L’ambassadeur du Brésil en Bolivie, Marcel Biato, a déclaré récemment au sujet de la construction du tronçon II de la route entre Tunari-San Ignacio de Moxos (traversant le parc national bolivien Isiboro Sécure) qu’ il y avait eu, jusqu’à peu, des négociations entre l’entreprise brésilienne OAS et les autorités boliviennes. Pour rappel, le projet avait été suspendu et aujourd’hui c’est le gouvernement bolivien qui doit trancher sur la base des résultats de la consultation réalisée auprès des communautés indigènes. A la base, cette nouvelle voie de communication s’inscrit dans le cadre d’un futur projet de « couloir bi-océanique » prévu pour relier le port de Santis au Brésil situé sur le versant Atlantique avec celui de Iquique (Chili) sur le versant Pacifique.

Evo Morales
Evo Morales

« Le thème du Tipnis est un sujet bolivien, il y a eu la consultation, le gouvernement réfléchit aux prochaines étapes, c’est un thème qui se trouve sous le contrôle du gouvernement. Il y a eu une offre de financement, le sujet n’est plus d’actualité pour le moment, de sorte que c’est le gouvernement qui va définitivement décider », a déclaré l’ambassadeur. Le président bolivien, Evo Morales, avait dû abandonner fin 2011 ce projet de construction au coeur de l’Amazonie sous la pression des communautés autochtones inquiètes de la préservation de leur environnement, vecteur même de leur mode de vie. Cependant, les autorités boliviennes avaient finalement pris la décision d’organiser une consultation préalable auprès des habitants, un résultat qui a finalement validé la construction d’une route, bien que cette dernière ne fait toujours pas l’unanimité.

Beni-consultation TIPNIS
Beni-consultation TIPNIS

C’est au début de l’année que les autorités boliviennes ont rendu publics les résultats de la consultation, qui fut d’ailleurs elle aussi source de polémique concernant ses modalités d’exécution,  sur les 69 communautés qui peuplent le Tipnis, 55 ont approuvé le projet routier (82 % du total, 11 communautés n’ayant pas voulu ou pu participer à la consultation et trois rejetant le projet). Selon toute vraisemblance les promesses de développement de la région annoncées par le gouvernement ont porté leurs fruits, une décision qui a surpris les indigènes les plus farouchement opposés au projet qui, avec la construction de la route, craignent pour leur environnement naturel. Parmi les dangers potentiels, les habitants réfractaires à la route redoutent la déforestation au profit de la plantation de cultures de coca, une exploitation dont les quotas sont réglementés par l’État et destinés à la consommation légale pour éviter toute forme de dérive.

Parmi ceux qui s’opposent à la construction, l’Assemblée permanente des droits humains de Bolivie ou encore l’Église catholique, selon leurs propres chiffres 30 communautés sur 36 rencontrées sur le terrain, en décembre, avaient refusé la construction du tronçon II, ils remettent ainsi clairement en question les chiffres rendus officiels par les autorités. Yolanda Herrera, directrice de la APDHB, a déclaré que la consultation a été marquée par la manipulation « il y a seulement eu une petite réunion de 3 heures, sans véritable convocation, parfois avec seulement quelques anciens comme participants, sans la présence d’autorités ».

Communauté d'Oromomo
Communauté d’Oromomo

Le 5 juillet 2012, le gouvernement et des leaders des communautés majoritaires du Tipnis, qui représentent les peuples indigènes chimán, yuracaré et trinitarios, avaient conclu un accord pour la mise en place de cette consultation comme moyen de sortir de l’impasse, sept communautés avaient été exclues de ce moyen d’expression ne pouvant ainsi faire entendre leur voix. La consultation avait débuté le 29 juillet 2012 dans la municipalité de Oromomo, et s’était prolongée jusqu’au début du mois de décembre. Le conflit entre les indigènes et le gouvernement avait débuté le 15 août 2011 lorsque des centaines de natifs avaient entrepris une marche protestataire jusqu’à la capitale La Paz pour rejeter la route devant relier le Beni et Cochabamba. De nombreuses manifestations avaient suivi cette marche initiale au fil des mois avec, comme point culminant, l’arrivée des protestataires sur la place Murillo en pleine capitale, siège du Palais du gouvernement et des différents ministères.

Avec les résultats de ladite consultation, le ministre rattaché aux Travaux publics, Vladimir Sánchez, a annoncé que l’Assemblée législative devra envisager l’abrogation de la loi 180 (« Ley corta » promulguée le 24 octobre 2011) qui prévoyait le caractère « intangible » du parc naturel, le fonctionnaire s’appuyant sur la volonté des communautés indigènes consultées S’il ne fait plus aucun doute qu’une route doit traverser le Tipnis, le tracé reste encore flou, le ministre a déclaré sur ce point « le tracé définitif pour le second tronçon n’a jamais été validé, c’est pourquoi nous devons travailler sur le tracé final qui nous informera sur le montant d’une route écologique et à partir de là, il faudra chercher les moyens et le processus de financement ».

L’approbation de la route de la part des natifs était accompagnée de conditions, ainsi il s’agit de trouver un tracé qui menace le moins possible le cadre de vie des habitants évoluant au sein de ce lieu naturel d’exception, pour ce faire les indigènes réclament une étude sur l’impact environnemental. Pour les natifs, la route ne doit pas favoriser l’installation d’exploitations minières ou d’hydrocarbures sur le territoire du Tipnis; mais favoriser les échanges et le développement d’une région qui n’a pas encore accès aux services basiques. Parmi les communautés de Tres de Mayo del Securé, Providencia, San Miguelito ou encore Concepción de Ochoa, les indigènes consultés se sont montrés favorables à la construction de la route, mais ont réclamé que celle-ci borde uniquement le Tipnis sans le traverser. L’élaboration du tracé définitif  risque donc de raviver les tensions !

Le gouvernement l’a réaffirmé, cet accès routier favorisera le développement économique des populations natives, ceux qui s’opposent au projet stipulent que cette construction sera synonyme de destruction du Parc et entachera définitivement la vie de ses habitants.

bolivie31012013-1Le 22 janvier 2013, le président de la République d’origine aymara a promis que son gouvernement s’était fixé un délai de trois ans pour combattre l’extrême pauvreté dans le territoire indigène et Parque Nacional Isiboro Sécure (Tipnis), en soulignant que l’État avait trop ignoré les revendications sociales des communautés indigènes dont les représentants vivent dans des conditions difficiles sans avoir accès à l’électricité, à l’éducation ou encore aux soins médicaux. Le chef de l’État accompagné du vice-président Álvaro García Linera et de ses ministres s’est engagé à mettre en place un plan gouvernemental stratégique pour remplir son objectif.

« D’ici trois ans, les communautés indigènes du parc Isiboro Sécure seront délivrées de l’extrême pauvreté. Le ministre de la Présidence, notre frère, évolue avec amour dans la région amazonienne, ce travail sera celui du ministre de la présidence, Juan Ramón Quintana, qui sera chargé d’éradiquer l’extrême pauvreté ».

Le chef de l’État a promis d’investir 16,6 millions Bs (bolivianos) dans cette région afin, entre autres, de procéder à la mise en place d’un réseau électrique dans cette région jusque-là privée de cet accès.

Le président de la Confederación de Pueblos Indígenas de Bolivia (Cidob), Adolfo Chávez, a rétorqué que l’extrême pauvreté ne devrait pas être éliminée en trois ans, mais en un an. Ce dernier qui conteste les résultats de la consultation préalable et les modalités de son organisation a déclaré qu’il ferait appel au Tribunal constitutionnel pour remettre en question sa légitimité.

« Le gouvernement au moyen du ministère de la présidence a fait preuve d’intromission via Juan Ramón Quintana, qui a offert des choses, et s’est servi de prébendes dans le Tipnis », a déclaré Adolfo Chávez.

(Aline Timbert)