Le président de Bolivie, Evo Morales, a nommé, fin octobre, le très médiatique acteur et réalisateur américain Sean Penn « ambassadeur des nobles causes boliviennes » de son pays afin qu’il promeuve au niveau international différentes requêtes comme la revendication maritime contre le Chili, la légalisation de la feuille de coca devant l’ONU, ou encore l’extradition de l’ancien président Gonzalo Sánchez de Lozada des États-Unis.

Selon le ministre à la Présidence, Juan Ramón Quintana, le chef de l’État a sollicité Sean Penn pour qu’il devienne un « interlocuteur » privilégié de son pays devant les « acteurs de la politique internationale » en ce qui concerne la revendication sur l’accès à l’océan Pacifique perdu il y a plus de 130 ans après une guerre contre le Chili, conflit connu sous le nom de Guerre du Pacifique. La paix entre le Chili et la Bolivie a été signée en 1904, cependant le traité de paix reste une source de tensions diplomatiques entre les deux pays, la Bolivie avait perdu tout accès à l’océan Pacifique. Le «retour à la mer» est un véritable leitmotiv en Bolivie inscrit dans la Constitution, et une cause nationale régulièrement revendiquée par les autorités.

« La voix de M. Penn est importante pour sensibiliser, informer et convaincre ceux qui sont liés à ces causes historiques de l’état plurinational », a déclaré le fonctionnaire.

Le chef de l’État socialiste a également demandé à l’artiste, qui lui a rendu visite pour la seconde fois à la Paz en moins d’un an, d’appuyer l’initiative bolivienne devant les Nations unies qui prône la dépénalisation de la mastication de la feuille de coca, une tradition ancestrale appelée “acullico” et perpétuée par les communautés indigènes des Andes. La feuille de coca est utilisée depuis des siècles dans les régions andines, bien avant la Conquête espagnole elle accompagnait déjà les rituels, puis pendant la colonisation sa consommation s’est répandue parmi les mineurs, en effet la feuille « sacrée » est réputée pour posséder des vertus énergisantes et coupe-faim. Elle permettait donc d’affronter éprouvantes conditions de travail.

Pour rappel cet état d’Amérique du Sud avait présenté à la fin du mois de décembre 2011 une demande de réadmission à la Convention antidrogue de 1961 auprès des Nations Unies en émettant néanmoins des réserves sur le recours à la mastication traditionnelle de la feuille de coca, deux jours avant que n’entre en vigueur, de façon officielle, la dénonciation de l’accord.

La Convention (article 49) interdit la consommation des feuilles de coca du fait qu’elles contiennent des alcaloïdes, une substance qui sert de matières premières à l’élaboration de la cocaïne. Dans sa requête du 29 décembre, celui que l’on considère comme le défenseur des cocaleros (cultivateurs de coca), Evo Morales, a souligné qu’il était incompatible d’interdire la mastication de la feuille de coca du fait que la Constitution bolivienne reconnaît l’usage traditionnel de la plante en qualité « de patrimoine culturel et considère, qu’à l’état naturel, elle ne possède aucune action stupéfiante ».

« M.Penn a été informé de l’importance historique et traditionnelle de la consommation de coca et du droit du peuple bolivien à la protection et à la consommation de cette ressource naturelle », a fait savoir M.Quintana.

D’autre part, le ministre à la Présidence a souligné que le mandataire bolivien avait sollicité Sean Penn afin qu’il intercède de façon diplomatique auprès des États-Unis dans le but d’obtenir l’extradition de l’ancien président Gonzalo Sánchez de Lozada (2002-2003), ce dernier devant répondre devant la justice pour « la guerre du gaz » qui a fait 60 morts et 400 blessés.

 » M. Penn a partagé totalement la position du gouvernement national en ce qui concerne la nécessité impérieuse que Gonzalo Sánchez de Lozada soit extradé des États-Unis pour les délits de génocide. M. Penn partage le sentiment du peuple bolivien concernant cette marge d’impunité accordée par les États-Unis », a affirmé Quintana.

Evo Morales

Le président de gauche Morales, en fonction depuis 2006, a d’ailleurs invité la vedette hollywoodienne, oscarisée à deux reprises,  à participer, au mois de décembre à quelques activités gouvernementales parmi lesquelles la vérification de projets menés en zone rurale, comme l’approvisionnement en eau potable, en l’énergie électrique et en développement productif.

« Nous souhaitons que M. Penn voit de ses propres yeux, assiste à des réunions avec des organisations sociales, s’informe de l’opinion des organisations sur les politiques sociales », a conclu Quintana.

L’acteur nommé ambassadeur de bonne volonté à Haïti, avait rencontré pour la première fois le mandataire bolivien en février 2012, durant leur entretien il a évoqué la situation humanitaire désastreuse régnant sur l’île des Caraïbes depuis le séisme de janvier 2010 et a sollicité la coopération de la Bolivie.

Evo Morales et Sean Penn en février 2012

Pour information, Sánchez de Lozada, réfugié aux États-Unis depuis 2003 est accusé par la Bolivie de crimes contre l’humanité pour avoir ordonné l’usage de la force contre un soulèvement populaire survenu dans la ville d’ El Alto en octobre 2003 causant la mort d’une soixantaine d’individus. « Cet homme ne s’est excusé de rien pour les délits commis et ne s’est pas exprimé », a signalé le premier ministre en précisant qu’il incarnait la page la plus sombre et la plus douloureuse depuis l’instauration de la démocratie en Bolivie. Le peuple bolivien célèbre le 10 octobre le retour à la démocratie (depuis le 10 octobre 1982), tandis que le 17 octobre il rend hommage aux civils qui sont morts en 2003 sous la répression militaire engagée par le président Sánchez de Lozada. Après ces faits de violence, le chef de l’État a fui vers les États-Unis, ces derniers refusent l’extradition malgré la demande insistante de la Bolivie. Le 8 septembre le président Evo Morales a confirmé la décision du gouvernement nord-américain de s’opposer à l’extradition de celui qui est surnommé « Goni ».

Par ailleurs, la Bolivie et le Chili connaissent actuellement de nouvelles tensions au sujet de l’utilisation du réseau fluvial Silalal, source de revendications historiques en raison d’un différend frontalier. Le président bolivien a annoncé qu’il ne donnerait « aucun compte » au Chili sur l’utilisation des eaux précisant que le pays est souverain. Les autorités de Potosi où naît le fleuve ont installé la semaine dernière un bassin piscicole, l’un des quatre projets industriels qui seront développés dans cette région de l’Altiplano. Le gouvernement chilien a sollicité le voisin bolivien afin qu’il soit informé sur ces projets qui vont engendrer une baisse d’environ 40 % du débit enregistré du côté chilien.

Avec la revendication sur l’océan Pacifique, l’exploitation du Silala est l’un des principaux motif de discorde entre les deux pays.

(Aline Timbert)