Ollanta Humala Tasso, président de la République du Pérou, a reçu il y a quelques jours (16 novembre) une grande nouvelle lors de sa visite au siège de l’UNESCO à Paris. En effet, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture a validé lors d’une session extraordinaire, après huit ans d’attente, la candidature du chemin de l’Inca, vestige de l’ancien empire du Tahuantinsuyo, au patrimoine de l’humanité (http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001322/132235f.pdf). Après plusieurs années de mobilisation, le Pérou, mais aussi l’Argentine, la Bolivie, le Chili, la Colombie, l’Équateur, qui partagent ce patrimoine culturel exceptionnel, voient leurs efforts récompensés par  la soumission du chemin Qhapaq Ñan sur la liste tant convoitée de l’UNESCO.

Le président Humala et Irina Bokova

Le projet Qhapaq Ñan a pour objectif la récupération, la sauvegarde et la mise en valeur de ce vaste réseau de chemins qui a permis l’expansion et l’organisation de l’Empire Inca, civilisation préhispanique la plus emblématique du continent sud-américain.

Pour rappel, en juillet 2009, plus de 60 représentants d’Argentine, de Bolivie, du Chili, de Colombie, d’Équateur, du Pérou et de l’UNESCO s’étaient réunis à Lima, capitale du Pérou, pour promouvoir au moyen d’une candidature unique l’inscription du chemin de l’Inca comme patrimoine de l’humanité.

C’est à l’occasion de son voyage officiel en France, survenu en fin de semaine dernière, que le chef de l’État péruvien, invité honorifique de l’UNESCO, s’est réuni avec des représentants des pays qui ont lancé la candidature devant l’UNESCO. Lors de cette rencontre, le chef de l’État a rappelé devant la directrice générale de l’organisme international Irina Bokova, que le Chemin de l’Inca est le résultat d’une volonté d’intégration politique, économique et commerciale d’une grande civilisation.

Le Qhapac Ñan, a déclaré Humala, fut le chemin « qui a permis d’unir une grande culture, une société, dans des conditions très difficiles, du fait d’un qu’il s’agissait d’une voie dessinée pour dominer les Andes ». Il a ajouté que le chemin « symbolisait une partie de la culture andine, de la cosmovision des Andes dont l’axe est l’intégration et dont la vision a toujours été celle d’un ensemble ».

Dès 2001, le gouvernement du Pérou, au moyen du décret suprême Nº 031-2001-ED (http://ciga.pucp.edu.pe/images/stories/ciga/presentacion/qn%20inc.pdf), avait déclaré intérêt national la recherche, l’enregistrement et la conservation de même que la mise en valeur du Qhapaq Ñan. Ce décret a pris encore plus de vigueur à la fin 2004 avec la promulgation de la loi Nº 28260. Le chemin de l’Inca est une expression historique de l’expansion de l’empire précolombien au XVe dont les routes s’étendent sur 23 000 km répartis sur les six pays précédemment mentionnés.

Comme l’a souligné Irina Bokova, le Qhapaq Ñan est « l’une des réalisations les plus colossales exécutées par l’homme » permettant à l’Empire inca d’unifier son peuple au moyen de ce vaste réseau de communication. Elle considère également le Qhapaq Ñan comme « un patrimoine exceptionnel partagé par six pays d’Amérique latine qui ont décidé de le protéger conjointement au moyen d’un processus de coopération régionale et innovant ».

Elle a également affirmé « Le Chemin incarne la profonde imbrication du patrimoine culturel, naturel et immatériel et symbolise le pouvoir de la culture pour établir des ponts, pour faciliter le dialogue entre les peuples et les idées ».

La directrice générale a ajouté que la candidature sera examinée l’année prochaine précisant « quel que soit le résultat, le Qhapaq Ñan a déjà dépassé les limites du Patrimoine Mondial ».

Le « chemin du chef », le « grand chemin » :  les qualificatifs ne manquent pas pour désigner cette voie mythique traversant l’intégralité des Andes majestueuses au coeur de l’ancien Empire inca. Le Qhapac Ñan, flirtant avec des hauteurs de 3 000 à 5 000 mètres, a atteint son apogée sous l’Empire inca, au XVe siècle. Instrument de domination et de puissance de l’Inca, le Qhapac Ñan était le principal vecteur d’échange et de circulation au coeur des Andes. Il alimentait l’Empire jusque dans ses confins. Militaires, marchands et artisans le sillonnaient en tout sens.

Le Chemin principal, dont on estime la longueur à 6 000 km environ, mettait en liaison un réseau de chemins et d’infrastructures construits durant plus de 2000 ans par les peuples andins qui ont précédé Incas. Cet ensemble de voies, totalisant plus de 23 000 km de longueur, reliait les différents centres productifs, administratifs et cérémoniels. Le réseau de Chemins incas reliait les centres du pouvoir aux vallées, au désert et aux forêts tropicales des régions les plus reculées de l’empire. Il tissait sur tout le territoire toutes sortes de rapports et constituait pour les Incas une manifestation privilégiée de leur sens de l’organisation et de leur capacité à planifier la force de travail en présence ; ce fut l’instrument fondamental qui leur permit d’unifier leur État géographiquement, et ce de façon homogène.

Le Qhapac Ñan constitue à ce titre un joyau inestimable dont la préservation est menacée, entre crêtes, vallées d’altitude et déserts, la Grande route des Andes est parsemée de trésors archéologiques à l’intérêt indéniable.

Chemin de l’Inca

Au Pérou, de Huari à Huanuco Pampa, ce tronçon (80 km) est le mieux préservé du Qhapaq Ñan péruvien. La route pavée est jalonnée de ponts et de canaux de drainage. Elle débouche sur le site archéologique de Huanuco Pampa, capitale provinciale et deuxième ville de l’Empire après Cuzco.
Une des voies secondaires les plus célèbres du Qhapaq Ñan conduit, sur 40 km à travers la vallée sacrée, jusqu’à Machu Picchu, résidence impériale et sanctuaire religieux construit vers 1440 sous le règne de Pachacutec. Ce dernier tronçon fait l’objet d’un trekking, le plus prisé d’Amérique du Sud, au coeur de la cordillère Vilacabamba, beaucoup de touristes partent en voyage au Pérou pour assouvir ces quatre journées d’aventure nécessaires à la découverte de ces 40 km marqués par des pentes raides et des changements constants d’altitude. L’accès à cette ‘route’ de légende est ultra protégé et limité à 500 personnes par jour et nécessite une autorisation remise par les autorités, un moyen d’en assurer la préservation.

Il y a un an, c’est avec fierté que les habitants de la localité de San Miguel de Cuchis, située à 33 km de Cerro de Pasco et à 346 km de Lima, ont eu connaissance de la découverte d’un tronçon du célèbre Qhapaq Ñan qui traverse à ladite zone à destination de Huánuco, Cajamarca, jusqu’en Équateur et en Colombie. Aujourd’hui c’est avec enthousiasme et détermination que le directeur régional de commerce extérieur et du tourisme de la région de Pasco, Rodolfo Rojas Villanueva, accueille la décision de l’UNESCO. Ce dernier a mentionné qu’avec la présentation du Chemin comme patrimoine de l’humanité, le président du gouvernement régional Kléver Meléndez Gamarra, qui oeuvre pour le développement touristique de sa région (et par delà économique), va s’atteler à la restauration de la voie afin de relancer le tourisme archéologique dans cette région quelque peu oubliée du Pérou. Parmi les sites dignes d’intérêt, le complexe archéologique de Huarautambo où, pour la première fois cette année, s’est tenue au mois d’octobre la mise en scène de la célébration de l’Inti Raymi communément connue comme « Fête du soleil ».

« Le Pérou, comme les autres pays andins, a promu depuis 2001 devant l’UNESCO les 5000 km que constitue le chemin de l’Inca comme patrimoine de l’humanité », a déclaré Rodolfo Rojas Villanueva.

Le Chemin de l’Inca, qui traverse cette région, constitue une magnifique opportunité pour la population puisqu’une fois restauré, il pourra devenir un lieu d’attraction culturelle qui favorisera la venue de touristes nationaux et internationaux, des visiteurs qui chercheront à emprunter ces voies de communication millénaires riches d’histoire au coeur d’un paysage à couper le souffle.

Au début de l’année 2013, l’UNESCO devrait remettre au Pérou un document qui entérine la candidature du Qhapaq Ñan comme patrimoine mondial de l’humanité. Le président Ollanta Humala Tasso a salué cette décision qui revêt une importance capitale pour le Pérou, et a proposé que le dossier de cette nomination, qui comprend des cartes, des fiches descriptives, des précisions historiques, soit remis dans la ville de Cusco, ancienne capitale inca (la ville nombril du monde), au début de l’année prochaine.

Chemin de l’Inca de San Miguel de Cuchis

Ce sont  déjà 11 sites qui sont inscrits sur la liste de l’UNESCO parmi lesquels sept biens culturels, deux biens naturels et deux considérés comme mixte, un patrimoine qui incite les visiteurs du monde entier à découvrir ce pays d’Amérique du Sud. Parmi ces lieux, l’incontournable site archéologique de Machu Picchu, haut lieu touristique par excellence, mais aussi le site archéologique de Chavin, les célèbres lignes géoglyphes de Nasca ou encore le parc national de Manu qui rappelle que le Pérou est aussi marqué par la luxuriante forêt tropicale du bassin amazonien et ne se limite pas à l’imposante cordillère.

Une diversité géographique, une richesse culturelle qui attirent chaque année de plus en plus de touristes désireux de percer les mystères de l’Histoire péruvienne qui a forgé son identité au fil des siècles entre passé précolombien et colonisation espagnole, un syncrétisme puissant et vivace qui a fomenté les mentalités.

En 2013, l’activité touristique au Pérou devrait croître de 9 à 10 %, et elle enregistrera ainsi plus du double de la croissance moyenne mondiale qui est de 4 %, a estimé le ministère du Commerce extérieur et du Tourisme (Mincetur). Cette croissance implique l’arrivée de 3 millions de visiteurs sur le territoire et un apport de près de 3,565 millions de dollars. En 2011 le tourisme a rapporté au Pérou 2,912 millions de dollars de devises, plaçant le secteur comme un élément clé de l’activité économique du pays.

Nul doute qu’avec cette nouvelle mise en lumière du Chemin de l’Inca figurant sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO (procédure normale pour obtenir leur inscription officielle), les touristes auront envie de s’offrir un voyage au Pérou et de s’aventurer ainsi en dehors des sentiers battus pour découvrir toutes les splendeurs naturelles et culturelles dont regorge le pays.

(Aline Timbert)