Hugo Chávez sur les pays socialistes du bloc latino-américain, principalement  la Bolivie d’Evo Morales, l’Équateur de Rafael Correa et, bien sûr, Cuba, a fréquemment irrité les États-Unis, principal socle commercial de ce pays sud-américain. Le Venezuela est le quatrième exportateur de pétrole aux États-Unis et malgré cette relation économique étroite les deux pays ne sont guère des alliés, Chávez dénonçant l’impérialisme nord-américain à tout bout de champ. Le pétrole est un secteur clé de l’économie vénézuélienne, et représentent 95 % des exportations, cette politique du « tout pétrole » a  de lourdes conséquences puisqu’elle induit une dépendance totale aux importations. Le pays achète tout ou presque pour sa consommation courante à l’étranger.

« Nous avons nos divergences avec le président Chávez mais nous félicitons le peuple vénézuélien pour un processus qui a inclus un fort taux de participation [ estimé à 80,94%] », a déclaré à des journalistes le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney.

Après l’annonce des résultats officiels, Cuba, l’Équateur, la Bolivie, l’Argentine, la Chine, le Mexique et l’Espagne ont été les premiers pays à féliciter le président pour son mandat obtenu jusqu’en 2019. Certains pays comme l’Allemagne et l’Argentine ont appelé, selon Notimex le président a mené une « gestion responsable » du Venezuela.

Le président de la République français a félicité le président Hugo Chávez pour sa victoire et lui a adressé, en son nom et au nom du peuple français, ses félicitations et « voeux de succès dans l’accomplissement de sa mission ». Le communiqué de l’Élysée fait également mention « du bon déroulement du processus électoral qui a permis au peuple vénézuélien d’exprimer son choix dans le pluralisme et en toute liberté » ajoutant « La France est désireuse de poursuivre le développement de son dialogue, de sa coopération et de ses échanges économiques avec le Venezuela, partenaire important en Amérique latine avec lequel elle entretient de longue date des relations amicales ». Le processus électoral a été exempt d’actes de violence et s’est caractérisé par un taux de participation record dans ce pays de 29 millions d’habitants (en accord avec le recensement 2011). Le secrétaire général de la OEA (Organisation des États Américains), José Miguel Insulza, a félicité Hugo Chávez pour sa victoire et le peuple vénézuélien pour cette « journée électorale exemplaire ». 

Hugo Chávez est désormais prêt à mette en action au sein d’une société divisée, son programme de « socialisme du XXIe siècle », reste une inconnue, est-il guéri de son cancer comme il ne cesse de le clamer depuis plusieurs semaines ? Incontestablement diminué physiquement malgré sa volonté de donner le change tout au long du processus électoral, sa disparition prématurée dans les trois prochaines années induirait un nouveau scrutin présidentiel que l’opposition, en l’absence d’un successeur désigné et d’une figure charismatique, aurait toutes les chances de remporter. S’il venait à décéder pendant les deux dernières années, c’est le vice-président (nommé par le président) qui assumerait l’intérim jusqu’aux élections suivantes.

(Aline Timbert)